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Un week end à Paris – Se souvenir de la lumière

septembre 26, 2016

Samedi matin, je prends le train pour Paris. J’ai rendez-vous avec mes amis Ronald Asmar, qui est libanais, et Romain Jordan, pour une visite de l’exposition « Se souvenir de la lumière » des artistes libanais eux aussi Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, au Jeu de Paume, une visite guidée par Khalil Joreige lui-même. La lumière, dans leurs yeux. Ils travaillent ensemble, m’explique Khalil, par nécessité partagée. Et ils parlent chacun de « mon exposition » comme dans un couple uni on parle de « mon fils, ma fille ».

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Paris baigne dans la lumière de septembre. Se souvenir de la lumière. Khalil nous explique, nous raconte le Liban et son histoire si particulière, la rémanence des images, la mémoire… Nous sommes fascinés, par tout ce que nous disent les images non révélées ou à peine révélées, qui semblent nous arriver de la nuit des temps ; fascinés par la cohérence de l’exposition, par la générosité des artistes… Archéologie de notre regard, Le Cercle de confusion, Les disparus, Cendres, Je veux voir, J’ai regardé si fixement la beauté, En attendant les Barbares … les titres des oeuvres sont comme un poème que l’oeil va creuser, longtemps, longtemps… Marta Gili, directrice du Jeu de Paume depuis 2006, souligne, entre autres, la rencontre, dans ces oeuvres, de la vidéo et de la poésie, ces deux formes artistiques qui changent notre perception du monde.

En attendant les Barbares ? J’entends la voix de Bernard Khoury, l’architecte libanais que j’avais invité en 2011 à Genève nous parler d’Architecture émotionnelle.

Ici il récite Cavafis.

Pourquoi cette inquiétude tout d’un coup ?
Et cet émoi ?
Comme les visages sont graves !
Pourquoi les rues, les places se vident elles si vite ?
Pourquoi chacun rentre-t-il chez lui la mine soucieuse ?

Parce que le jour s’achève
Et que les Barbares ne sont pas venus
Et certains qui arrivent des frontières
Assurent qu’il n’y a plus de Barbares

A présent qu’allons nous devenir sans Barbares ?

Se souvenir de la lumière : Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ont filmé des plongeurs – ou plutôt des « couleurs » – des hommes qui coulent. Le couleurs et la lumière, un foulard et le plancton, le souvenir de la lumière, ce qui reste après qu’elle s’éteint dans les fonds marins, les tanks échoués sur ces fonds, les corps des migrants échoués dans nos mémoires.

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© Joana Hadjithomas et Khalil Joreige & Jeu de Paume

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© Joana Hadjithomas et Khalil Joreige & Jeu de Paume

Joana : J’utiliserais le terme de fragilité. Nous sommes convaincus qu’une oeuvre d’art doit avoir une fragilité essentielle…. L’oeuvre d’art, par sa fragilité, doit être capable de s’échapper.
Khalil : Nous voulons sortit du discours, pour qu’advienne la parole. 
 
Elle s’échappe, sans aucun doute. Une fragilité puissante.
 
Le soir, Ronald et Romain m’invitent dîner. Nous parlons de l’exposition. Du Liban, de l’art, de l’avenir. Du vin. Du bonheur de boire. De la beauté de l’amour et de l’amitié, si forte, qui nous lie tous les trois. De la musique. Se souvenir de la musique, aussi.
 
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© Romain Jordan

 
J’ai entre les mains un cadeau de Bénédicte Montant : I am broke but I am happy. Les deux sont vrais !
 
Dimanche ? Dimanche je dois finir mon livre, Femmes hors normes (titre de travail). Le hors normes ? Ah, bientôt je vous dirai… J’écris, donc. Je relis Les Identités meurtrières d’Amin Maalouf. je fais une sieste. Je mets un point final et j’envoie le texte à Odile Jacob. L’amour hors normes, entre autres. Nous parlons avec Khalil d’Etel Adnan, poétesse et artiste libanaise, et de son livre que Joana aime tant : « Le prix que nous ne voulons pas payer pour l’amour ». Il faut lire ce qu’en dit Joana dans Le Monde. Etel Adnan contre le chaos du monde.
 
L’amour et l’art et la fragilité. Se souvenir de la lumière.
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