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Anna Boghiguian : une nomade au Carré d’Art

décembre 7, 2016

Il fallait la sensibilité et les connaissances d’un Jean-Marc Prévost pour organiser une première exposition personnelle d’Anna Boghiguian dans une institution française – et pas n’importe laquelle – au Carré d’Art de Nîmes (jusqu’au 19 février 2017).

Il fallait l’écoute… Anna Boghiguian en effet travaille l’oreille – et la poésie, qui nous hante par l’oreille, de l’oreille à l’âme. Celle, entre autres, de Constantin Cavafy le grec et Giuseppe Ungaretti l’italien.

Et la première salle du « voyage » est consacrée à l’oreille : les peintures la représentent, les écouteurs l’invitent… Anna is mapping the ear

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et Dieu abandonne Antoine :

Lorsque soudain à l’heure de minuit,
tu entendras passer la troupe invisible
dans un cortège d’exquises musiques et de voix –
ne te lamente pas en vain sur ton sort,
ton destin qui t’abandonne,
tous tes desseins qui partent en fumée.
Avec courage,
comme quelqu’un qui s’y attendait,
fait tes adieux à Alexandrie
qui s’éloigne de toi.
Surtout ne t’abuse pas, ne te dis pas
que ce n’est qu’un rêve
que tes oreilles se sont trompées;
ne daigne point tels vains espoirs.
Comme si tu t’y attendais depuis toujours,
avec le courage
de quelqu’un qui fut digne de cette ville,
approche-toi d’un pas ferme de la fenêtre
et écoute avec émotion,
sans te laisser aller aux invocations des lâches
– leurs lamentations! –
écoute comme une ultime jouissance
les instruments exquis de la troupe secrète
et fait tes adieux à Alexandrie que tu perds.

 

« Anna Boghiguian, écrit Jean-Marc Prévost, construit un espace éminemment personnel habité par son histoire mais à l’écoute du monde et des enjeux de sa transformation – une narration complexe et poétique…

La promenade dans l’inconscient serait alors un voyage dans ce qui pourrait nous relier les uns aux autres et comme l’évoque le titre d’un de ces derniers projets : passer de l’inconscient à la conscience pour construire ensemble d’autres possibles ».

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Et dans l’exposition – il faut y passer du temps, tout lire, tout regarder, tout écouter… un texte éclairant d’Anna elle-même, entre la bataille d’Actium et Nîmes Denim, la nomade s’ancre au lieu. Même si toujours, elle reprend ses valises et la route – celle, entre autres, de l’Egypte natale.

poeme

Et pour le vernissage – pour faire honneur à Jean-Marc Prévost – la merveilleuse Anna Boghiguian a acheté une robe – la première depuis qu’elle avait vingt-cinq ans. Elle en a aujourd’hui soixante-dix. Les industries textiles…

Et au bout du voyage (dans la troisième salle de l’exposition) elle écrit encore, sur la cabane végétale qu’elle s’est construite, entre Japon et Méditerranée :

 

IN HIS CAVE THE SON OF

ZEUS THE CYCLOP

HAMMERED A PIECE OF

IRON TO CREATE AN

OPTICAL ILLUSION WITH

TIME AND LIGHT

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Le voyage est sans fin. Merci Anna Boghiguian : quelle merveille de rencontrer la nomade que vous êtes.

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