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Ecrire dans une langue étrangère

mars 30, 2018

Sous l’avenir qui gronde

Furtifs nous attendons

René Char

Ecrire dans une langue étrangère, c’est le titre d’un livre d’Etel Adnan, artiste et poétesse née en 1925 à Beyrouth d’une mère grecque de Smyrne et d’un père originaire de Damas, dans une Syrie qui faisait alors partie de l’empire ottoman. Etel Adnan a grandi, ainsi, entre le grec, le turc (que ses parents parlaient entre eux), l’arabe (la langue maternelle de son père qu’il a tenté en vain de lui enseigner) et le français (elle a été éduquée dans l’école d’un couvent français au Liban). C’est ce que fait au quotidien Ornela Vorpsi, mon amie artiste et écrivaine née en Albanie, qui a fait ses écoles d’art en Italie, qui vit à Paris désormais et a écrit ses romans en italien d’abord, aujourd’hui en français (Tu convoiteras est le titre de son dernier roman, publié chez Gallimard. Tu convoiteras la langue de l’autre ?). Ma propre langue maternelle (celle que je parlais avec ma mère et dans laquelle je n’ai jamais écrit) est le suisse-allemand. Ma langue le français. Mes poèmes en anglais. IVORY HONEY. J’aurai le plaisir de vous les présenter au SILENCIO le 16 mai. Save the date…

J’aime l’immigration linguistique. L’immigration linguistique, comme toutes les formes d’immigration, est une formidable richesse. Elle est un espace intermédiaire, un espace de mélange, et non de confrontation. Elle est acceptation de l’approximation, de l’hésitation, du cri. C’est une trans-écriture — une transe-écriture. Une écriture d’innovation, modeste et téméraire. Martha Kleinhans, dans la revue Transnational ‘900, à propos de l’écriture d’Ornela Vorpsi, parle d’écriture transculturelle. À la veille d’un départ pour Athènes, à la rencontre toujours renouvelée de ce berceau trans-culturel menacé, frugal et rayonnant, inquiet et poétique, démocratique et engagé, résistant et créatif, je me prépare à regarder dans une langue étrangère, écouter, parler, comprendre dans une langue étrangère.

…Moving to another planet
Bab al Mendeb Catania
Where was she from again?

May be from Kordofan
Maybe from Kaduqli
During crossing she could see
Deep through the sea her brothers piling up
Giving life to new species
And translating DNA into further human hopes
She crossed curtains of tears

Dry tears from the desert
Bab al Mendeb Catania
Where was she from again? …

(Extrait de Gate of Tears, in : IVORY HONEY ; Silencio, le 16 mai)

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