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La poésie, résistance et féminisme : le modèle Krystalli Glyniadakis

septembre 24, 2019

Krysatlli Glyniadakis

Dans la Grèce antique, quand on disait « la poète », il s’agissait de Sapho. Aujourd’hui, toujours en Grèce, on évoque Krystalli Glyniadakislauréate du « State Poetry Award for 2018 ».

Dans le monde de demain, la poésie sera pour toutes, pour tous, une manière de communiquer permettant continuellement la mise en forme des conflits intérieurs et donc la prévention de ceux extérieurs. Car les conflits cèdent à la poésie. La poésie est une arme puissante : une arme qui donne. Une arme qui ne cherche pas à dominer. Une arme pour poser les armes. Elle a été, elle est et pourrait être une arme du combat des femmes pour exister, une arme aussi féminine que masculine, une arme sans blessures, qui offre des possibilités d’un futur féminisme, d’un féminisme futur.

Ingeborg Bachman, dans l’une de ses Leçons de Frankfort, écrit : « Nous aurions le mot, nous aurions le langage, nous n’aurions pas besoin d’armes. » J’aimerais dire : Nous n’aurons plus besoin d’armes : nous avons la poésie. Et avec elle nous pourrons nous parler, de femme à femme, de femme à homme, de femme à toutes les autres et tous les autres, en toute compréhension et en amour, comme Héloïse parlait à Abélard. Selon le sémiologue (ou sémioticien ?) suisse Jean Starobinski : « L’affrontement est partout, pour le poète. Il y a des frontières qui doivent être forcées, des intensités qui doivent être gagnées sur le froid et sur l’indifférence, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. … Le chant le plus ingénu, la ligne mélodique la plus humble n’existe jamais qu’au prix d’une victoire toujours menacée sur une matière adverse qui lui résiste. Cette résistance muette est l’authentique support du poème. »

La poésie est une résistance qui n’a pas à se dire résistante. Dans les temps obscurs qui nient l’humain, elle tient lieu tout à la fois de refuge et de résistance. Elle parle, au-delà des mots mêmes, au-delà des frontières et des langues. « Ainsi s’effondrent en poésie les frontières entre les nations, et les éléments d’une langue s’entr’appellent avec ceux d’une autre par-dessus la tête de l’espace et du temps, une fraternité s’affirme en toute liberté dans le patrimoine de chacune d’elles et unit tous les idiomes » … (Mandelstam ; Alexis Nouss).

Oui, la poésie est un langage inclusif de toutes les minorités, au-delà des langues, des barrières et des frontières. Les femmes, écrivaines et poétesses souvent secrètes, pourraient jouer un rôle prépondérant dans la création d’un demain poétique, un demain non policé, non prostitué, où prédominent la curiosité et la désobéissance et donc la création et dans lequel la violence est tout entière vécue de manière créative.

Krysatlli Glyniadakis en ce sens est un modèle.

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