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Le deuxième sexe, et le premier aussi

août 11, 2013

Au Château d’Ercourt, le Centre Pompadour. Avec, dans la rotonde de l’entrée, un portrait de Jeanne-Antoinette Poisson, la marquise qui aima Louis XV, les arts et les lettres, et qui exerça un mécénat à sa manière par des commandes aux peintres François Boucher ou Maurice Quentin de La Tour qui tous deux réalisèrent des portraits de la « mécène rococo » comme on l’appelle parfois, et qui encouragea le peintre Nattier, le graveur Cochin, l’ébéniste Oeben, le sculpteur Pigalle, le gainier Jean-Claude Galluchat ou encore Voltaire qu’elle réconcilie avec Louis XV… Mais le portrait de la Marquise qui a donné son nom au Centre Pompadour n’est ni de Boucher, ni de La Tour : il est de l’artiste autrichienne Michaela Spiegel, qui travaille depuis toujours sur les réalités historiques et actuelles des femmes et qui règne en mécène à sa manière au Château d’Ercourt (qu’elle se plairait d’ailleurs à rebaptiser Château Lafoutte).

Mais – et le deuxième sexe alors ? Patience ! Le voici ! En face de la Marquise, un double portrait de Simone de Beauvoir. Celle qui inventa le deuxième sexe est nue, souriante, ses jambes repliées laissant admirer son périnée. Double portrait, logiquement : le deuxième sexe – mais aussi le premier.

A l’entrée même du château, un portrait encore, de Ulrike Meinhof. Vous n’aurez pas oublié celle qui est souvent considérée comme le cerveau du groupe Fraction Armée Rouge, lequel perpétra de nombreux attentas en Allemagne durant les années 1960. Ulrike Meinhof participa notamment à la destruction de l’ordinateur américain chargé de programmer les bombardements du Vietnam, ainsi qu’à l’évasion du chef du groupe, Andreas Baader, en 1970. On parlait volontiers de “la bande à Baader” – ou alors, du groupe, ou du complexe, Baader-Meinhof. Le premier cerveau, le deuxième sexe ?

Michaela Spiegel, comme l’intelligente Marquise, soutient les artistes, et comme la fascinante Simone de Beauvoir, s’interroge sur le devenir femme. Comme Ulrike Meinhof, elle est un cerveau, qui n’ignore rien de l’histoire des femmes. Volontiers terroriste en paroles mais pacifiste en actions, Michaela Spiegel a créé au sein du Centre Pompadour le Laboratoire du Néoféminisme, un projet d’art et de recherche sur l’histoire des femmes et l’énigme de la féminité (l’artiste se plairait à écrire « l’hystoire » en référence à l’hystérie et parlerait volontiers de celle de « l’élevage des femmes »). Un lieu de création, d’échange et de communication : au sein du laboratoire, Michaela Spiegel propose une résidence à sa manière, où les résident/e/s (les hommes sont les bienvenus) peuvent venir travailler pour une durée variable, après soumission d’un dossier qui se doit d’être exhaustif quant au projet que les candidat/e/s souhaitent réaliser en ce Laboratoire d’une nouvelle sorte.

Le Néoféminisme ? Un humanisme contemporain. Le contraire du sexisme. Il s’agit en réalité d’un nouvel humanisme, dans lequel l’image positive de la femme (corps physique) implique une image également positive de l’homme (corps physique) ainsi que de toute variante des deux, sans hiérarchie aucune. Ce nouvel humanisme repose sur un rééquilibrage politique, socio-culturel, légal et intime. Un projet d’envergure, auquel je vous invite à participer, pour une rencontre des sexes, enfin, sans premier ni deuxième.


Michaela Spiegel, Le Deuxième sexe, 2007. 90 cm x 120 cm x 2, huiles sur soie damassée. © l’artiste

Voir aussi
https://barbarapolla.wordpress.com/2013/08/04/residence-au-chateau-dercourt-lart-est-ce-qui-rend-la-vie-plus-interessante-que-lart/

Article publié dans Les Quotidiennes le 7 août 2013

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