Skip to content

Soumission et vacuité, double face d’une même réalité

août 13, 2013


Kader Attia, “Ghosts”, 2007. Les Presses du Réel. © DR

Si vous visitez le Centre Pompidou cet été, jouissez, certes, de la beauté de la vue sur Paris, de la Ville Heureuse telle que l’a voulue Renzo Piano, du romantisme inaltérable de l’atelier Brancusi – mais arrêtez-vous aussi devant les terrifiants “Ghosts” de Kader Attia. L’art est là aussi pour secouer notre âme – pas seulement pour la bercer.

De quoi s’agit-il ? 560 silhouettes agenouillées, priant. Que l’on découvre de dos. C’est en observant sa mère prier que Kader Attia, artiste français d’origine algérienne, aurait commencé cette œuvre. Mais « contrairement à l’esquisse initiale où j’envisageais ce travail comme une trace de ce qui a été, le fait de penser la sculpture en négatif m’a fait reconsidérer la présence du vide ». Penser la sculpture en négatif ? Oui, les corps prosternées sont vides en effet, vides de visage, vides de corps organique même. Lorsque le spectateur avance le long de l’installation et qu’il découvre ce vide, l’effroi le saisit… « Plus le spectateur longe l’installation, plus il est impliqué visuellement dans cette marée de formes humaines de dos ; et lorsqu’il se retourne, il découvre des centaines de visages vides, de trous béants qui contrastent de manière très forte avec l’aspect plein et humain de la structure vue de l’arrière », explique l’artiste.


Kader Attia, “Ghosts”, 2007. Les Presses du Réel. © DR

«Chaque sculpture a été réalisée avec en moyenne trois rouleaux de 25 mètres d’aluminium. Le principe était d’emballer un corps par couches successives, explique encore l’artiste : plus on accumule les couches, plus la structure devient rigide. Par la pression, on va retrouver l’architecture de l’anatomie du corps, et arriver à suggérer une forme humaine »; mais par simple pression aussi, d’« une main, vous pouvez écraser la sculpture. Vous êtes devant une marée humaine très puissante par son amplitude dans l’espace, et pourtant fragile et temporaire. »

Pour Kader Attia, il semble s’agir d’un installation parlant de prière. Pour moi, spectatrice, il s’agit d’autre chose, de bien plus effrayant que même des « Ghosts ». Pour moi, spectatrice, il s’agit d’une allégorie de la soumission. Et d’une représentation terrifiante de la vacuité comme conséquence de la soumission. Ce n’est peut-être pas exactement ce que l’artiste a voulu dire, mais ce sentiment, de soumission et de vacuité subséquente, est tellement prégnant qu’il semble impossible qu’il ne reflète pas le sentiment de l’artiste lui-même, devant la présence du vide. Du vide existentiel. Une œuvre, pour moi, formidablement laïque, et féministe aussi. En ce qu’elle dénonce le vide existentiel qu’entraîne la soumission, quelle qu’elle soit.

Publié dans Les Quotidiennes le 9 aout 2013

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s