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Art et science: Tout commence par le regard

juillet 20, 2011

La plasticienne Vera Röhm expose pendant tout l’été au Musée d’Histoire des Sciences à Genève. C’est une première pour la directrice du musée, Laurence-Isaline Stahl Gretsch. Cette rencontre inattendue entre deux femmes d’exception a conduit, en toute discrétion, à abattre quelques barrières de plus entre l’art qui est une science et la science qui est toujours un art. Dialogue. Tout commence par le regard, disent-elles toutes deux. Le regard sur la beauté du monde. Reflets du Ciel.

Laurence-Isaline Stahl Gretsch: L’art contemporain qui, une fois entré dans un Musée, nous parle a priori de l’Histoire, de choses anciennes et vénérables provoque un vrai choc esthétique qui interpelle les visiteurs dès leur arrivée. Les gens sont ainsi happés, dès leur arrivée au Musée, par la sculpture de Vera, cette spirale qui évoque immédiatement la tour de Babel, installée juste en-dessous d’un lustre réminiscent de l’ancienneté du Musée lui-même et des trésors qu’il recèle. La sculpture de Vera a remplacé le magnifique Planétaire qui se trouve habituellement là – et propose une autre vision du monde, elle aussi d’origine astronomique, ce qui me ravit.

Vera Röhm: C’est une grande joie d’exposer ici, et je suis très reconnaissante à Laurence-Isaline Stahl Gretsch d’avoir offert à ma « Spirale » la place d’honneur, celle de ce magnifique Planétaire du 17ème siècle. Et oui, vous avez raison, je suis bien partie de la tour de Babel pour créer cette sculpture en spirale – en fait, un modèle de ce que sera la sculpture, que je serais d’ailleurs ravie de recréer dans l’espace public à Genève, ville d’accueil idéale pour une telle réflexion sur le monde et la multiplicité des peuples et des langages. Mon propre travail utilise ici d’une part les langues – notamment la phrase de Johann Leonhard Frisch (1666 – 1743), philologue, astronome, un vrai scientifique de l’époque : «La Nuit est l’Ombre de la Terre», que j’ai traduite d’ores et déjà en soixante-six langues – et, d’autre part, explore l’espace (les constellations célestes que l’on retrouve nommées sur la baie vitrée du musée et que l’on peut admirer aussi depuis le parc). «La Nuit est l’Ombre de la Terre» résonne telle une galaxie de langues : les mots tels des étoiles, les langues telles des constellations. C’est un merveilleux cadeau, une grande joie de pouvoir exposer dans ce Musée.

LISG: Pour moi, la proposition de Adon Peres (directeur de l’Espace Topographie de l’Art à Paris et initiateur de l’exposition) tombait de plus au meilleur moment. Cela fait six ans que je suis à ce poste de directrice du Musée d’Histoire des Sciences, et cette durée m’a donné la liberté d’ouvrir mon champ de travail à autre chose. Le public a suivi – en tous cas, l’exposition suscite la curiosité, ce qui est déjà, en tant que tel, une réussite.

VR: Vous parlez de liberté. Voilà un sentiment que j’ai ressenti tout de suite au Musée, la liberté de chacun. Il est vrai aussi que le fait de travailler dans un cadre aussi beau, avec la sérénité constante du lac face à nous, ouvre nos yeux sur le monde. Exposer dans ce musée à réellement déclenché quelque chose de très important pour moi. J’avais fantasmé une certaine exposition, elle est devenue autre chose, et a ainsi ouvert des portes. Chaque exposition, d’ailleurs, ouvre le futur plus qu’elle ne clôt un passé.

LISG: Pour le musée aussi, tout a été surprise : chaque exposition est certes une découverte, mais celle-ci plus encore que les autres. Le ciel joue avec l’œuvre, et la baie vitrée est devenue un miroir permanent de ce qui se passe dans le ciel : les constellations représentées, que l’on est censé voir la nuit, jouent avec le jour… Fondamentalement ce n’est pas le propos du musée que de montrer de l’art contemporain, mais l’expérience est sans aucun doute positive et la suite de ce projet dépendra des prochaines rencontres. La porte est ouverte aux propositions.

VR: En ce qui me concerne, je commence à fonctionner, pour monter mes expositions, lorsque je regarde un plan. Mais le ciel n’était pas sur mon plan et il fut la plus belle des surprises. L’avenir pour moi ? Je rêve de plus en plus à la richesse des cultures, des êtres qui vivent sur cette planète terre et qui disent tous les mêmes choses dans des idiomes si différents, des alphabets, des prononciations, des constructions grammaticales différentes, et donc des façons de penser elles aussi différentes. Un de mes futurs projets est d’enregistrer une œuvre sonore à partir de La Nuit est l’Ombre de la Terre, une conversation de langues vivantes, un mélange de toutes les voix, une sorte d’archéologie du vivant. Les langues sont fragiles, elles se transforment, parfois elles meurent, mais elles peuvent aussi revivre, et ce serait là mon propos.

Tout commence par le regard, tout finit par les mots…

En parallèle au Musée d’Histoire des Sciences, Vera Röhm expose aussi à la Galerie Analix Forever, jusqu’au 10 août. La Nuit est l’Ombre de la Terre.

http://analixforever.wordpress.com/

Publié dans Les Quotidiennes le 13 Juillet 2011

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