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Spectaculaire : le choix d’Anish Kapoor

mai 12, 2011

Chaque année, Monumenta invite un artiste contemporain à défier les 13 500 m2 de la nef du Grand Palais. Après l’allemand Anselm Kiefer, l’américain Richard Serra et le français Christian Boltanski, c’est au tour du sculpteur anglais d’origine indienne Anish Kapoor d’investir le Grand Palais. Avec rien moins que Léviathan… et voici le grand Palais presque rempli d’un immense dirigeant gonflable qui ne peut se diriger nulle part, pris qu’il est dans la trappe de l’architecture du Grand Palais, et de sa lumière. Contrairement à l’oeuvre, le spectateur, lui, peut se mouvoir, sous l’oeuvre, autour d’elle, dans son ombre, mais de préférence à l’intérieur, dans les entrailles du Léviathan, donc, gonflées de 72 000 m3 d’air… La prouesse technologique ajoute encore au spectaculaire de l’ensemble.

Alors pour échapper au pur spectacle, aux films hollywoodiens, aux Léviathans de pacotille, tous les commentateurs de l’oeuvre parlent de métaphysique, de l’inconscient du corps, des peurs immémoriales auquel le nom de Léviathan fait référence, pourquoi pas des tsunamis… Il est vrai que les sculptures de Kapoor nous ont souvent parlé du cosmos, du sacré, de l’espace, d’une manière – d’une matière – puissamment évocatrice de notre propre présence au monde, et c’était là l’une des forces de Kapoor, cette capacité à nous conduire à percevoir parfois notre propre existence en reflet dans ses sculptures. Mais au Grand Palais, le monumental préside et malgré les efforts de littérature dont le spectateur est assailli de toutes parts, Kapoor n’échappe pas au spectaculaire.

Une fois la pièce vue – même si elle est trop grande pour être vue dans sa totalité – le désir de la revoir, de rêver encore les yeux et les sens grand ouverts, est déjà consommé. Marie Le Douaran, dans L’Express, nous dit que “Tel un animal endormi, le Léviathan attend que l’imagination veuille bien se saisir de lui.” Je crains qu’il n’attende jusqu’au 23 juin, faute d’avoir pris soin de laisser la place à ce fondamental, l’imaginaire du spectateur.

Publié dans Les Quotidiennes le 11 Mai 2011

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