Aller au contenu principal

C’est ainsi que je vis – dit Joguet.

octobre 21, 2020

Jean-Paul Gavard-Perret a écrit plus de 10.000 articles sur les artistes d’aujourd’hui et leurs œuvres. Et il continue. C’est exceptionnel. Plus souvent qu’à son tour il écrit sur les artistes qui exposent avec moi, sur ce que je fais, sur ce que j’écris, qui sait pourquoi ? Je crois qu’il aime mon côté off the record. Et quand j’écris érotisme il s’emballe…
Jean-Paul Gavard-Perret est français jusqu’au bout de la plume. Il a écrit plus de 10.000 articles, certes – mais il écrit, aussi, des textes « à lui ». Dont Joguet, Joguette, le dernier en date, publié à la Diagonale de l’Ecrivain. Alors aujourd’hui, c’est moi qui écris – à propos de ce que lui écrit. Sur l’art ? Non, pas du tout : sur la vie, la mort, vous savez, ces choses qui nous font humain.e.s. Eros et thanatos, à la française. Face à « ça », nous dit-il, on est tous frères et sœurs. Une manière toute à lui de remettre cette sororité formidablement fashionable à l’ordre du jour du partage, partage de jouissance, partage de vieillissement, partage de déréliction. Le meilleur des partages. Jean-Paul Gavard-Perret est aussi français, aussi poète, aussi pudique que François Villon. Pudique de sentiments – pas de grivoiseries. Il est aussi explicite que Villon sur les chairs moribondes. Les chairs vives, aussi.

Frères humains, qui après nous vivez,
Sœurs humaines qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Ne soyez donc de notre confrérie…

(François Villon, Frères humains, qui après nous vivez, extrait.)

Jouir, vieillir, mourir et, en attendant de mourir, jouir. En attendant de mourir, vieillir. Et écrire. Parce qu’on parle, aussi, nous humain.e.s. Frères humains, sœurs humaines : on a des mots. On a des jeux de mots. Des jeux tristes… des jeux essentiels. Ces jeux qui font la vie, et les livres. « Puis çà, puis là, comme le vent varie. Car les histoires d’amour n’existent pas. Nous sommes à la fin des années d’avenir. Nous couchons sur les ruines de la pensée », écrit-il. « Dommage qu’un peu de douceur ne remplace jamais la cruauté. » Et pourtant. Combien ils s’aiment, ces deux là. Combien ils auront baisé d’amour, de toutes les manières possibles. Il y a tant de plaisir à mouiller sous la pluie, à dilapider la sauvagerie et fluctuer nec merditur.

Amen.

joguet-joguette

No comments yet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.