Skip to content

Lectures du Labyrinthe

avril 19, 2016
Ce fut un bonheur rare. Merci à tous. Le texte qui me restera entre tous, celui d’Italo Calvino (Les Villes invisibles), lu par Paul Citron : « L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place. »   
 
Et le chérir, ce qui n’est pas l’enfer. Chérir un soir comme celui-ci. Une soirée de lectures poétiques, où plus de cent personnes en écoutent d’autres ; le partage des mots, rien à « avoir » , tout à recevoir.
Comme la lecture de Jean-Luc Parant, Tout en haut les yeux. Nous nous déplaçons pour voir, pour voir ce que nous ne pouvons pas voir sans bouger. Si nous ne nous déplaçons pas, nous ne verrons rien. Nous voyons parce que nous avons des jambes et que nos jambes nous ont donné des yeux. Nous avançons et plus ce que nous voyons est visible, plus le chemin que nous prenons nous élève. Quand nous voyons très loin, quand nous voyons ce que nous n’avons jamais vu, c’est que nous sommes montés très haut. Nous voyons mais nous montons, nous montons tout entiers dans nos yeux pour les ouvrir à l’endroit le plus haut sur notre corps et dans le monde. Nous voyons mais nous sommes tout en haut, perchés sur notre front où nous avons concentré tout notre corps pour le projeter le plus loin possible au-delà et qu’il puisse toucher d’un seul regard la terre et le ciel tout entiers.
 
et celle de Clara Citron, la benjamine, qui nous lut un long extrait du Condamné à Mort de Jean Genet – jusqu’à ce « Madame ! » …

Merci à vous tous, compagnons en poétique. Et un merci tout spécial à Horst Haack, qui nous a inspiré ces « Lectures du Labyrinthe » .

imagetexte4-clara-citron.7920033c42e8921b9b287aa4e630cb25

© Clara Citron



À la mémoire de Maurice PILORGE, assassin de vingt ans

Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours,
Un ange qui sanglote accroché dans un arbre,
La colonne d’azur qu’entortille le marbre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.

Un pauvre oiseau qui tombe et le goût de la cendre,
Le souvenir d’un œil endormi sur le mur,
Et ce poing douloureux qui menace l’azur
Font au creux de ma main ton visage descendre.

Ce visage plus dur et plus léger qu’un masque,
Et plus lourd à ma main qu’aux doigts du réceleur
Le joyau qu’il convoite; il est noyé de pleurs.
Il est sombre et féroce, un bouquet vert le casque.

….

Cette apparition vient du ciel redoutable
Des crimes de l’amour. Enfant des profondeurs
Il naîtra de son corps d’étonnantes splendeurs,
Du foutre parfumé de sa queue adorable.

Rocher de granit noir sur le tapis de laine
Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.
Marche vers le soleil de son corps sans péché,
Et t’allonge tranquille au bord de sa fontaine.

Chaque fête du sang délègue un beau garçon
Pour soutenir l’enfant dans sa première épreuve.
Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve,
Suce son membre dur comme on suce un glaçon.

Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,
Baise sa tête enflée, enfonce dans ton cou
Le paquet de ma bite avalé d’un seul coup.
Ètrangle-toi d’amour, dégorge, et fais ta moue!

Adore à deux genoux, comme un poteau sacré
Mon torse tatoué, adore jusqu’aux larmes
Mon sexe qui te romp, te frappe mieux qu’une arme,
Adore mon bâton qui va te pénétrer.

Il bondit sur tes yeux; il enfile ton âme
Penches un peu la tête et le vois se dresser.
L’apercevant si noble et si propre à baiser
Tu t’inclines très bas en lui disant: « Madame »! 

Pour une lecture plus complète, cliquez ici.
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s