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Une (autre) fenêtre sur le monde

avril 14, 2020
Ala Eddine Slim, Le Stade, 2010, video still

Ala Eddine Slim, Le Stade, 2010, video still

Coup de coeur pour trois vidéos du Festival Gabès Cinéma Fen

 
Ala Eddine Slim, Le Stade, 2010, moyen métrage, 23’57’’.
Le Stade, court-métrage écrit, produit et réalisé par Ala Eddine Slim, nous fait suivre le temps d’un match de football la traversée nocturne d’une ville par un homme accompagné de son chien, dont la présence souligne la solitude de l’homme. L’homme fume cigarette sur cigarette, lumière dans la nuit épaisse. Il s’arrête, le temps d’un sandwich. Il est beau, profondément marqué, parfois il nous regarde droit dans les yeux. Il est jeté à terre par un groupe de jeunes gens : on ne voit que le geste, inutile, et les lunettes brisées. Il se relève, reprend sa route. Les commentaires sur le match créent un fond sonore qui parle de défaite, et en interroge la cause. On voudrait en savoir davantage sur cet homme et son errance. Les plus beaux films, comme les plus belles histoires d’amour, sont ceux qui nous laissent inassouvis.
À visionner ici : https://bit.ly/2yE3H9z, jusqu’au 15 avril à minuit.

Randa Maddah, Light Horizon, 2012, vidéo, 7’22.
Une femme simplement de noir vêtue nettoie méticuleusement une pièce d’une maison en ruine. Des tentures blanches, fines, transparentes, volent dans le vent qui souffle sur les hauts du Golan. Après avoir nettoyé, la femme installe une table, une chaise, et surtout, suspend un tableau. Alighiero Boetti disait que la civilisation commence quand on dessine ou suspend quelque chose sur les murs, fut-ce d’une grotte. Ici d’une ruine. Puis la femme s’assied sur la chaise et contemple le paysage. Ici, dans cette mise en scène très pure, très sobre, non seulement la civilisation commence, mais elle recommence, après la destruction. La beauté sauvera le monde ; la beauté sauvera cette maison en ruine ; l’art lui rend la civilisation égarée par la guerre. Une vidéo poignante, sur la réparation encore possible.
À visionner ici : https://bit.ly/2JOLgRK, jusqu’au 15 avril à minuit.

Souad Mani, De mythes et de choses, 2017, vidéo, 15’12’’.
Sous-titrée Impressions embarquées, cette vidéo est le compte-rendu d’une exploration nocturne clandestine, en Tunisie. L’artiste filme tandis que des appareils relèvent des données indiquant probablement les taux de pollution locale. Le spectateur ressent physiquement l’interdiction, celle de voir, de regarder, d’être là ; il se sent, comme l’artiste, voyeur, en pleine effraction, punissable. La nuit, les lumières, les voix de ceux qu’on ne voit pas, le sentiment d’insécurité, d’incompréhension, de viol des règles, la mobilité constante de la caméra, le flou : un ensemble immersif, poétique, voire érotique, jouant sur une ligne fluide entre rêve et réalité.
À visionner ici : https://bit.ly/39KhGri, jusqu’au 15 avril à minuit.

Pour en savoir plus sur le Festival Gabès Cinema Fen, cliquez ici

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