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Retour d’Athènes, hommage à Matina Paschali

décembre 3, 2013

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Matina Paschali. Courtesy Maro Michalakakos

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J’ai rencontré Matina à la Biennale d’Athènes. Elle venait, invitée par Poka-Yio, le directeur de cette Biennale hors du commun (Agora), y présenter, escortée de bien d’autres SDF, le magazine des SDF locaux, dans laquelle elle publie ses photographies – de SDF.

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Avant, dans sa vie comme la nôtre, elle était secrétaire, chez un avocat. Quand celui-ci est mort, il y a une dizaine d’années, elle n’a pas retrouvé de travail. Elle a vécu de petits “boulots” et de ses économies. Mais en mars 2012, plus rien. Plus aucune ressource, pas de famille, rien. Elle commence à vivre dans la rue et elle y vit toujours. Pendant plus d’un an, pas un seul jour elle n’a eu un centime en poche. Et puis il y a quelques mois, elle a commencé à vendre le magazine des SDF dans les rues d’Athènes. Le périodique lui donne un appareil photographique. Matina n’a jamais aimé la photographie, elle n’aime pas se faire photographier non plus, même si elle a posé avec beaucoup de grâce, ce jour là, pour Maro Michalakakos, mon amie artiste. Mais elle se met à photographier les SDF. De l’intérieur, peut-on dire. Avec tout le respect, voire le regard amoureux, de celle qui en est une, aussi, et qui c’est ce que veut dire : je vis dans la rue. “C’est comme si je me photographiais moi-même”, me dit-elle.

Mais, lui demandai-je, Matina, vous n’avez pas peur, dans la rue ? “Oui bien sûr j’ai peur, d’autant plus qu’y vivent certaines personnes qui peuvent te faire du mal, sans raison apparente, et encore plus si tu es une femme. Mais je travaille, sur l’objet de la peur, et quand tu le considères longtemps, que tu y travailles, il devient tout petit. La peur devient toute petite.”

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© Matina Paschali

Matina est belle, calme, digne et rayonnante avec ce fond de tristesse dans les yeux. Et elle m’explique qu’en chaque catastrophe il y a un bien, et qu’elle s’est mise à réfléchir au plus profond d’elle-même, à ce qu’elle devait faire pour trouver un nouveau chemin, “et quand tu vas très au fond pour réfléchir, m’explique-t-elle, tu trouves toujours une harmonie. Ce fut très difficile, mais j’ai une vision, je veux aller quelque part, et en changeant mon regard, je change tout le reste avec. Et le futur, me demandes-tu ? Le futur m’importe peu. J’ai appris à être dans le présent et non pas dans le futur.”

Matina je vous admire, je pense à vous, et je suis heureuse de pouvoir partager avec mes amies des Quotidiennes le cadeau que vous m’avez fait ce jour-là, de me parler à cœur ouvert. Je me réjouis de vous revoir…

Merci à Poka-Yio et SHEDIA.

Publié dans Les Quotidiennes le 3 décembre 2013


I met Matina at the Athens Biennale. She was invited along other fellow homeless by Poka-Yio, the Director of this unique Biennale (Agora), to present the local homeless magazine Shedia, in which her photographies were published.

Before living on the streets, Matina lead a life like ours: she was a lawyer’s secretary. When her boss died ten years ago, it was impossible for her to find a new job. She spent her savings and lived of short-term jobs for a while. But in March 2012, she reached a limit. No more financial resources, no family, nothing. She ended up on the streets, where she still lives today. A few months ago, she started selling Shedia. The publisher gave her a camera. Matina had never liked photography, nor being photographed. But on the day we met at the Athens Biennale, she posed with grace, for my friend the artist Maro Michalakakos. And she began taking photos of the homeless. She portrayed life on the streets with the respectful and loving eye of an insider, of one whom can say : I am one of them. « It is as if I was photographing myself », she says.
But, Matina, are your not afraid to live out on the streets? « Yes, of course I’m scared, especially as certain homless people can sometimes be harmful, with no reason at all, in particular if you are a women. But I am working on addressing the object of my fear. When you think about it long enough, the fear diminishes and becomes insignificant.

Matina is beautiful, calm, radiant and full of dignity, with a profound sadness in her eyes. She tells me that for every hardship there can be a positive outcome, and that she is determined to find a new path:  » When you dig deep inside, she says, you always find harmony. It has been very difficult, but I have a vision, I want to get to somewhere specific, and by changing my perspective, I believe I can change all the rest too. You ask me about the future? It matters little to me. I have learned to live in the present, not the future. »
Matina I admire you, I think of you, and I am so happy to be able to share with our friends from Les Quotidiennes your inspiring story. Thank you for opening your heart to me. I look forward to seeing you again very soon.
Thank you Poka-Yio and SHEDIA.

Thanks to Verena Butt d’Espous for translation.

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