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2017, Je t’écoute

décembre 30, 2016

En forme de voeux, en forme de désir, écouter, être écoutée, comme Luce Irigaray nous y invite

Je t’écoute, nous dit-elle, n’est pas attendre ou entendre de toi une information, ni l’expression simple d’un sentiment

Je t’écoute, c’est écouter ta parole comme unique, comme irréductible, notamment à la mienne, comme nouvelle, encore inconnue.

L’accès à la différence, à l’horizontalité de la transcendance exige : « je ne te sais pas » – donc la naissance à la solitude et au respect du mystère de l’autre. « Je te comprends, je te connais » sont souvent l’expression de l’impossibilité d’accéder à l’écoute. Je te réduis à mon existence, à mon expérience, au déjà connu de moi.

Je t’écoute : je perçois ce que tu dis, j’y suis attentif, je tente d’y entendre ton intention. cela ne signifie pas : je te comprends, je te connais, donc je n’ai pas besoin de t’écouter et je peux même te prescrire un devenir. Non, je t’écoute comme qui et ce que je ne connais pas encore, à partir d’une liberté et d’une disponibilité que je réserve pour cet événement.

Je t’écoute. Je favorise l’émergence d’un inadvenu, d’un devenir, d’une croissance, d’une naissance parfois. Je t’écoute ménage des non-encore-codé, du silence, un lieu d’existence, d’initiative, d’intentionnalité libre, de soutien à ton devenir.

Je t’écoute non pas à partir de ce que je sais, ce que je sens, ce que je suis déjà… je t’écoute comme la révélation d’une vérité non encore manifestée, la tienne et celle du monde révélé à travers et par toi. Je te donne du silence où le futur de toi  – et peut-être de moi avec toi – peut émerger et se fonder.

Ce silence … suppose aussi que le monde déjà existant, y compris sous sa forme philosophique et religieuse, ne soit pas considéré comme achevé, déjà manifesté ou révélé. Pour que je puisse me taire et écouter, t’écouter, sans présupposés, sans impératifs secrètement à l’œuvre il est nécessaire que le monde ne soit pas déjà bouclé, qu’il soit encore ouvert, que le futur ne soit pas commandé par le passé… Pour que je t’écoute réellement, toutes ces conditions sont indispensables. Et encore : que je ne considère pas la langue comme immuable.

T’écouter suppose que, du moins pour un moment, je puisse suspendre toutes mes obligations. Que rien ni personne ne m’oblige à quoi que ce soit.

T’écouter demande que je me rende disponible et que je sois, encore et toujours, capable de silence.

Ce geste te donne un lieu silencieux où te manifester. Il met à ta disposition un espace-temps encore vierge pour ton apparaître et ses expressions. Il t’offre la possibilité d’exister, d’exprimer ton intention, ton intentionnalité sans crier et même sans demander, sans surmonter, sans annuler, sans tuer.

Toi, qui es-tu ? Toi qui n’es ni ne seras jamais moi ou mien.

 

Extraits de J’aime à toi de Luce Irigaray (Grasset 1992, 1997) – Chapitre : Dans un silence presque absolu

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