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Corps de femme: l’haltérophilie à rebours du bon sens?

octobre 3, 2012

“Il sera écrit dans les livres d’histoire que la première championne olympique turque était Nurcan Taylan. Mes enfants, les enfants de mes enfants, tout le monde le saura.”

Ainsi parle l’haltérophile Nurcan Taylan, championne du monde 2010 des moins de 48kg et désormais suspendue pour quatre ans pour dopage. Judith Depaule , directrice artistique de la compagnie MABEL OCTOBRE, est allée à sa rencontre en Turquie, dans le cadre d’un projet européen que la scénographe poursuit sur la question du “corps de femme” à travers des portraits de sportives, lanceuse de marteau, rugbywomen, haltérophile. Selon Judith Depaule, “La question du genre et de la sexuation de nos comportements provoque chez moi un trouble profond. Elle me renvoie à la bicatégorisation homme-femme, à la systématisation et au besoin de normes de la société dans laquelle je m’inscris. Elle est au centre des contradictions auxquelles je suis en proie dans mon rapport aux autres, hommes comme femmes. Elle s’impose, dans mon parcours, comme un territoire nécessaire d’exploration.”
Après Le ballon ovale, merveilleux témoignages de rugbywomen, Judith Depaule crée aujourd’hui le spectacle Corps de femme 3 – les Haltères. A voir et à penser.

« L’haltérophilie, c’est toute ma vie »

Paroles de sportive : “C’est au collège que j’ai découvert l’haltérophilie. Mon professeur de gymnastique était un ancien haltérophile de l’équipe nationale, il entraînait les filles. J’étais une enfant têtue et très courageuse. Je n’étais pas sociable, je passais tout mon temps à m’entraîner.”
“Ma première compétition, c’étaient les championnats de Turquie. J’ai gagné dans la catégorie des – de 56kg, alors que je ne pesais que 41kg. J’ai battu le record. Je suis devenue la mascotte de l’équipe. J’étais super heureuse à cette époque. Mes entraîneurs me disaient que plus tard je remporterai de bons résultats.”
“L’haltérophilie c’est toute ma vie. Quand je m’entraîne je me sens plus légère. Je n’ai pas pu participer aux championnats du monde 2011 à Paris, ni aux jeux olympiques à Londres.”

Apprendre à perdre

Et je repense à ce que me disait Michel Balestra il y a quelques années : “La période du sport a été la plus heureuse de ma vie, parce que je faisais des efforts inhumains pour des objectifs inutiles. Entre l’âge de seize et vingt six ans, j’ai pratiqué l’haltérophilie. On s’exerçait dans une cave du Lignon, il y avait quelque chose de magique – l’âge, l’émotion des compétitions, la rigueur de la préparation, le rêve d’être le plus fort et le meilleur… l’ensemble créait une situation psychologique extraordinaire. Il n’y avait pas de truc, rien à voir avec l’image. Tu soulèves le poids le plus lourd alors tu es le plus fort. Le transfert de responsabilités est impossible: l’individu ne peut compter que sur lui-même – mais entouré des autres. C’est probablement pendant cette période que je suis devenu profondément libéral. Etre libéral: un état d’esprit qui te conduit à comprendre que tu obtiens ce que tu mérites. Tu apprends, tu existes. Et tu apprends aussi à perdre.”

Tu obtiens ce que tu mérites? Pas sûr. Il me semble souvent que le mérite n’existe pas. Il y a la discipline, certes, et puis il y a la chance, ou la mal-chance. Et souvent on ne sait pas, de quel côté est l’une, l’autre. Michel Balestra, lui, a arrêté l’haltérophilie quand il a cru comprendre que, pour poursuivre, il devrait lui aussi se doper. C’est peut-être dans ce type de renoncements que se trouvent les plus grandes chances – contrairement à ce que certaines idéologies de la “réussite” promeuvent.

Publié dans Les Quotidiennes le 28 septembre 2012

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