Skip to content

Pipilotti Rist et ses petites culottes

octobre 11, 2011


I Couldn’t Agree With You More © Pipilotti Rist

En fait pas exactement. Ses grandes culottes, plutôt. Des culottes à la Suisse. Suspendues par centaines, dans la Hayward Gallery à Londres (l’espace d’art contemporain de plus important de Londres après la Tate), et aussi à l’extérieur, sur de multiples fils à linge, comme cela doit se faire dans les fermes suisse-allemandes. Grande exposition, total Pipilotti, total suisse aussi.
Une exposition qui reflète toute la culture suisse-allemande, avec une formidable puissance – au détail près que personne ne le sait – en tous cas ce jour-là, où je suis la seule suisse (allemande) parmi les innombrables visiteurs de l’exposition. Les suisses (allemands) comprennent la culture suisse-allemande – on l’a dans le sang tout de même ! Mais comment les petites anglaises ou autres étrangers/étrangères peuvent-ils comprendre à quel point l’imaginaire et l’art de notre Pipilotti sont représentatifs de la vie des femmes de Zürich et d’ailleurs, si personne ne l’explique, cette vie et cette culture, ne la verbalise, ne la théorise, ne la transmet à l’extérieur ? Comme l’art d’un Ugo Rondinone, lui aussi, est profondément suisse. “Kiss now, Kill later”. Le désespoir toujours caché, le désespoir suisse, le désespoir de l’ennui. Avec toujours, une note d’espoir. La fantaisie décalée.

“Peur et fascination” comme le dit Pipilotti à propos de la plus belle pièce de l’exposition intitulée “I couldn’t agree with you more”. “Je ne pourrais être davantage d’accord avec vous”: le consensus suisse. Une femme – Pipilotti – dans un supermarché, puis dans un appartement d’où on voit la ville. Des yeux immenses, elle pense, sans vraiment s’en rendre compte. Sa vie parallèle, ou plutôt sa vraie vie, est dans son cerveau, et personne ne la voit, même pas elle – personne donc, sauf nous. C’est ce que nous voyons tous les jours en fait, quand nous regardons autour de nous, dans les trains, les bus, dans les gares, les supermarchés, tous ces gens, qui publient de vivre leur “vraie vie” – et pourtant elle est là, qui flotte, il suffirait d’un peu d’attention… Un peu d’attention à cette culture. Et quand on regarde dans le cerveau de Pipilotti, quand on regarde son exposition à la Hayward, on croit vraiment voir, à l’intérieur des cerveaux suisses… C’est doux, cruel, étrange, un peu engluant, joli de prime abord et terrifiant en réalité…

Magnifique Pipilotti. Exposition 11 ! Plus suisse tu meurs.

Publié dans Les Quotidiennes le 10 Octobre 2011

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s