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J’ai rencontré Kati Juurus à Helsinki: éloge de la complexité

juillet 17, 2013


A Helsinki, Kati Juurus et Barbara Polla parlent-elles politique, art, ou chaussures ? © DR

Kati Juurus est l’une des journalistes et réalisatrices les plus en vue en Finlande. Multi-primée dans son pays et à l’étranger : en 2007 elle reçoit le Prix du journaliste de l’année en Finlande et la même année un autre prix pour son documentaire sur Guantanamo ; en 2010 le Prix du Comité International de la Croix Rouge pour son documentaire Fingerprint, consacré à l’immigration en Finlande ; en 2012 One Man Peace reçoit le the Koura Award pour le meilleur documentaire télévisé de l’année.

Ne serait-ce que des thèmes et titres pour lesquels elle a été primée, que l’on comprend d’emblée les engagements humanistes de cette femme d’exception. Ses valeurs fondamentales ? L’équité, le respect, la solidarité – une solidarité non pas légale ou théorique, mais concrète et quotidienne –, le droit de chaque être humain à être reconnu et traité comme tel. Et la complexité. A presque chaque question que je lui aurai posée, elle commence par répondre : ce n’est pas si simple… Et si elle aime monter sur un podium pour recevoir un prix, en présence de ses équipes, puis fêter avec elles, elle aime surtout travailler, produire, “accoucher ”, à la fin du montage, d’un nouveau documentaire…

Parmi ses reportages écrits préférés, il y a OMG (Oh My God), du nom d’une compagnie finnoise qui travaille dans le cobalt en République Démocratique du Congo, à Lubumbachi. Elle a suivi là bas deux ingénieurs finlandais, avec en tête la question de savoir s’il est préférable, pour les travailleurs locaux, de travailler pour OMG ou pour les compagnies d’extraction locale. Pas si simple… Les congolais travaillant pour les finnois semblaient globalement mieux servis que ceux travaillant pour les entrepreneurs locaux, mais la manière dont ils étaient traités restaient néanmoins, selon les valeurs et critères de Kati Juurus, en partie inacceptables.

Pour ses documentaires préférés (ce sont en général les derniers ou ceux qu’elle est en train de concevoir qu’elle préfère), elle mentionne Two men from China, l’histoire de deux immigrants venus en Finlande, avec un certain soutien de la Chine, pour gagner de l’argent. Mais les choses vont mal en Finlande, les deux chinois se retrouvent à faire de petits travaux particulièrement mal payés, non reconnus, non déclarés. Cela, selon Kati Juurus, c’est la surface. Sous cette surface, ce qui l’a sidérée, et qu’elle a tenté de filmer, c’est le niveau d’aliénation, de solitude, de confinement, lié notamment à l’absence totale d’apprentissage de la langue. Je ne puis qu’évoquer les travaux de l’artiste marocain mounir fatmi sur la rupture et la greffe culturelle, qui nous parle constamment de cette question, revoyez Beautiful Language …

Et puis, récemment, elle a réalisé pour la première fois un film dans lequel elle s’est retrouvée à la fois réalisatrice et protagoniste : un film sur une de ses classes d’antan, de l’adolescence, ce moment si particulier, si difficile… une coupe à travers la société, suivre chaque élève de cette classe au fil de sa vie personnelle. “Class Reunion a eu un retentissement étonnant, et je me pose la question de savoir, comment introduire ce type de subjectivité dans mes travaux ultérieurs…”

Kati Juurus s’intéresse évidemment aussi aux questions “femmes”, et dans ce soi-disant paradis de l’égalité des genres qu’est la Finlande, s’étonne de la sorte de régression que nous observons aussi, dans les valeurs des jeunes femmes, influencées – ou non – par la situation économique, le “retour à la maison”, la diminution du nombre de femmes dans les conseils d’administration, et la question des quotas qui, par voie de conséquence, pointe à nouveau son nez même ici… Et le problème lancinant de la violence domestique. Peut-être de ces problèmes aussi, fera-t-elle une histoire prochainement. Car c’est bien ainsi qu’elle se voit : comme une conteuse d’histoires, une à une. “Je raconte des histoires et mes messages sont ces histoires. J’ai la chance de pouvoir raconter ces histoires, les faire connaître au monde et toucher certaines personnes. Je ne suis pas une politicienne, je ne sais pas comment résoudre les problèmes de ce monde ni ne souhaite promouvoir ma propre vision, mais je suis intéressée à raconter comment les gens vivent avec leurs problèmes, comme ils copent – il n’y a pas une solution, ce serait trop simple, mais une infinité de manières de se débrouiller avec la vie. J’ai découvert que nous tous sommes les héros de notre propre histoire” – et là c’est l’écrivain français Yann Appérry que j’entends, Farrago !

Et bien sûr, et même si elle insiste, je ne suis pas une politicienne – et c’est vrai –, Kati Juurus fait de la politique. Tout art, toute communication, est politique. Mais ce n’est pas si simple …

Pour découvrir Two Men from China (Kaksi miestä Kiinasta, 2012) : http://filmland.fi/productions/show/id/146

One Man Peace (Yhden miehen rauha, 2012) : http://filmland.fi/productions/show/id/136

The Class Reunion (Luokkakokous, 2013) (jusqu’au 23.7.2013) : http://areena.yle.fi/tv/1874586

Publié dans les Quotidiennes le 8 juillet 2013

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