Skip to content

Je suis contre le mariage. Je suis pour le mariage gay

décembre 12, 2012

Mais elle est vraiment folle, Barbara Polla?

Voyons, procédons par ordre.

Tout d’abord, pourquoi être contre le mariage?

Parce que le mariage n’a été conçu ni pour les femmes ni pour les hommes, mais par et pour la Société. Et pourtant, la Société ne se marie pas…

Parce que le mariage est une structure figée. Le mari, la femme, les enfants. Les structures figées figent, les structures ouvertes ouvrent. J’aime ce qui ouvre.

Parce qu’il semble rassurant. Il prétend pouvoir assurer la pérennité souvent rêvée par les amoureux, et ils sont innombrables, les jeunes couples qui continuent à vouloir se rassurer grâce à lui. Mais cette assurance est mensongère. Le mariage est un contrat certes, mais pas un contrat de bonheur, ni de pérennité.

Un héritage du passé

Comme l’écrit Milena Jesenska dans Vivre, «il me semble qu’au moment même où deux êtres se marient pour être heureux ensemble, du moins le croient-ils, ils tournent déjà le dos à toute chance de bonheur. Se marier pour le bonheur, c’est une forme de cupidité, tout comme se marier pour deux millions, pour une auto ou pour un titre nobiliaire: le bonheur ne suffit pas à faire le bonheur, pas plus que les deux millions, l’auto ou le titre nobiliaire. […] Pourquoi ne se promettent-ils pas de s’accorder l’un à l’autre la liberté du silence, la liberté de la solitude, la liberté d’avoir une chambre à soi… au lieu de quelque chose d’aussi subalterne que le bonheur?».

Parce que le mariage est un héritage du passé, dépassé, obsolète. Il ne correspond plus aux besoins, aux idéaux, à la vie des jeunes d’aujourd’hui. D’ailleurs il se défait dès que les idéaux le réclament. Et le plus souvent, on recommence…

Parce que le mariage est visiblement un mauvais contrat. Seuls les mauvais contrats peuvent se solder par des ruptures de contrats aussi pénibles que les divorces sont souvent, avec leurs complications sans fin, les frustrations qui y sont liées, la mise en lumières des relations financières troubles qui y sont associées.

Parce que le mariage, dans la plupart des pays du monde, exclut les relations autres qu’hétérosexuelles.

Nous y voilà.

Acquérir d’abord les bases pour les réinventer

Je suis donc pour le mariage homosexuel. Parce que ce mariage-là est clairement contractuel. Il ne propose ni ne réclame l’illusion du bonheur.

Les homosexuels demandent des droits, face à la loi, identiques à ceux des hétérosexuels. Le mariage leur apporte une reconnaissance des liens qui les unissent, ces liens qui sont encore si souvent ignorés, niés, refusés, rejetés, excommuniés. Elle est essentielle pour eux, cette reconnaissance, dans les situations complexes de droit de visite aux souffrants, aux mourants, qui en son absence peut leur être refusée ; essentielle pour des questions d’héritage ; essentielle, aujourd’hui encore, pour la reconnaissance sociale d’une manière de vivre qui n’en peut plus d’être considérée comme “différente”.

L’incroyable levée de boucliers des familles soi-disant bien-pensantes pour les chères têtes blondes de France et de Navarre en dit long sur le refus larvé ou affirmé du droit de cité des relations homosexuelles. Quand je vois ces familles qui défilent avec leurs enfants sur les épaules, je me questionne: on leur a demandé leur avis, aux enfants qu’on prend en alibi?

Les enfants ont un seul besoin absolu pour bien grandir: celui d’être aimé. Quand on connaît les désastres tout aussi absolus qui peuvent arriver aux enfants dans des familles “classiques” – hétérosexuelles donc – on se demande vraiment, comment ces mêmes hétérosexuels osent défiler contre le contrat réclamé par ceux qui vivent à leurs côtés, dans la même société, qui y travaillent, qui l’enrichissent, qui la créent au quotidien… Homosexuel? Combien d’enfants portés sur les épaules des parents qui s’opposent au mariage homosexuel ne le deviendront-ils pas, eux aussi, et ne devront-ils pas le cacher, encore et encore?

Il est vrai que dans mon désir de changer, de faire évoluer le mariage vers des structures multiples, sans cesse réinventées, qui soient de vrais terrains de rencontre de l’autre, des formes joyeuses de célibats de couples, de “mutuels agencements capricieux” selon le terme de Michel Onfray, j’espérais des homosexuels qu’ils inventent d’autres manières de concevoir le couple, y compris au niveau légal. Ils y viendront probablement, quand ils auront acquis, enfin, droit de cité.

En conclusion, pas si folle qu’il y paraît… Juste un peu. Utopiste? Cela oui, certes et forever.

Publié dans Les Quotidiennes le 10 décembre 2012

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s