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Ciprian Muresan ou l’ironie roumaine

septembre 28, 2011


Au moment même où le Monde des livres comme le Figaro magazine commentent abondamment deux livres dédiés à la torture – celle pratiquée au centre de torture et d’exécution S-21 –, à savoir Le Silence du bourreau de François Bizot et Le Maître des aveux de Thierry Cruvelier, l’artiste roumain Ciprian Muresan (1977) expose au FRAC de Champagne-Ardenne, à Reims, dont la directrice Florence Derieux présente donc la première exposition personnelle en France (Muresan a été montré précédemment chez Eric Hussenot). Sa vidéo Dog Luv n’est peut-être pas la pièce la plus importante, mais elle est d’une grande originalité dans l’approche de cette question lancinante : la torture, humaine, ou manifestation même d’un Mal inhumain ?

Dans Dog Luv (une vidéo d’une trentaine de minutes inspirée de la pièce éponyme de la dramaturge roumaine Savania Stanescu, Chien Fou), le Dog qui souligne que Dog est un anagramme de God, enseigne aux autres chiens, tous présentés comme d’étranges marionnettes manipulées dans la pénombre par des marionnettistes qui se fondent dans le noir, invisibles, Chien Fou donc, pas si fou que cela, enseigne aux animaux l’Histoire humaine, et plus particulièrement, l’histoire des tortures et de leurs pratiques en différentes régions du monde, dans différents empires du monde.

Les humains sont très drôles, nous dit Chien Fou: rendez-vous compte, ils pratiquent la torture, non pas sur d’autres espèces, non pas pour se défendre d’un envahisseur ni pour obtenir de nouveaux territoires. Ils sont vraiment très drôles ces humains, car ces tortures, sophistiquées, diversifiées, monstrueuses, ils se les infligent à eux-mêmes. A leur propre espèce humaine, donc à eux, à leurs doubles, leurs frères, leurs mères, leurs enfants. Le ton expressément ironique de Muresan donne à repenser la torture bien plus encore que toute tentative de condamnation, ou de pardon au titre de malheureuses spécificités humaines que sont l’obéissance, l’appartenance au groupe ou l’anesthésie de la pensée.

Une autre pièce très belle nous révèle Muresan dessinateur. Dans 21 livres historiques, de Homère à Balzac, d’Antonin Artaud à Kafka, de Thomas Mann à Salinger, l’artiste introduit des dessins inspirés de La seconde invasion des martiens des frères Strougatzki (1967). Revisitation de l’histoire, ironie grinçante, euphorie joyeuse aussi, dans les parties ludiques de l’exposition. L’artiste est excellent – et bien sûr soutenu par la non moins excellente galerie Plan B de Cluj – quant à l’exposition, nous la retrouverons à Genève bientôt : elle est réalisée en collaboration avec le Centre d’art contemporain où elle sera vernie le jeudi 23 février.

Alors, pour ceux qui ne seraient pas en mesure d’aller à Reims, rendez-vous à Genève en février !

Publié dans Les Quotidiennesle 27 Septembre 2011

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