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L’art, un espoir, même en prison ?

octobre 27, 2013


Hombre Que Camina, Jhafis Quintero, video still, 2013

La prison, la dangerosité, la surveillance, agitent les esprits de Genève et d’ailleurs.
Le meurtre d’Adeline nous bouleverse tous, nous concerne tous, et tous ensemble, nous désirons faire en sorte que jamais, un tel drame ne se reproduise.
Certains prévoient ainsi de maximaliser les mesures de sécurité. C’est évidemment une piste.
D’autres, dont je fais partie, cherchent d’autres pistes aussi, notamment des pistes pour améliorer le statut des prisonniers et les possibilités de réinsertion qui leur sont accessibles, en gardant toujours à l’esprit le meilleur possible, même face au pire.

L’une de ces pistes est l’art. L’art en prison ? Oui, et celles et ceux qui ont travaillé avec des prisonniers en témoignent régulièrement. J’ai eu le privilège de réunir quelques-uns de ces témoignages dans le livre “L’Ennemi Public”, publié à l’occasion d’une exposition éponyme, sur l’art et la prison, présentée au début de cette année à Paris. L’art, oui, un formidable outil de découverte de soi et de transformation – en prison et dans le monde.

Jhafis Quintero a passé dix ans en prison en Amérique centrale. Il est devenu artiste en prison, grâce à une Haru Wells, une artiste qui venait en prison travailler avec les prisonniers. Cela fait maintenant dix ans qu’il est sorti de prison. Il a quarante ans. Cette année il a représenté son pays d’origine, le Panama, à la Biennale de Venise. Tout son art porte sur la question de l’enfermement : le sien, en prison, mais le nôtre aussi, dans nos prisons à nous, nos prisons mentales, notre corps parfois. Jhafis Quintero s’exprime sur l’art et le crime et affirme que pour lui, il s’agit des deux visages d’une même subversion, le second dangereux pour soi-même et les autres ; le premier pouvant devenir tout au contraire source de valorisation, de reconnaissance, de communication.
« J’aime l’art, explique Quintero, parce que je peux être moi-même, sans préjudice à autrui. » « En travaillant avec Haru Wells, nous avons, j’en suis convaincu, poursuit-il, trouvé une manière naturelle de nourrir cet appétit de transgression que certains d’entre nous portent ancré à leur poitrine et leurs entrailles. Faire de l’art, pour moi, consiste à organiser une pensée de manière esthétique, à transmettre des idées, à re-signifier. C’est le substitut parfait du crime, parce qu’il me permet d’esthétiser la transgression qui fait partie de ma nature même. Je puis ainsi sculpter mes idées et mes instincts et leur donner une forme, une forme nouvelle et différente. »

Le travail de Jhafis Quintero sera montré à Turin, au mois de novembre, par Rebecca Russo, psychothérapeute et créatrice de la Fondation Art & Science Videoinsight, une fondation qui a pour but de promouvoir le travail des artistes et le concept que Russo a développé avec succès : celui de l’utilisation des vidéos d’art dans la prise en charge, le diagnostic et le traitement des psychopathologies les plus diverses. Russo a estimé en effet que le potentiel de ce travail sur la prison était très important en thérapie comme en art…

A Genève aussi, certaines détenues, notamment, travaillent avec une artiste, à Champ Dollon. Laquelle artiste, depuis quinze ans, s’engage pour transformer le désespoir en création. Car comme il est écrit sur la tombe d’un autre artiste, Jacques Coulais “prisonnier de son corps” pour ainsi dire, pendant plus de cinquante ans, du fait d’une tétraplégie survenue dans sa plus tendre enfance : “L’art ne nous sauve pas du désastre, mais, du moins, il convertit le désastre en espérance. »

Publié dans Les Quotidiennes le 24 octobre 2013

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