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Hôtel Spiegel, par Jean-Philippe Rossignol

mai 23, 2014

L’écrivain, éditeur, homme de culture et parfois comédien, coorganisateur de nos Nuits de la Poésie, Jean-Philippe Rossignol, nous parle de Michaela Spiegel.

Hôtel Spiegel

hotel kummer.versand.jpg - copie

J’ai découvert des maisons parlantes dans un château. Comment ? Je croyais qu’un château était un château avec ses donjons et sa clairière, des pierres renaissantes ou dix-huitièmes, un domaine écossais ou suisse, toutes les variantes sont possibles. Mais des maisons à l’intérieur même du Château d’Ercourt, près d’Abbeville ? Et des photos d’hôtels au centre du Château, dans une grande pièce lumineuse ? L’histoire commence à devenir inquiétante, refermons la porte derrière nous et rentrons dans cet univers. Michaela Spiegel est là, elle nous accueille avec cette phrase : « J’ai décidé d’avoir un grand château pour être une grande artiste ! » Elle vit dans ce dédale où elle peint des jouissances féminines et des catastrophes sexuelles. Quand elle sort de son labyrinthe, elle prend sa voiture, s’en va à Vienne, à Coney Island, fait un détour par Berlin ou Bordighera, à la frontière franco-italienne. Elle photographie des hôtels. Leur façade, leur visage. Ce ne sont pas de simples hôtels où l’on passe une nuit paisible. Au contraire, on se demande qui peut rentrer dans ces endroits, non pas qu’ils soient laids, mais par la puissance des noms qu’ils affichent. Les noms sont des miroirs. Un voyageur s’approche. Va-t-il franchir le seuil de l’hôtel Kummer ? Toleranz ? Angst ? Paradiso ? Le Chagrin, la Tolérance, la Peur et le Paradis vous souhaitent une bonne nuit.

Je crois que ces hôtels métaphysiques, ces « maisons parlantes » comme les appelle Michaela Spiegel, existent pour nous protéger dans la nuit. On se protège mieux quand on ne pense plus à soi. Le chagrin comme le paradis sont une illusion. Nous le savons ou nous devrions le savoir. Le Chagrin n’est pas en nous, le Chagrin est une belle bâtisse sur cinq étages, parfaitement sculptée, parfaitement éclairée, qui se trouve à Mariahilfer Strasse 71A, à deux pas du café Ritter. Le Chagrin est une très belle image en noir et blanc, un décor de cinéma avec ses lettres blanches suspendues dans le ciel noir de Vienne. L’hôtel de la Peur est imposant, comme le Trésor et la Tolérance sont accueillants. Les miroirs incarnent leurs noms.

Tout s’accélère, il est l’heure de quitter le Château d’Ercourt, un train doit nous conduire ailleurs. Avant de partir, je demande à Michaela de revoir ses maisons parlantes. Les grands tirages, un à un, défilent lentement. Dreamland, Paradiso, Tresor, Toleranz, Angst, Kummer… Dans cette série, il n’y a pas d’hôtel Spiegel, « le miroir » en allemand. Michaela referme le carton à dessins, nous allons à la gare. J’ai vu qu’un Hôtel Spiegel existait à Cologne. Mais celui-ci ne sera pas nécessaire. Tout est là. Michaela Spiegel vit dans son Miroir qui est un Château.

Jean-Philippe Rossignol

         15 mai 2014

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