Aller au contenu principal

L’Art est une Fête à Paris

décembre 13, 2021

Le 9 décembre, Marta Ponsa, Responsable des projets artistiques et de l’action culturelle au Jeu de Paume et qui a écrit la postface du livre, nous a fait la joie, à Julien Serve et à moi, de présenter notre livre à la Galerie Danysz. Merci à vous tous qui êtes venus — et pour ceux qui n’ont pas pu être là, L’Art est une Fête est à Paris chez Honoré Champion, 3 rue Corneille, à l’Odéon. Un cadeau idéal pour « les fêtes » !

Paris m’est toujours une fête. 

Paris m’a fait naître : ma mère, Anne-Marie Imhoof dite AMI, qui n’était pas encore ma mère, avait reçu une bourse de jeune peintre qu’elle était pour se rendre à Paris pendant un an. Mais elle a décliné parce que, n’est-ce pas, il fallait d’abord faire une petite sœur pour égayer la vie de mon grand frère Rodolphe, que j’égaye d’ailleurs encore soixante neuf ans plus tard. Alors, chaque fois que j’arrive à Paris, j’ai une pensée pour elle, pour AMI : tu n’es pas allée à Paris afin que je vienne au monde, alors merci et me voici, Paris, je viens pour AMI aussi.

Paris, ce fut, avant de pouvoir m’y rendre, Les Misérables et La Comédie humaine. Puis la misère, évidente dès l’arrivée gare de Lyon, en contrepoint aux splendeurs, tragique comédie humaine. Non pas que je recherche la misère, mais elle est là, telle qu’elle est réellement, elle n’est pas dissimulée et sa présence, évidente, situe dans le monde la privilégiée que je suis et me contraint à la réflexion sociale. C’est d’ailleurs l’une des réalités qui me fait tant aimer la France : sa capacité à voir, à critiquer  avec raison et sans fin et à tenter constamment de renégocier les injustices sociales.

Paris, ce sont ses fantômes, omniprésents : partout, à chaque coin de rue un écrivain a passé, un artiste, un immigré, une poétesse russe, une Marie Curie ; la Maison du Chat qui Pelote a peut-être disparu mais la rue du Chat qui Pêche existe bel et bien et Balzac est partout sur mon chemin. À Saint-Paul, à travers les vitres de la Favorite, la lumière est de toutes les couleurs et les femmes qui passent portent en elles des générations de parisiennes, de révolutionnaires, de courtisanes, de muses surréalistes, de Fantines et de Cosettes. Paris est d’une sensualité à nulle autre pareille, la sensualité de Colette, femmes, hommes, garçons, chats, jeunes filles, jardins, Sidonies, tout y est, tous les sens ici sont en éveil, c’est l’éden la nuit de Guillaume de Sardes et le jour aussi, la vie électrique de Jean-Philippe Rossignol, le tumulte d’Eric Hazan, les naufragés de Patrick Declerck, c’est la ville où l’on ne meurt jamais – Ornela Vorpsi parlait d’un pays – c’est le Montmartre de Blaise Cendrars – dit Blaise, on est bien loin de Montmartre ? – ce sont des milliers de poèmes, et demain un autre poème et encore et encore… Paris est la grande salle de lecture d’une bibliothèque que traverse la Seine, disait Walter Benjamin.

Paris c’est la ville où j’ai été reçue au concours de Directeur de Recherche à l’INSERM lors de ma première présentation, quand bien même personne ne me connaissait ; c’est la ville où j’ai travaillé pendant des années à la Faculté Cochin, quelques étages en dessous des laboratoires d’Axel Kahn; Paris c’est la ville où la libérale que j’étais a fait partie en 2012 du comité de soutien restreint du même Axel Kahn, alors candidat député socialiste, un comité où je côtoyai Régis Debray et Julia Kristeva ; Paris c’est les cris des enfants dans le préau de l’école au bout de ma rue, ma rue Dupetit Thouars et c’est Yannick Haenel qui écrit dans un café à Gambetta ; Paris c’est le 22 rue Visconti dont Frank Perrin fait une légende ; c’est une bousculade, une résilience des rires y compris au printemps 2021, c’est le sexe en bandoulière, le métro où je me fais voler plus souvent qu’à mon tour, Paris c’est là que les idées prennent forme la poésie transforme et que tombent les feuilles et tourne le monde…

Paris, c’est une épaisseur de mystère telle, dit Thierry Paquot, philosophe et urbaniste, que le romancier est obligé de s’y perdre. S’y rendre, pour s’y perdre. Comment ne pas vivre à Paris ? Paris m’est cette épaisseur, ce laboratoire de vie et  d’inspiration où trouver l’indispensable disparité d’ingrédients nécessaires à tenter de forger un sens à l’existence.

Paris c’est « exister femme ». J’ai adoré être une femme à Paris. Parmi les mondes que j’y ai fréquentés, à l’exception de celui de la recherche scientifique où mon goût pour les vêtements souples et les robes faisait tache, j’avais l’ingénue impression que je pouvais être à la fois féminine et respectée. Dans le monde de l’art, j’ai perçu le fait d’être une femme pouvait être « normal » et j’ai travaillé avec bonheur avec la plus ravissante des galeristes parisiennes (Magda Danysz bien sûr), comme avec la plus « classy » ou encore la plus parisienne, qui ne manquait pas d’ailleurs de me faire remarquer que j’étais bien provinciale. Quand j’ai fait le choix de travailler à Paris sans ouvrir mon propre espace mais en collaboration, tout le monde m’a dit que cela « ne marcherait jamais ». C’était sous-estimer la capacité des femmes à travailler ensemble.

Paris c’est où, grâce à Magda Danysz, nous avons monté et montré ensemble, dans sa galerie, une rue de camp palestinien en tôle, en bois et en miroirs. Une oeuvre d’Abdul Rahman Katanani. Et aujourd’hui nous montrons les rêves de paradis de Robert Montgomery, toujours à la galerie Danysz. Robert Montgomery, dessiné par Julien Serve et dont je parle dans L’Art est une Fête. « Salvage Paradise » est le titre de son exposition. Paris my paradise…

Greta Bellamacina & Robert Montgomery, © Julien Serve (dessin, extrait)
One Comment leave one →
  1. rachel labastie permalink
    décembre 14, 2021 05:30

    Magnifique ode à Paris Bravo et merci pour ce beau retojr pour ceux qui étaient loin Bise R

    Le lun. 13 déc. 2021 à 19:56, Le Nouveau Blog de Barbara Polla a écrit :

    > webmaster posted:  » Le 9 décembre, Marta Ponsa, Responsable des projets > artistiques et de l’action culturelle au Jeu de Paume et qui a écrit > la postface du livre, nous a fait la joie, à Julien Serve et à moi, de > présenter notre livre à la Galerie Danysz. Merci à vous tous q » >

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.