Aller au contenu principal

SHARING PERAMA – MΟΙΡΑΖΟΜΑΣΤΕ ΤΟ ΠΕΡΑΜΑ

septembre 7, 2018

Fifty years ago I lived here, in Perama. And it is now fifteen months that I work on this project that is filling my life (well, it’s not that it was so empty before…) — as it is meant to fill the public space of Perama. Robert Montgomery’s art in the public space, with the people and for the people. His light and metal pieces all over town.

Robert Montgomery explains his involvement, role in and passion for the project in this video. Thank you Nicolas Etchenagucia for filming !

Bimbo ?

septembre 3, 2018
Guillaume de Sardes vient d’exposer une série de photographies à Analix Forever, première présence à Genève ; je rencontre Agnès Giard au Remor à Genève quand elle n’est pas à Paris ou au Japon. La seconde publie un formidable article sur le premier, dans Libération. Ils sont tous deux des inspirations pour moi.
Bimbo : c’est mon choix ?

«La Bimbo a choisi une carrière d’objet sexuel. C’est équivalent américain d’une geisha parce que, contrairement à ce que les gens croient, cela demande énormément d’efforts pour devenir une bonne Bimbo.» Dans une vidéo d’art dérangeante, Guillaume de Sardes explore la «bimbofication».

La vidéo s’intitule “BIMBO”. Elle dure trois minutes et trente secondes. Il s’agit d’un mode d’emploi : comment devenir une Bimbo. Le texte –récité par une femme d’un ton neutre, monocorde– explique en termes précis les différentes étapes de cette transformation, la bimbofication, qui voit des femmes devenir des babes, ou des bombes. On pourrait croire que c’est facile. Non. «Être Bimbo exige un gros travail sur l’attitude, les compétences et l’apparence. […] La plupart des Bimbos ont subi des implants mammaires, des piercings (langue, tétons, chatte) et se sont fait gonfler les lèvres (qui ressemblent d’ailleurs à des vulves). Elles prennent soin de leur apparence et passent énormément de temps à leur toilette. […] Au lit, les Bimbos ont appris et se sont entraînées. Elles se sont efforcées d’exceller dans les pratiques préférées de leur homme. Ce sont des expertes en fellation et elles savent faire des gorges profondes. Les Bimbos ont par ailleurs des anus extrêmement accueillants et souples qui sont comme des secondes chattes.»

Peut-on être trans et hétéro-cisgenre à la fois ?

Alors que la voix énumère, sans émotion, la liste des aptitudes et des qualités exigées d’une Bimbo, une jeune femme (Régina Demina, plasticienne et chanteuse avec laquelle Guillaume de Sardes a souvent collaboré), vêtue de rose, bouge lentement devant la caméra. Elle n’a rien d’une Bimbo, mais s’applique à faire semblant. Visage sérieux, presqu’un peu grave, elle désigne tour à tour ses différents attraits comme une hôtesse de l’air fait la démonstration des consignes de sécurité. Tout, dans cette vidéo, est décalé, à commencer par ce texte étrange. Guillaume de Sardes s’est contenté de le reprendre sur Internet, tel quel : «Il s’agit d’un texte copié/collé (c’est-à-dire dans sa totalité, sans aucune modification) d’un tumblr américain consacré à la bimbofication.» Historien de l’art, écrivain-photographe, Guillaume de Sardes s’intéresse depuis longtemps «au désir, à la sexualité et à ses marges.» Lorsqu’il découvre la Bimbofication, il y voit un phénomène social peu connu «au croisement de la femme-objet, du trans et du fétichisme».

Lire la suite, ici.

Paris est une fête … LIKE BUTTERFLIES NOW

août 28, 2018

Paris est une fête et le 23 août à 23 heures c’était encore l’été et on dansait à République. Mon été fut une fête (je l’ai écrit, ce putain de livre, en deux mois oui) et le vôtre aussi, j’espère.

