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Art et business : de l’œil à l’innovation

septembre 20, 2013

Il y a l’œil qui regarde et l’œil qui voit.

Un colloque original s’organise à Paris : Art Matters, au cours duquel des entrepreneurs vont présenter, non pas leurs histoires de succès – ou d’échec – entrepreneurial, non, mais leurs histoires d’art, l’idée étant de comprendre pourquoi certains entrepreneurs, au lieu de se concentrer sur leur business, s’intéressent à l’art – et ceci pas seulement pour eux personnellement, mais pour leurs entreprises. A quoi cela peut-il bien servir ?


Ahu Sreter. © DR

Ahu Serter est la seule femme entrepreneur oratrice à ce colloque (une autre oratrice étant Anastassia Makridou, médiateur culturel à la Fondation de France). Ahu Serter a 40 ans, trois enfants, et est à la tête de sa société familiale Farplas, une société classique de construction automobile (150 millions de chiffre d’affaire). Elle incarne la joie de vivre et partage sa passion pour l’art, qui est aussi une passion familiale (son père, self made man, a acheté son premier tableau alors qu’il était encore adolescent) avec l’ensemble des collaborateurs de son entreprise. Une entreprise qui prévoit 100% de croissance dans les quatre prochaines années, ce qui va nécessiter, Ahu Serter en est bien consciente, toute une série de transitions en termes d’infrastructures. Elle travaille aussi à la diversification des activités de l’entreprise familiale : elle a ainsi créé Casa Dell’Arte, un hôtel à la fois haut de gamme et simple au sud de la Turquie, dont tous les espaces tant privés que publics sont des salle d’expositions de la collection familiale. Un concept que Ahu Serter va prochainement dupliquer à Cappadoce, puis ailleurs en Europe et aux Etats Unis, partout où l’art a un rayonnement particulier, comme à Miami ou à Florence…

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Mat Collishaw, Venal Muses, triptyque © L’artiste ; Courtesy Casa Dell’Arte

L’art pour cette femme d’avant-garde ? Un pont qui promeut les rencontres avec des gens qui savent voir et qui connaissent, comme elle, la valeur des choses intangibles. Un formidable outil de RP, en somme, qui permet de rencontrer des gens du monde entier, souvent eux aussi entrepreneurs (c’est certainement le cas pour les plus grands collectionneurs turcs, grecs, italiens mais aussi français… ). Une manière aussi, d’offrir une qualité de vie supérieure à ses collaborateurs : depuis plus de 20 ans, les œuvres d’art de la collection familiale infiltrent bureaux et usines et génèrent intérêt, discussions, culture d’entreprise. Même le chauffeur connaît les noms des artistes et a des choses à dire sur les œuvres. Quand les ingénieurs partent en veilles technologiques ou en congrès, ils sont invités à visiter tel ou tel musée et à en ramener des connaissances, des catalogues, des livres. Ahu a ouvert, dans l’usine-mère un espace d’art de 700m2, où sont organisées des expositions temporaires, et où les ouvriers peuvent se rendre pendant leurs pauses ; c’est là aussi que Ahu Serter invite des conférenciers pour parler d’innovation à ses cadres. Et elle affirme que chez Farplas comme dans ses hôtels « Nous n’avons besoin ni d’or ni d’argent, car nous avons de l’art, et là où il y a l’art, la vie est belle et intéressante. » Preuve en est, les photographies pour le moins provocantes de Mat Collishaw accrochées dans l’un des grands salons de l’hôtel.

Et pour elle-même, l’art ?

Un exercice entrepreneurial constant : l’exercice de l’œil.

En art, elle s’intéresse à la découverte, pas à la collection de ce que d’autres ont découvert – elle affirme très clairement d’ailleurs qu’elle n’aime pas suivre les règles que d’autres ont établies. En art, il faut voir, pas seulement regarder. Dans la création et le développement entrepreneurial, elle est confrontée à la même nécessité : elle doit voir le futur, le voir différemment que les autres, elle doit l’inventer. Le découvrir, comme ces artistes qui sont sélectionnés parmi des centaines de candidats pour venir en résidence à Bodrum. L’une des plus belles œuvres du jeune vidéaste pakistanais Basir Mahmood, A Message to the Sea, a été tournée pendant sa résidence à Bodrum, au bord de la mer, devant la Casa dell’Arte, avec le jardinier dans le rôle du bateleur qui regarde son bateau disparaître vers l’horizon, debout dans l’eau sa résidence, et montrée depuis au Palais de Tokyo, à Stuttgart et à Dubaï.

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Basir Mahmood, Video Still, © l’artiste

Vous voulez vous aussi innover constamment ? À défaut de découvrir, d’acheter et d’exposer des œuvres étranges… ouvrez l’œil ! Et lisez aussi le deuxième article sur Ahu Serter, à paraître dans quelques jours, qui parlera de ses investissements pour les femmes. Impressionnant, drôle, instructif, efficace – et peut-être pourrez-vous même bénéficier vous aussi, pour vos projets en cours, du soutien de cette femme d’exception !

Publié dans Les Quotdiennes le 19 septembre

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