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Devoir de mémoire, 1er août

août 1, 2011

Le 1er août est un jour parfait pour visiter le cimetière de San Michele, à cinq minutes en bateau de Fondamente Nuove. Toute une île pour un cimetière ! A l’entrée, deux immenses magnolias résonnent de grillons et au sud les tombes sont à perte de vue jusqu’à la mer, recouvertes d’herbes folles et de fausses fleurs aux couleurs passées. Allez vous perdre dans le Recinto des Grecs, où l’on trouve aussi les Russes, et celui des évangélistes… beaucoup de tombes détruites, mais certaines vivantes, vibrantes de mémoire.

Serge de Diaghilev 1872 1929 – on se demande à qui sont les chaussons roses à pointes usés posés sur sa tombe, trois paires hier, rose-pâle, rose-pêche, rose-thé, jaunis – quelles danseuses ont aimé à ce point les ballets russes pour venir déposer sur cette tombe leurs chaussons en offrande ? Diaghilev dont les danses les plus belles furent celles du dieu Nijinski, poète du corps et prince de la nuit ; Diaghilev dont l’action la plus sombre fut de l’écarter, Nijinski fou mais si jeune encore… , lui désormais enterré à Paris, aux côtés de Vestris, un autre immense danseur, et parfois la nuit… qui sait.

Non loin de Diaghilev, Stravinski à qui le premier a commandél’Oiseau de Feu, Petrouchka, le Sacre du Printemps… Si Diaghilev était, selon ses propres termes «un être affligé, semble-t-il bien, d’une absence totale de talent » non sans ajouter « D’ailleurs je crois avoir trouvé ma véritable vocation : le mécénat. Pour cela, j’ai tout ce qu’il faut, sauf l’argent, mais ça viendra » – oui mécène il sut l’être, et reconnaître, chez les autres, les plus grands talents !
Mais la plus émouvante des tombes de mémoire est probablement celle de Joseph Brodsky. Lui qui fut envoyé aux travaux forcés pour « parasitisme social » avait cette particularité d’écrire non seulement en russe, mais aussi en anglais, comme ces écrivains de plus en plus nombreux qui écrivent dans d’autres langues que celle natale, enrichissant la langue d’adoption d’une immigration linguistique aussi riche que l’immigration physique. Sur la tombe de Brodsky, un chapeau, un rosier en fleurs, des rubans de satin recouverts de mots russes et une boîte aux lettres pleine de petits mots dans toutes les langues… et dans ma tête tournent les mots d’Une Halte dans le Désert.

Le devoir de mémoire ? Plutôt que de se remémorer guerres et gloire, mémoire de culture. La mémoire humaine la plus importante, essentielle, fondamentale pour l’humanité que nous sommes. Souvenons nous des artistes, qui représentent le monde et nous font humains, sous les cris des mouettes et dans le parfum des lauriers roses.

Mon discours du premier août alors ? Relecture à haute voix de la pièce radiophonique du trèe suisse Friedrich Dürenmatt, « Stranitsky et le héros national ». Quand vous recherchez cet item dans Google, on vous propose d’essayer avec Stravinsky…

Publié dans Les Quotidiennes le 1er Août 2011

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