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Ce qui parle toujours en silence c’est le corps – Ciò che sempre parla in silenzio è il corpo

octobre 3, 2016

 Pour parler du travail de Gianluigi Maria Masucci, je me suis inspirée de Alighiero (e) Boetti, et ceci pour de multiples raisons.

*Tout d’abord une particularité du travail de Gianluigi Maria Masucci : le fait de dessiner des deux mains. Comme Alighiero (e) Boetti, qui notamment écrivit des deux mains, en écartant progressivement les bras, Ciò che sempre parla in silenzio è il corpo. L’œuvre se présente comme une longue bande de papier fort, sur la moitié droite de laquelle on peut lire aisément Ciò che sempre parla in silenzio è il corpo – la même phrase, mais à l’envers et tremblée, comme reflétée par un miroir légèrement déformant, se déployant sur la moitié gauche. Alighiero qui disait qu’ « écrire de la main gauche c’est dessiner ». La gauche, la mal à droite, la sinistre en italien, celle qui accepte maladresse et défauts comme partie essentielle de la création.

*Gianluigi Maria Masucci implique son corps entier dans son dessin. Ce qui parle toujours en silence c’est le corps.

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VIDEO STREET ART – galerie Analix Forever, Genève

Didier Semin à propos de Alighiero Boetti : « ce à quoi l’usage du support papier ou de l’objet en papier, fondamental dans sa démarche, répond parfaitement –, ainsi qu’à une imagination sans bornes quant aux multiples manières de mettre en question nos certitudes. »

Le dessin, double de la poésie, mais de l’autre côté du miroir : symétrique inverse, en même temps qu’inséparable jumeau.

Didier Semin encore : Alighiero Boetti aura été le plus singulier et le plus insaisissable des acteurs de l’Arte povera. La grâce très particulière de son œuvre ne tient pas à l’unité formelle de son style, mais à la constance d’une attitude dubitative face au monde. Une attitude dubitative qui se traduisit de façon exemplaire dans le choix, à partir de 1968, de signer ses œuvres Alighiero e Boetti, en séparant son prénom et son nom par une conjonction de coordination, manière de rappeler sobrement ce que nous savons depuis Rimbaud mais préférons oublier : « Je est un autre ».

*Il m’est apparu que Gianluigi Maria Masucci, s’il conserve ce nom si long et à la fois masculin et féminin, c’est aussi parce que je est un autre, un autre complexe, à la fois ombre et volonté de lumière, doutes et tentatives de certitudes… (d’ailleurs une œuvre de Gianluigi Maria Masucci s’intitule Qui est Maria ? à découvrir dans l’Atelier AMI, en décembre, dans l’exposition « Tutti frutti »).

*« Fluire » : laisser couler le doute. Entre intérieur et extérieur, intimité et exhibition (les draps de Naples…). Les mouvements obsessionnels des plumes et crayons de l’artiste sont comme dictés par une mise en écho entre l’intérieur et l’extérieur.

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*Gianluigi Maria Masucci : une recherche constante, aussi perpétuelle que le flux de l’eau ; une géographie intérieure ; une sémantique liquide. Et l’invention d’une nouvelle écriture – faite de signes, de symboles, une écriture liquide, des hiéroglyphes phéniciens…

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Ungaretti, Lu en italien par Chiara Bertini :

Voici mes fleuves – et l’Arve et le Rhône pour Gianluigi Maria Masucci

Celui-ci est le Serchio
c’est à lui qu’ont puisé
deux mille années peut-être
de mon peuple campagnard
et mon père et ma mère

Celui-ci c’est le Nil
qui m’a vu
naître et grandir
et brûler d’ingénuité
dans l’étendue de ses plaines

Celle-là est la Seine
dans ses eaux troubles
s’est refait mon mélange
et je me suis connu

Ceux-là sont mes fleuves
comptés dans l’Isonzo
Et c’est là ma nostalgie
qui dans chaque être
m’apparaît
à cette heure qu’il fait nuit
que ma vie me paraît
une corolle
de ténèbres

 

*L’eau, ces deux dernières années, est devenue prépondérante dans le travail de Gianluigi Maria Masucci. Regarder l’eau qui coule. La mouvement perpétuel. Le corps. L’eau, matière primordiale – l’élément premier du romantisme. La chronostasie (titre d’une œuvre de Gianluigi Maria Masucci, qui n’est pas sans éviquer certains dessins de Goya) : le tentation d’arrêter le temps. Ô temps suspends ton vol… La réitértion. « Fluire ». Couler. Gaston Bachelard : L’eau et les rêves. « C’est en se tenant assez longtemps à la surface irisée que nous comprendrons le prix de la profondeur » ou encore : « L’eau est l’élément de la mort jeune et belle, de la mort fleurie et dans les drames de la vie et de la littérature, elle est l’élément de la mort sans orgueil… » La vie aquatique. Le tourbillon.

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Sans début et sans fin – après Abdul Rahman Katanani et ses tourbillons de fil de fer barbelé.

 

LISTRIK : évidemment le lieu parfait pour cette exposition

 

Eugenio Montale – Souvent j’ai rencontré le mal de vivre

 

Souvent j’ai rencontré le mal de vivre:

c’était le ruisseau étranglé qui bouillonne,

c’était la feuille desséchée qui se recroqueville,

c’était le cheval terrassé.

 

Du bien, je n’ai rien su, hormis le prodige

qui entrouvre la divine Indifférence:

c’était la statue dans la somnolence

de midi, et le nuage, et le faucon haut dans le ciel.

 

Et le faucon haut dans le ciel. Qui nous évoque le cosmos. L’ambition de Gianluigi Maria Masucci : une cosmogonie qui lierait son corps, sa géographie intime et le monde. Faire parler le silence du monde.

LISTRIK est le lieu rêvé pour cela. Entre le torrent du Chaudron et le ciel si loin. ET L’INDISPENSABLE SOLITUDE.

Je vous parlerai de LISTRIK plus en détail bientôt…

 

Tout est prêt. Les pires conditions matérielles sont excellentes.

Les bois sont blancs ou noirs. On ne dormira jamais.

 

André Breton

 

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