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Des zèbres et un cheval

mars 24, 2011

L’exposition Ailleurs, à l’Espace Vuitton à Paris, attire les visiteurs en foule. D’ici et d’ailleurs. Mais ne dissimulons pas les causes première de notre affection pour cette manifestation culturelle de haut niveau, qui ne présente pas moins de quatre artistes qui travaillent avec Analix Forever… Relevons aussi que parmi les nombreux autres artistes, l’une d’entre elle, Tia Calli-Borlase, propose un travail particulièrement inattendu.

Tout d’abord, dans l’espace Vuitton lui-même, dans le long corridor habillé de rouge pour la circonstance, et qui en semble dès lors presque circulaire, l’artiste présente ce que le commissaire de l’exposition appelle des “scultpures membranes”, combinaisons de matériaux de confection détournés de leur usage vestimentaire, confectionnées dans des chambres d’hôtel de lointains ailleurs avec des éléments achetés dans des magasins locaux de lingerie. Assemblages de coques de soutien-gorge, de lacets, rubans, lanières, baleines…, les “sculptures-membranes” suspendues en hauteur nous emmènent dans nos fantasmes sensuels, soulignés par la fantasmagorique jeu d’ombres et de lumières créé par l’éclairage très particulier de ce corridor, espace intermédiaire s’il en est, où cette installation d’ombres mouvantes semble nous emmener au loin et vogue le rêve…


Espace culturel Louis Vuitton (Crédit photo : Espace culturel LV / Ambroise Tézenas)

Mais Tia Calli-Borlase dépasse largement ce travail des sculptures-membranes, travail qui serait presque celui d’un dessinateur, pour rejoindre la grande sculpture. A cheval. Cavalière elle même, elle a décomposé, dans la vitrine de la rue Bassano, un cheval guerrier qui semble sorti du Moyen-Age – et nous voilà à chercher Don Quichotte, il ne devrait pas être loin… La puissance du cheval rejoint sa finesse, sa décomposition nous évoque un corps en mouvement, tout à la fois majestueux et filiforme.

Mais en tournant dans les Champs Elysées, au coin de la rue Bassano, voici soudain des zèbres. Non, pas sur le trottoir, dans les vitrines aussi, comme le cheval. Il ne s’agit plus là des vitrines de l’Espace culturel : ces zèbres qui semblent vrais, tous autant qu’ils sont – taxidermisés ? – et qui dans la foulée de Tia Calli-Borlase ne sont pas sans évoquer le travail d’une autre artiste, Paola Pivi – ces zèbres-là sont définitivement au rayon commercial. Excellente leçon de choses, pour ceux qui abordent la question toujours d’actualité des relations entre art et mode, entre art et luxe, entre art, artisanat et décoration. Autant le cheval de Tia Calli-Borlase est libre, autant les zèbres semblent contraints à l’élégance au milieu des sacs à main, sacs de voyage et autres objets de beauté.


Vitrines Zebra, maison Louis Vuitton des Champs-Elysées. (Crédit photo : Louis Vuitton / Stéphane muratet)

Dans l’incitation au voyage, qui gagne, des zèbres ou du cheval ? Jacque Brel disait que l’homme qui rêve gagne toujours. A la course à la mémoire, nourriture du rêve, le cheval gagne ici, sans aucun doute. Les zèbres domestiqués se laissent utiliser, le cheval nous conquiert. L’Espace culturel Vuitton offre le meilleur des rapports possibles entre art et luxe : quand la liberté de l’art est respectée. Les vitrines très arty des Champs exemplifient quant à elles comment des propositions artistiques – on revient à la grande Paola Pivi et ses zèbres dans la neige – peuvent être reprises au goût du luxe.

Des zèbres et un cheval : nous aimerons le cheval. Il est d’ici mais nous emmène bien plus loin que les zèbres, qui, eux, semblent définitivement enracinés sur les Champs.

Publié dans Les Quotidiennes le 23 Mars 2011

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