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Où aller pendant ces vacances ? Chez les cannibales évidemment… à Paris, donc. Ou au Mormont.

février 22, 2011

« Tous cannibales, paraît-il.

Nous aussi, d’ailleurs, helvètes que nous sommes, ou du moins nos ancêtres. On a beau essayer de passer sous silence la découverte, tout près de chez nous, au Mormont, cette colline située au bout de la plaine de l’Orbe, entre La Sarraz, Eclépens et Orny, de restes humains probablement cuisinés et mangés qui ne ne datent pas de l’époque de Lucy, mais de juste 200 ans avant Jésus-Christ, il semble bien probable que les Celtes d’Helvétie étaient cannibales. «On peut supposer qu’ils ont été rôtis. Il est donc fort probable qu’ils aient été mangés. Ils ont en tout cas été traités comme les animaux… Nous y avons trouvé plus de 250 fosses (des puits à offrandes), contenant des restes d’animaux et une soixantaine de fragments de corps», relève Denis Weidmann, qui souligne l’originalité des découvertes : «ce qui est nouveau sur ce site, c’est le traitement des êtres humains identique à celui des animaux».

A Paris, la Maison Rouge organise une exposition consacrée au cannibalisme -, ou plus joliment dit, à l’anthropophagie et à ses représentations. Une exposition très attendue sur un thème que les spécialistes de l’art ont eu tendance à oublier, alors que le cannibalisme semble augmenter dans le monde et souvent défraie la chronique. La commissaire de l’exposition, Jeanette Zwingenberger, nous invite à table avec beaucoup de délicatesse et nous donne à penser sur l’incorporation.

Cette incorporation qui semble de fait impossible – à moins d’être cannibale. Selon Claude Lévi-Strauss, dans une citation mise en exergue par Jeanette Zwingenberger : «Nous sommes tous des cannibales. Après tout, le moyen le plus simple d’identifier autrui à soi-même, c’est encore de le manger. » Manifestation ultime de l’amour d’autrui ou atrocités dont il est essentiel de rire ? N’avons-nous pas tous menacé un jour quelque délicieux enfant porté dans nos bras – mmmm, je vais te manger ? N’avons-nous pas, enfant, été étreints d’angoisses de dévoration, dans les bras de notre mère, devant la fontaine bernoise du Bouffeur de Petits Enfants, pour ceux d’entre nous qui ont eu la chance d’admirer le monstre, petits encore ? Ne sommes-nous pas tous à la recherche de l’autre, arrêtés encore et encore devant le mur impénétrable du corps, cette maison intime que nous habitons toujours seuls (avec quelque kilo de bactéries «commensales» certes) et de laquelle la pénétration reste une illusion ?

Le cannibalisme de toute sorte est traité par les artistes exposés à la Maison Rouge. De la tendresse pour les petits enfants à la dévoration de la mère dont le sein reste un modèle de manger et de boire en même temps, au cannibalisme sexuel, aux horreurs, aux réminiscences de la Grande Bouffe en rose de… Manque le cannibalisme de survie, celui par exemple envisagé par les trente-trois mineurs du Chili : «Nourriture ou pas, je me disais que j’allais me sortir de là», a déclaré récemment Mario Sepulveda, le deuxième mineur libéré de la mine de San José, particulièrement prolixe : «Je me suis demandé quel était le mineur qui allait perdre connaissance en premier et comment j’allais pouvoir le manger. Cela ne me faisait pas peur. » Apparemment, la casserole était prête.

Ce que je n’aime pas, je ne mange pas. »

Publié dans les Quotidennes le 22 février 2011.

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