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Le printemps arabe, vision d’artiste

avril 28, 2011


Sur le première page du site de mounir fatmi, artiste marocain de quarante ans emblématique de son pays et de sa génération, on peut lire : “Mon père a perdu toutes ses dents, maintenant je peux le mordre”.

mounir fatmi, qui tient à ce que son nom soit écrit en minuscules, s’élève ainsi contre le paternalisme généralisé, qu’il soit familial ou royal, et se positionne pour le renouveau. Pour l’espoir. Une des dernières œuvres qu’il a réalisées, Les Printemps perdus a été présentée par la galerie Hussenot à Art Dubaï – mais partiellement censurée. Vingt-deux drapeaux des pays arabes accrochés à des balais de trois mètres. Selon Eric Hussenot, le comité de censure a exigé que les brosses soient ôtées des pièces: refus de la symbolique du balai par les pères qui certainement sans le vouloir investissent ainsi l’œuvre d’art d’une valeur symbolique supplémentaire considérable puisqu’ils affirment ainsi qu’elle peut… Être un ennemi du pouvoir, un ennemi si subversif qu’il faille le faire taire !

Mounir de retour à Paris, je lui demande – mais qu’as-tu fait tout ce temps ? Mon travail d’artiste, me dit-il. La liberté de créer, le travail, ne s’arrêtent pas aux œuvres : ils s’inspirent de la vie ! J’ai écouté la rue, je me suis informé, j’ai lu et j’ai écrit, j’ai rencontré ces jeunes incroyablement matures qui font ce printemps inattendu et dont je ne voudrais surtout pas devenir le père au moment même où les pères vacillent enfin – je les ai écoutés, comme j’ai écouté les chauffeurs de taxis, souvent j’ai pris le taxi, juste pour les écouter : ils transmettent si volontiers ce qu’ils savent.

C’est définitivement contre ce vieux concept de l’image du père que la jeunesse s’est révoltée. Ces pères qu’on a vu accepter l’inacceptable depuis plus de trente ans, ne sachant quoi faire, ni quoi décider, perdus entre les régimes autoritaires et les mouvements islamistes. C’est une révolte contre le paternalisme en général. Pas facile car, comme le dit Paul Ardenne à propos de Basquiat et Warhol, un autre modèle artistique de la puissance du père, beaucoup d’entre nous “semblent avoir fait, de l’affirmation de la puissance d’autrui, une dimension de la leur”.

Le printemps arabe est, entre autres, l’adieu au père. Aussi douloureux qu’indispensable, jamais facile, plein d’ambivalence. Une chose est certaine cependant, dans ce printemps-là, souligne encore mounir fatmi, c’est que contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, l’ombre d’Al Quaida n’assombrit pas la joie du combat.

Joyeuses Pâques à vous tous et toutes – une fête qui elle aussi pose la question de la célébration du Père, de la célébration du Fils ? L’un contre l’autre ou dans la réconciliation ?

Publié dans Les Quotidiennes le 24 avril 2011.

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