Skip to content

Dieu a le sens de l’humour publié dans l’Extension d’ Octobre/Novembre 2011

novembre 2, 2011

Dieu a le sens de l’humour

Par Barbara Polla,

C’est Rick Perry qui le dit. Il dit aussi, que Dieu pardonne. Heureusement! Car Dieu va avoir fort à faire… Lisez un peu.
D’abord Rick Perry, en public et en texan (intraduisible donc) cet été: «I have no idea what God’s plans are for me but I’m gonna try to be as faithful to him as I can be. I know I will fail as I have often but the good news is we have a forgiving God… I don’t know what God’s got planned for me… God’s got a great sense of humor, I know that as well so anyway, whatever He has in store for me I look forward to it.»

Qui est Rick Perry?
Rick Perry donc, un ami de Dieu. Texan pur souche, né quelques jours avant moi, il commence sa vie politique chez les démocrates. Il change ensuite de camp et succède au gouverneur George W. Bush en 2000 lorsque celui-ci est élu à la Maison Blanche. Il est réélu en 2002, en 2006 et en 2010 – en 2010 il récolte même 55% des voix. Il paraît que les « sages » du Texas (je ne savais même pas que cela existait…) soulignent qu’en 25 ans de carrière politique, Rick Perry n’a jamais perdu une élection. Ses réalisations, son programme?

Fédéraliste convaincu, partisan de la préservation des droits des États contre le gouvernement fédéral, Perry a écrit un livre à ce sujet intitulé Fed Up! Our Fight to Save America from Washington (Ras le bol! Notre lutte pour sauver l’Amérique de Washington) et dès 2009, il évoque le droit de son État à faire sécession si le gouvernement continuait à «harceler» les citoyens en les forçant, par exemple, à souscrire une assurance-maladie (au Texas, un résident sur quatre n’a pas d’assurance-maladie).
Perry se décrit lui-même comme un «conservateur fiscal fier de l’être», opposé à l’intervention de la puissance publique et favorable à une réduction des taxes et impôts dans tous les domaines. Son bilan économique explique en partie ses succès récents: le Texas est, depuis plusieurs années, l’État le plus attractif du pays pour les entreprises et, depuis la mi-2009, 37% des emplois créés aux États-Unis l’ont été au Texas.
Rick Perry, qui plus est, est un fieffé croyant. Selon certains, une religiosité qui serait un vrai don du ciel, alors que l’Amérique est en pleine crise existentielle. Rick Perry n’hésite pas à implorer Dieu de résoudre les problèmes économiques du pays. C’est vrai qu’en Son absence, cela semble difficile… Perry est même allé jusqu’à organiser dans un stade du Texas trois jours de recueillement pour faire tomber la pluie. Heureusement, Dieu a le sens de l’humour et la sécheresse a perduré…

Elections
Le 13 août 2011, Rick Perry annonce qu’il se porte candidat à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle américaine de 2012. Depuis, il peaufine son programme.

Pour la peine de mort: ceux qui font du mal à «nos citoyens» doivent se confronter à la justice maximale, dit-il. Aucune contradiction avec la Bible bien sûr puisque comme l’écrit Michel Onfray dans son Traité d’Athéologie, Tu ne tueras point… sauf de temps en temps – quand l’Eglise te le dira. Plus de 230 exécutions capitales sous la gouvernance de Perry au Texas. A un journaliste qui lui demande si la possibilité d’exécuter un innocent ne l’empêche pas parfois de dormir la nuit, il répond que non, que la justice texane est bonne – nous pouvons donc dormir les yeux fermés, tout va bien dans le couloir de la mort.

Pour la fiscalité: Perry prône l’abandon pur et simple de l’impôt fédéral sur le revenu, de la taxation sur les plus-values, sur les sociétés, sur l’héritage. Contre le mariage homosexuel: après avoir déclaré que le mariage homosexuel légalisé en 2011 dans l’Etat de New York «ne lui posait aucun problème», il se rétracte et annonce qu’il est favorable à l’introduction d’un amendement constitutionnel qui interdirait le mariage homosexuel. Pour l’interruption de grossesse, mais en la faisant peser de tout son poids sur la conscience de ces femmes qui selon les conservateurs refusent de respecter la vie (la conjonction politique, fréquente, du «pour la peine de mort» et du «contre l’avortement» m’a toujours parue de la plus grande logique existentielle… si ce n’est divine), il fait adopter au Texas une loi obligeant les médecins d’État à montrer l’échographie de son fœtus à toute femme désireuse d’une interruption volontaire de grossesse et à lui faire écouter les battements de son cœur.

