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Zehra Dogan

mars 5, 2019

Zehra Dogan a été libérée. La nouvelle est partout.
Mais qui est Zehra Dogan ?

Née en 1989 au sud de la Turquie, d’origine kurde, diplômée de l’Université de Dicle (l’un des plus anciens établissements d’enseignement du sud-est de l’Anatolie), Zehra Dogan est journaliste et artiste, longtemps rédactrice de JINHA, une agence d’information kurde dont la rédaction était entièrement composée de femmes – mue par le désir, entre autres, d’ « informer des réalités “au travers d’un prisme de femme”. » Mais l’agence JINHA est fermée en octobre 2016 par le gouvernement turc, Zehra Dogan emprisonnée, et la publication d’Özgür Gündem, un journal turco-kurde qui était lu dans la prison des femmes où Zehra Dogan vivait, également suspendu.

Réaction de Zehra Dogan : « Nous n’avons plus de journal ? Nous allons créer le nôtre. » Et Zehra Dogan de créer un journal entièrement réalisé à la main, illustré de ses dessins, version manuscrite d’Özgür Gündem. Et en prison, Zehra Dogan poursuit ses créations, dessins et écriture, envers et contre tout : « Pour dessiner, je produis des matériaux avec des aliments et déchets. Je transforme en un travail artistique le sang des règles dont la société a une perception de dégoût. Je produis des peintures avec plein de choses, le vert avec de la roquette, le jaune avec du curcuma, le marron avec le café, le bleu avec le chou rouge, le blanc avec l’aspirine et d’autres couleurs avec la peau des grenades, les déjections d’oiseaux, du dentifrice… Les pages des journaux, vêtements, lingeries deviennent mes toiles. Et mes pinceaux sont faits de plumes d’oiseaux et de cheveux. Finalement, à l’extérieur, je n’ai jamais eu autant de matériel… Je suis dans l’abondance, je ne souffre pas de manque. » Dans le livre réalisé par Laurence Loutre-Barbier en France grâce à l’évasion concertée de dessins et de textes de Zahra Dogan, cette dernière écrit : « Je détruirai les prisons avec mon stylo et mon pinceau. » Et encore : « Énoncer les mots est la plus grande des actions. Ne nous taisons pas. »

Dans mon livre à paraître prochainement chez Odile Jacob (le 2 mai ; présentation le 3 mai au Salon du Livre de Genève), intitulé Les Nouveaux Féminismes, je parle de Zehra Dogan au chapitre du « Féminisme qui fait ». Qui fait, même en prison. Formidable leçon de courage et de persévérance que nous aura donnée celle qui fut, en 2018, l’une des lauréates du prix du « courage en journalisme ».

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