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Michel Onfray, autoportrait d’un camusien dans Crash – décembre 2011

janvier 20, 2012

MEETING MICHEL ONFRAY
AUTOPORTRAIT D’UN CAMUSIEN

On connaissait Michel Onfray le philosophe, Michel Onfray le héraut de l’hédonisme et de l’athéisme, le pourfendeur de Freud, Michel Onfray le créateur de l’Université populaire de Caen, l’homme attaché à ses origines, celui qui énerve tout le monde parce qu’il ne souscrit à aucune chapelle, Michel Onfray le pédagogue, le polémiste, le vertueux ou qui se prétend comme tel… mais on ne connaissait pas encore Michel Onfray le passionné. Passionné, entre autres, de fidélité : fidélité au père, aux origines, aux mots, ou quand les mots collent aux actes : une profonde revendication de Michel Onfray, en philosophie comme en vie. Honni soit qui mal y pense !

Michel Onfray, passionné donc. Passionné de l’autre, d’un autre qu’il ressent si semblable à lui-même qu’il en tombe amoureux. Merveilleux biographe d’une biographie qui n’est pas loin de l’hagiographie, dans laquelle on le sent totalement incarné et dans une écriture nouvelle, une écriture qui semble prédire de futurs romans…

L’heureux élu de la passion de Michel Onfray ? Albert Camus, celui qu’on a si longtemps étiqueté de « philosophe pour classes terminales » : « Après avoir démonté la légende positive d’un personnage détestable (Freud), j’ai ressenti la nécessité de démonter aussi la légende détestable d’un personnage admirable. »

Il y a deux ans, Michel Onfray s’est donc mis à relire Camus. Tout Camus, comme l’a fait ce forcené de l’excellence pour Freud : tous les livres, mais aussi toute la correspondance, toutes les biographies… Onfray n’avait pas prévu d’écrire un livre d’amour, mais c’est bien un livre d’amour et de passion qu’il a écrit, sur les pas de l’Etranger. Il a tiré de ses lectures des enseignements très personnels qui lui sont infiniment chers. Qui sait comment Camus en est venu à abhorrer la peine de mort – pas seulement de manière intellectuelle, mais dans son corps, ce corps qui ne sait mentir, de manière « organique », selon le terme de Michel Onfray ? Qui sait que sa mère (femme de ménage comme l’a été la mère de Michel Onfray), était presque muette, et l’importance extrême qu’ont pris les quelques mots tendres qu’elle a pu lui dire ? Qui sait l’importance fondamentale du maître, de l’enseignant, du professeur, dans le chemin de Albert vers Camus ? « La pauvreté, la misère, le silence, la soumission, voilà le monde des oubliés du bonheur – ceux aux côtés desquels le philosophe (Camus) ne cessera jamais de se trouver, sans jamais faillir une seule fois ». Plus encore qu’un idéal. « Camus fut la voix des gens sans parole, le verbe des êtres sans mots. »

Pour porter cette voix : passion encore. Au-delà d’Albert Camus, ce frère qu’Onfray s’est inventé au delà du frère biologique, la passion pour le maître, l’enseignant, l’enseignement : « Le professeur (celui de Camus en l’occurrence) dit à son élève qu’il existe, de ce fait, il le fait exister. Dès lors, il se trouve à l’origine d’une naissance existentielle performative. » La passion d’enseigner donc, que Michel Onfray continue d’assouvir, en donnant (au propre et au figuré) ses cours à l’Université populaire de Caen qu’il a créée, ou, plus exactement, au Théâtre de la Comédie de Caen : tous les lundis, vingt et une fois par année, depuis plus de dix ans et devant plus de huit cent auditeurs désormais, il enseigne. Dans une université sans règles, sans inscription, sans diplôme, sans fichier, sans argent. Université populaire ? Université libre !

Qu’enseigne Onfray cette année ? Camus, évidemment. En pensant non pas comme lui, mais à partir de lui.
Il nous enseigne Camus écrivain, Camus dont « la volonté de philosophie littéraire et de littérature philosophique suppose une conception alternative aux catéchismes de la philosophie dominante… Ordinairement, la philosophie idéalise le monde pour le penser, elle le transforme en objet transcendantal, elle le médiatise par le filtre des bibliothèques ; Camus propose un abord sensuel, matérialiste, hédoniste, empirique de la prose du monde, il célèbre le contact direct, immédiat, phénoménal. »
Il nous enseigne Camus nietzschéen : « Camus (tout comme le « frère » Onfray) aime le style de Nietzsche : style de pensée, style existentiel, style d’écriture, style de vie. Les citations du philosophe abondent dans ses huit carnets : sur les Grecs, la douleur, le style du XVII° siècle, la morale au sens des moralistes, la tendresse, la vie philosophique, l’amor fati, la folie, Lou Salomé, les artistes comme hommes religieux, Gênes, la maladie, la solitude, la douleur, le retour éternel, l’amour de la vie, la maison et les rues de Turin, le théâtre, le bordel de Leipzig, Wagner et Burckhardt, l’incendie du Louvre, le projet de dix ans de silence et de méditation, l’éloge de Napoléon, son enterrement qu’il veut païen à Röcken… Toutes ces citations, tous ces renvois, toutes ces notes constituent un autoportrait en nietzschéen. »
Autoportrait de Camus en nietzschéen ; autoportrait, aussi, de Onfray en camusien. Des deux, en écrivains.

L’Ordre Libertaire, La Vie Philosophique d’Albert Camus est donc un livre de passion, de passion humaine et intellectuelle – à trouver en librairie dès janvier (plus de 700 pages évidemment, c’est du Onfray tout de même !). Mais un nouvel Onfray : il aime. Ce que souhaite Onfray avec ce livre ? Que nous relisions tous Camus. « Mon Camus » comme il l’appelle.

« Le monde est beau et, hors de lui, point de salut » disait Albert Camus. Le monde ? Les Noces avec la vie selon Onfray : « Trop d’incandescence dangereuse, trop de brutalité païenne, trop de violence dionysiaque, trop d’excès sensuels, trop de lumière consumante, trop de ciel bleu et trop de mer noire, trop de parfums envoûtants, trop d’odeurs entêtantes, trop d’essences enivrantes, trop de densité, trop de joie simple, trop d’ivresse bachique, trop de nature, trop de sacré immanent, pas assez de transcendance, trop d’obscénité à jouir du monde dans un monde qui nous invite à mourir de notre vivant et à culpabiliser d’aimer notre vie, notre unique certitude ontologique. Camus veut ce monde-ci, rien que lui, car il n’y a que lui. Il faut l’aimer désespérément… »

En attendant d’aimer le monde, alors, Michel Onfray aime Albert Camus. La passion, la vraie. Quand celle de l’autre nous tend le plus beau des miroirs. Parce que c’était lui, parce que c’était moi.

Et pour en savoir plus : banquetonfray.over-blog.com/
Pour lire l’article en pdf, clickez ici ou sur l’image ci-dessous :

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