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La puissance du pacifisme

mai 26, 2012

Hier soir, 24 mai, Michel Onfray parlait de Camus au Centre culturel algérien à Paris. Et pour une fois, il ne fut (presque) pas parlé de Sartre – mais oui de Camus, de Camus et de l’Algérie. De questions “algériennes”. Camus a-t-il aimé l’Algérie? Il l’a adorée dit Onfray. Quelle fut sa position par rapport à l’Algérie, à la colonisation, à la libération?

Pour répondre à ces questions, Michel Onfray parle – entre autres – de “déconstruction existentielle” (et non pas derridienne) : pour mettre en lumière la vie et l’œuvre de Camus, procéder à la déconstruction de la légende négative qui pèse sur Camus et retourner à la vie vraie, celle dans laquelle l’œuvre et la pensée ont pris racine, l’enfance donc, et le rôle du père, mort pourtant – mais comme le dit Onfray “il y a des morts bien plus vivants que les vivants.”

Les deux souvenirs essentiels, fondateurs pour Albert Camus, du père, Lucien. Le premier: la peine de mort n’est pas une solution, jamais. “Un père partisan de la peine de mort qui, rentrant chez lui, après avoir vu ce qu’il a vu, n’a pu supporter ce spectacle de façon… organique. Plus jamais le père ne devait parler de cette journée fatale. Mais le fils restera hanté par cette histoire qui nourrira des cauchemars récurrents, des pensées généalogiques et des pages architectoniques de l’œuvre.” Le second: “Un homme, ça s’empêche”. Pour Lucien Camus, égorger un homme, décapiter un homme, tuer un homme, voilà l’inadmissible. “Non, un homme ça s’empêche – voilà ce qu’est un homme, ou sinon…”

La mort jamais, donc. Et voilà que Michel Onfray, le soi-disant polémiste, nous parle de la puissance du pacifisme. Un pacifisme toujours possible, pour autant que l’on regarde du côté de chez Proudhon – des idées duquel la Suisse, par certains côtés, est un modèle pragmatique. Le pouvoir aux localités, qu’elles s’organisent en communautés, pas d’Etat central… La puissance du pacifisme vraiment? Onfray va jusqu’à proposer que les idées conjuguées de Camus et de Proudhon pourraient représenter une solution possible au conflit israélo-palestinien. Si c’était vrai… La puissance du pacifisme encore ? A retrouver, selon Onfray, dans le nietzschéisme de Camus.

Dans le OUI fondamental à l’existence, à ce qui est. Un oui fondamental qui ne va pas sans le NON à tout ce qui ne dit pas OUI à la vie. Non à la mort, non à la torture. Un homme – un vrai – “cela s’empêche”. Un homme un vrai est fier de “s’empêcher”. C’est peut-être cette fierté-là, rare, précieuse, magnifique, qui fait la puissance du pacifisme. Parce qu’elle reconnaît implicitement la tentation immense de ne pas “s’empêcher”, et affirme en parallèle la puissance à “s’empêcher”. Un homme un vrai c’est donc celui qui a la puissance de s’empêcher. On ne le dit pas assez. Merci Michel Onfray.

Publié dans les Quotidiennes le 25 mai 2012

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