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Scalpel sur Velours ou le tapis rouge pour Maro Michalakakos, l’une d’entre nous

juillet 6, 2012

Maro Michalakakos est une artiste grecque que dans son pays on appelle psycho-anarchiste. Dans sa dernière exposition à la Galerie Ileana Tounta à Athènes, Maro présente deux grandes installations sous le titre “Je préférerais ne pas”. Maro se réfère ainsi à Barthleby (I would prefer not to), Bartleby qui se réfugie dans l’affirmation d’un refus tout en douceur pour échapper à ce que lui demande son maître: “Je préfèrerais ne pas”. Le maître se sent pris au piège, le prédateur devient la proie et vice versa….

Revenons au Tapis Rouge. Dans l’exposition, c’est un velours pourpre sur lequel l’artiste trace avec son scalpel les empreintes d’un être fantastique, un prédateur qui se répand dans la galerie, menaçant l’espace de ses énormes griffes – une œuvre créée il y a deux ans pour l’exposition “Escargothique, éléphantasme, bizaraignée, … un bestiaire merveilleux” présentée au Château de Pierrefonds sous la houlette de Claude d’Anthenaise, le mystérieux directeur du Musée de la Chasse et de la Nature à Paris. Le dragon de l’installation Tapis Rouge est-il proie ou prédateur?

La deuxième installation s’intitule Oh les beaux jours, en référence directe à la pièce de Samuel Beckett. Winnie, dans les Beaux Jours, est noyée, étouffée par la terre qui l’engloutit inexorablement alors qu’elle continue de bavarder… Mais dans les Beaux Jours de Maro Michalakakos, il n’y a pas de Winnie. Ce sont de grandes colonnes dans l’espace d’exposition, tels des Beautiful Penis, ensevelis sous des tas feutre de velours rouge: le feutre arraché aux toiles de velours rasées par Maro est comme attiré par ces deux colonnes et s’y concentre. Selon l’artiste, «ces deux montagnes sont faites de temps. Du temps qui se mesure à la poussière qui s’accumule.»

Paroles d’artiste: «Les deux oeuvres ont à voir avec la mort. Le point commun est le rapport au temps. Des montagnes de poussières accumulées par le temps. Dans le Tapis Rouge, l’angoisse du temps qui passe, la menace de ses griffes… Comme un “chiffonnement” que le temps amène avec lui. Plus tu vieillis, plus tu oses, car de toute manière tu es “chiffonnée”. Le vieillissement a paradoxalement un effet de libération. La proie et le prédateur sont la vie et la mort: nous sommes enchaînés au temps et la sénescence – et cela, même si “je préfèrerais ne pas”. A partir du moment où l’on se rend compte de notre vieillesse, on ne cesse de se retourner sur la jeunesse, comme des vampires: « si on arrive à boire un peu de jus de jeunesse, on redevient momentanément jeune, cette illusion fait du bien…»

Quid la gloire posthume alors, lui demande encore le journaliste Fivos Sakalis? «La gloire posthume» répond Maro Michalakakos «me concerne d’une manière souterraine, comme si je ne voulais pas admettre que lorsqu’on produit une œuvre, il y a toujours en filigrane l’idée que quelque chose nous survivra».

Heureusement, un collectionneur grec lui a acheté toute l’exposition, évitant ainsi, du moins pour l’instant, que la gloire ne soit posthume. Elle préférerait que ne pas…

Tapis rouge donc, à l’une d’entre nous…

Avec les remerciements des Quotidiennes à la traductrice du grec en français, Béatrice Plumet.

Article paru sur Les Quotidiennes le 5 juillet 2012

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