On pourrait trouver tout cela drôle, et banaliser, ah, encore une de ces «américaneries»… mais en fait, ce n’est pas drôle du tout. Les chances de Rick Perry sont réelles et le sens de l’humour de Dieu risque bien de ne pas suffire pour nous en préserver. Heureusement, le roi du porno, Larry Flynt, qui avait contribué à sauver l’Amérique, et nous avec, de la somptueuse Sarah Palin, a décidé de s’en mêler. Et Flynt promet aujourd’hui urbi et orbi un million de dollars à quiconque pourrait lui mettre à disposition des informations sur la vie sexuelle et/ou intime de Rick Perry. On va bien finir par trouver! Heureusement aussi, sans attendre les trouvailles de Larry Flynt, le Washington Post de ce matin du dimanche 2 octobre entre, lui aussi, en guerre. D’une manière en apparence très neutre, il jette une pierre dans la mare boueuse du candidat. Sur cette pierre – « on that rock » – un mot «gravé dans la pierre» pourrait bien valoir même plus qu’un million de dollars. Le mot? « Niggerhead». Tête de nègre. Discret et d’autant plus efficace, le digne Washington Post ne le met pas en grand, ni en titre, non, il faut le chercher dans le texte, «le mot». Il n’en explose que plus à la figure des lecteurs. Ce mot-là était écrit, dans la pierre donc, sur le rocher qui trônait à l’entrée de la propriété texane de la famille Perry, où dès les débuts de sa carrière politique, Rick Perry invitait des amis, supporters et futurs supporters. Rick Perry rétorque aujourd’hui qu’il l’a fait effacer et que ce mot «offensif» «n’a pas sa place dans le monde moderne». En effet. Aurait-il jamais eu sa place dans des mondes pré-modernes?

Quel avenir?
Nous ne pouvons désormais qu’espérer que Dieu, une fois n’est pas coutume, ne pardonne pas, et se retire avec armes, âmes et clergé de cette course à la Présidence dans laquelle il n’est déjà que trop mêlé. Et nous engager autant que faire se peut contre une élection de Rick Perry qui risquerait bien de ramener les Etats-Unis dans une nuit noire, une nuit bien d’avant les Lumières.

Libres livres
Traité d’Athéologie, de Michel Onfray (2005, Grasset)
«Tu ne tueras point… sauf de temps en temps – quand l’Eglise te le dira.»
Michel Onfray a publié en 2005 son Traité d’Athéologie, Physique de la Métaphysique. Que nous dit, entre autres, Michel Onfray dans les 281 pages de ce best seller vendu à plus de 300.000 exemplaires? Il nous parle «Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l’autre… Des millions de morts pour l’amour du prochain.»
Vous imaginez volontiers que les réactions furent violentes. Dieu lui-même n’est pas mis en cause et Il ne s’est d’ailleurs pas encore prononcé. Mais Rick Perry qui en pleine campagne pré-présidentielle invoque Dieu dans une phrase et valorise la peine de mort dans la suivante est une illustration dramatiquement actuelle de ce que dit Michel Onfray à propos des hommes: «la bible dans une main, le glaive dans l’autre».
Envoyons 300.000 exemplaires de plus du Traité d’Athéologie au Texas, et partout dans le monde où la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’est pas encore aussi parfaite qu’elle se doit de l’être. Plus près de nous, en Grèce par exemple. Ne nous contentons pas de lire avec passion ou révolte les propos de Onfray, mais réfléchissons à «Enseigner le fait athée». Selon Onfray, «un tel enseignement supposerait une archéologie du sentiment religieux: la peur, l’incapacité à regarder la mort en face, l’impossible conscience de l’incomplétude et de la finitude chez les hommes, le rôle majeur et moteur de l’angoisse existentielle.»
Michel Onfray le philosophe ne se dit pas spécialiste des religions. Il le serait plutôt de l’hédonisme… et du bonheur d’exister. A défaut de lire Onfray, que Rick Perry aille se faire photographier, comme lui, devant le Temple de Kajuharo plutôt que devant ses fusils! Make love, not war.

 

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s