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Un charme un peu Frenchie

mai 7, 2018

Le premier recueil de poèmes que Barbara Polla publie est en anglais, pas seulement mais surtout. Sur les trente-huit poèmes de ce livre, elle n’en a en effet écrit que quatre en français. Tous ont en commun d’être sortis spontanément de son esprit…

Si elle a choisi d’écrire dans une langue étrangère, c’est que ce qu’elle appelle l’immigration linguistique lui importe et qu’elle sait bien avec Julia Kristeva que sa mélodie anglaise trahit son origine en ne s’ajustant pas tout à fait à l’identité britannique.

De là un charme indéniable, au fond quelque peu frenchie

Écrire dans une langue étrangère est aussi pour elle une expérience. En l’occurrence, elle ne peut être que fructueuse parce que la langue anglaise, qui est rythme, se prête bien à la poésie et à l’imaginaire avec son vocabulaire latin et saxon.

Dans cette langue étrangère, les mots lui semblent plus légers pour dire les choses qu’en français et elle se sent plus allègre pour y jouer avec les termes érotiques qu’elle ne le serait en français, peut-être grâce à sa mise à distance d’observatrice.

Aurait-elle écrit les vers qui suivent en français ?

I was lying on him
Him naked so was I
And his sperm in a cloud
Was dropping upon us
Like the tears in the rain

Cette inspiration est cohérente avec celle de ses autres livres, desquels émane une forte libido pour la vie. Ses mots-clés, dans la langue de Shakespeare, sont peace and sex, ce qui a une toute autre saveur que l’insipide slogan des hippies dans les sixties

Barbara Polla ne peut faire oublier qu’elle est médecin, pas seulement du corps mais de l’âme:

Without you I would have died
Shadowless surgical light
Red like blood pink like flesh
Graft a leg graft a soul
Under the skin human soul

Si Barbara Polla aime et défend les femmes, elle ne hait point les hommes:

I adore when his power
Melts inside me
I’m a female I’m a man
Molecular networks open the sky
And souls get lost in ivory honey

Le recueil est illustré de dessins de Julien Serve. Ce sont des mains, dans toutes les positions. Il dit de ses séries de mains qui sont sa marque d’artiste:

The hand is the condition of civilization on one side. It’s also the first part of the body that touches the other. The hand is the node in which intersect society and intimacy. It thinks, builds and also connects, feels, breathes.

Par ce choix approprié d’illustrations, Barbara Polla rappelle qu’elle est également galeriste…

Francis Richard

 

Ivory Honey, Barbara Polla, 80 pages, New River Press

En savoir plus sur le blog de Francis Richard

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