Skip to content

Histoire de pied

avril 7, 2017
Je devais partir pour Athènes, la Documenta, un programme fascinant, les artistes, les amis, la Grèce que j’aime, tout voir tout intégrer tout ramener avec moi… Mais je me suis cassé le pied. Il me faut relire Vingt cinq os plus l’astragale, et accepter de perdre pieds projets voyages… Le travail, lui, reste à portée de la pensée et des doigts sur le clavier.

 

« Perdre pied, je le fais constamment. Je souffre d’un
déficit de proprioception. Vous savez, cette forme de sensibilité qui nous permet de connaître la position de nos membres même quand on ne les regarde pas. Je ne sais pas où sont mes chevilles si je ne les regarde pas. Alors, depuis toujours, je perds pied. Je ne sais pas exactement où sont mes pieds et si un jour je les perdais littéralement, si un jour en réalité ils restaient là, détachés de mon corps, sur l’escalier, à essayer encore d’avancer tous seuls, je ne les retrouverais jamais.

 

Les pas ne sont pas attachés à leur propriétaire
Ils marchent seuls dans la nuit.

 

C’est un miracle que de tenir debout. Surtout dans les escaliers. Les marches sont un gouffre à la descente. S’envoler, ce serait mieux que de tomber. Petite fille je rêvais de façon tellement précise que je descendais les escaliers en volant que j’y croyais croix de bois croix de fer. Ces mêmes escaliers de la maison de l’enfance, qui tournaient en descendant, et en montant aussi d’ailleurs, et que je cirais avec délices pour le parfum de la cire… Aujourd’hui, quand je descends un escalier et que je ne trébuche pas je ne tombe pas je le descends sans accroche sans anicroche ni effondrement, je m’émerveille, quel miracle, ne pas tomber. Et chaque fois – c’est plusieurs fois par jour – que je trébuche, que je manque de tomber, que je ne tombe pas tout à fait, seulement à moitié, je me dis quelle merveille, pas de plâtre, d’emplâtre, d’attelle de béquille d’échasse…

De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur. — Arthur Rimbaud

Cela aura été si simple, toute ma vie: quand je ne savais pas, quand je ne pouvais plus, quand l’échec encore me prenait dans ses bras, il suffisait de tomber : fracture, entorse, entorse avec fracture, le genou, la cheville, la cheville, le pied perdu, l’astragale, hommage à Gradiva. »

 

Retrouvez Barbara et ses Vingt Cinq Os plus l’Astragale au Salon du livre le Dimanche 30 avril de 15 à 16h,  dans le LE CARROUSEL DES INSÉcables.

En savoir plus sur LE CARROUSEL DES INSÉcables, ici.

One Comment leave one →
  1. Aline Pujo permalink
    avril 7, 2017 08:18

    Quelle jolie photo … on dirait que même le pied de la table essaye de s’approcher de toi pour te consoler 🙂 Si tu as besoin d’un chauffeur parisien, dis le moi … je viendrai t’aider Bisous

    >

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s