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Les femmes volent avec leur corps, sans limite

septembre 11, 2012

Caroline Smulders a lu Yannick Haenel. Et aimé Antony Gormley. Et se prépare à envahir, sans limite, le Palais d’Iéna, avec des corps multiples. Exposition au corps à corps. Au début, il y avait Pina Bausch. Et Yannick Haenel écrit : « A un moment, j’ai dit à Pina Bausch que j’aimais bien une phrase d’elle : « Je veux que les filles volent »… Eh bien je voulais savoir si elle avait réussi, les filles, à les faire voler ; et puis, pourquoi les filles ? Est-ce que les hommes, eux, ne volent pas, ou plutôt, est-ce qu’il est impossible de vouloir que les hommes volent ?… En tirant sur sa cigarette, Pina Bausch m’a dit : « Les filles volent, monsieur, parce qu’elles sont plus légères. » J’ai pensé : Pina Bausch se paye ma tête. Pour savoir que les femmes sont plus légères que les hommes, pas besoin d’être Pina Bausch. J’ai insisté : d’accord, bien sûr, c’est logique ai-je dit, mais voler n’est pas une question de poids ; voler implique surtout un rapport avec le vide, les femmes connaissent-elles mieux le vide que les hommes ?… Elle s’est tournée vers moi, tranquille : « Je pense que les femmes ont des gestes plus longs. Elles vont plus loin dans l’air. C’est comme ça qu’elles volent. » »

« Perception du corps limitée »

Et puis, il y eut la rencontre avec l’artiste Antony Gormley qui travaillait sur le corps. Presque un non-sujet à l’époque de la rencontre entre Caroline et Antony – alors que fondamentalement, quoi d’autre que le corps ? Comment vivre sans notre corps ? Comment exister ? Comme le dit Faustin Linyekula, un autre chorégraphe, « Le corps est au centre de tout mais la perception qu’on en a reste limitée. À force, il finit par devenir une carapace. Il faut aller le chercher pour qu’il nous surprenne encore et encore. » Aujourd’hui le corps revient. De tous côtés. Ce corps qui nous humanise, absolument singulier et totalement humain. Richard Shusterman crée la Somaesthétique aux Etats-Unis et Paul Ardenne la Corpopoétique en France. Les livres se multiplient sur le sujet. Encore le corps. Et les artistes qui travaillent sur le corps reviennent eux aussi, sur le devant de la scène. Et pas seulement les danseurs – ou les danseuses.

Enfants du baby-boom

Caroline Smulders évoque de nombreuses explications à ce retour du corps : pour les démographes, tout découlerait de l’affirmation individualiste des enfants du baby-boom ; pour les psycho-historiens, c’est le triomphe du moi sexué qui transformerait le regard sur le corps, donc sa place dans la hiérarchie des préoccupations individuelles et collectives ; pour les sociologues et les anthropologues, le rallongement de la durée de la vie rendrait compte de la préoccupation du corps ; pour les culturalistes, le culte du corps serait le grand gagnant de la laïcisation des figures traditionnelles de nos sociétés occidentales, même si les racines de ce culte plongent dans un passé millénaire.

Rendez vous en octobre donc, à Paris, et chaque jour devant notre miroir, à « réfléchir » notre corps… et nous envoler, sans limite.

Publié dans Les Quotidiennes le 11 septembre 2012

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