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Le miel des anges

novembre 4, 2013


Katerina Iliopoulou

C’est le 1er novembre. Le jour des morts ? Le jour de la vie.

Sans les morts nous ne saurions exister. Ils sont là, bien plus nombreux que nous, les vivants, ils sont sous la terre, partout où nous posons les pieds, il sont dans les arbres, sous les feuilles pas encore tout à fait mortes mais tombées par monceaux sous la pluie d’octobre. Ils sont nos fantômes, nos souvenirs, nos compagnons. Ils sont notre avenir…

Mais en attendant, la vie ! Et le Miel des Anges. Oui il est des anges, cachés, inattendus… J’en ai rencontré un. Il s’appelle Michel Volkovitch. Il a des cheveux blancs comme la neige. Il publie les jeunes poètes grecs, après les avoir traduits, avec autant de passion que de patience et l’immense modestie des plus grands traducteurs : Michel Volkovitch traduit aussi Dimitris Dimitriadis.

Et c’est lui qui distille le Miel des Anges : le miel poétique, entre autres, de Katerina Iliopoulou. Un ange aussi ? Dont le miel serait la poésie. Ci dessous La chanson du petit nageur, qui dansera, parce que “it’s never enough”. La vie, la poésie, le miel, encore…

Ses pieds s’agrippent au ciment
Sa respiration immense
Appel à la durée
Q
ui s’organise le long de ses vertèbres
Le petit assemblage d’os à présent se contracte
Immobile un peu comme un lézard.
(On le croirait là depuis toujours
Et d’un coup disparu
L’œil ne peut s’en rassasier)
Et là soudain il tombe
Droit comme un ange
D’ailleurs les oiseaux eux-mêmes se jettent dans le ciel
S’envoler c’est tomber

En tombant il porte une montre-fleur
Tenue par une ficelle
Il porte un collier d’oranges amères
Souvent il teste la résistance
Des choses qu’il troue d’un coup de canif
Et le voilà aiguille trouant le vent
Une intervention de ce type est un acte :
de séparation
de profanation
d’exploration
de connexion
de métamorphose
Ne s’achève jamais
Ne s’ouvre pas ce qui n’a pas d’intérieur

En tombant il emporte avec lui
La brûlure à la main
Au milieu de la paume
Qui vient d’un insecte noir
La douleur est une chose ailée
La douleur est un visiteur du futur
Il a traversé la carte muette de la main
L’a lue minutieusement
Pleurant debout
La main ouverte
Qu’il montrait au désert
Il était tout entier le sujet d’une chose
que
faute d’un terme plus précis
nous appellerons : toucher.

Et en tombant il emporte avec lui
Les yeux des animaux.e
Et les chevaux invisibles
Les chevauchent et les aiment chaque jour
Les étreignent les caressent
Pour ce qu’ils sont :
Deux pierres froides recouvertes de mousse.
Là pour la première fois il éprouvera le vertige de la matière
Le gouffre n’est pas le noir du vide mais l’impénétrable.

Et en tombant pour finir le bout de ses doigts
Atteindra l’eau
Puis il s’enfoncera d’un coup
Sans pouvoir saisir la limite
Et les yeux fermés
Il verra par chaque pore de sa peau
Intrus dans un monde étranger
Parfaitement fasciné
Il aura peur
Voudra rester là-bas toujours
Voudra faire que cela dure
Émergera vaincu à la lumière
Essaiera encore
Sans l’avoir espéré il revivra tout
Sera vaincu
Essaiera encore
Et mordra le tissu de la phrase :
«It’s never enough»
Et dansera.

Et si vous voulez soutenir Le Miel des Anges, envoyez un email à l’apiculteur : michel.volkovitch@wanadoo.fr

Publié dans Les Quotidiennes le 1er Novembre 2013

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