© Barbara

Et les papillons sont de retour, ils sont dans nos écrans, ils nous encerclent comme des rêves progressistes, écologiques, équitables, bienveillants, des rêves d’amour et nous apportent une promesse de civilisation… et Robert Montgomery nous promet des bibliothèques pleines de livres et les livres d’Hemingway sont dans cette bibliothèque et Paris est une fête et « il est toujours possible qu’une œuvre d’imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait ». Il est toujours possible. Vernissage de

AND THE SCREENS THAT CIRCLE YOU LIKE BUTTERFLIES NOW

de Robert Montgomery le 13 septembre à Genève. Genève est une fête aussi, parfois.
©Robert Montgomery

L’été est le temps des folies, ou des Polla Sisters à Lacan

juillet 23, 2018

Ainsi écrit Jean-Paul Gavard Perret :

Pour Marin Raguz et pour Barbara Polla, l’été est le temps des folies. Il suffit que 4 filles réunies en un rêve prennent le large pour devenir des femmes avec vision. Il y a là une égérie rebelle (Ada Salomé), une rêveuse insomniaque (Cyrille Zoé), une porteuse de talons aiguilles et de bébés (Rachel Isadora) et celle qui les rassemble (Roxane Selana). Bref sont réunies les Polla Sisters pour le plus grand plaisir de leur mère qui leur apprit ce qu’il en est non seulement de l’amour et de la passion mais aussi de l’art et des lettres.

Dès lors les couchers de pleine lune peuvent avoir lieu en plein jour. Il faut dire que de telles femmes en imposent : « elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » écrit Barbara. Et l’une de ses filles (Cyrille) en a fait un poème « Mes fesses de lune … ». Quant à Raguz, il les a si l’on peut dire saisi au bond.

Entre sinécure et ciné-cure tout est alors possible. C’est bien là que Lacan aurait pu identifier les données de bases de la perception empirique. Il convient donc de souligner son erreur : « il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation ». Voire. Voir. Car il est possible d’affirmer que l’image donne un sens au regard en de telles perspectives.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pour en savoir plus sur The Polla Sisters : https://pollasisters.com/
Et sur Lacan : lire Le Séminaire, VI, Le désir et son interprétation.
Ne jamais céder sur le désir.

Summertime, when girls with a dream become women with a vision

juillet 20, 2018
Strong and healthy is the new sexy, c’est Ada Salomé
First daydream on a porch swing, c’est Cyrille Zoé
Talons aiguilles et couches culottes, c’est Rachel Isadora
Nous n’avons qu’un seul corps, c’est Roxane Selana
Love and passion, c’est the Polla Sisters
La pleine lune aussi : « Elles nous suivent partout et pourtant impossible de les regarder en face ; elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs Cyrille Zoé en a fait une chanson : Mes fesses de lune …
 
# Balance tes fesses !
 
And more…

La boucle grecque

juillet 16, 2018

À l’âge de 17 ans, j’ai passé un an en Grèce, avec mes frères et mes parents, une année longtemps rêvée et concrétisée par un père philhellène passionné. Pendant l’hiver, nous vivions à Athènes, à Perama, qui a l’époque était un bidonville, en surplomb des chantiers navals qui résonnaient de l’activité folle de l’époque. Le 21 avril 1967, les colonels prennent le pouvoir. C’est ma première confrontation avec la politique la plus sombre, avec ce que l’homme est capable de faire à l’homme, avec la prison où fut incarcéré l’homme qui a été ma première figure du Bien extra familial, mon premier héros : le pope Georges Dimitriadis. Des décennies plus tard — c’est maintenant — je retourne sur les lieux, avec un rêve : rendre à Perama un peu de ce que cette ville (ce n’est plus un bidonville) m’a apporté. De l’art, bien sûr. De l’art dans l’espace public. Avec Robert Montgomery. Première présentation de ce qui est mon projet le plus important pour l’année qui vient (avec tous les autres bien sûr …) ce mercredi à Athènes. Si par chance vous êtes en Grèce, joignez vous à nous ! Et sinon, la prochaine fois, toutes les prochaines fois : il y aura mille opportunités, d’en savoir plus, d’entendre tous les détails de l’histoire, de participer, de contribuer aussi… Merci à vous tous, à Robert Montgomery, à la vie !

©Christos Panagos, The City of Cranes

©Christos Panagos, The Thrones of Perama

C’est encore la nuit. mounir fatmi.

juillet 4, 2018

C’est encore la nuit : une installation, des photographies, un livre de mounir fatmi. Auxquels il m’a associée — merci mounir. Et qu’aujourd’hui je présente en paroles au Château de Penthes et en images au Tasmanian Museum and Art Gallery. Pour se procurer le livre C’est encore la nuit, c’est ici

«  L’installation C’est encore la nuit, écrit mounir fatmi, se tient dans la légendaire prison de Kara à Meknès. C’est une vaste geôle souterraine, labyrinthique, construit au dix huitième siècle à la demande du sultan Moulay Ismail.
De nos jours, les couloirs de l’ancienne prison servent de lieux de rendez-vous clandestins pour les amoureux qui gravent sur les murs leurs déclarations enflammées. L’installation fait dialoguer architecture et poésie, lieu de mémoire inamovible quasiment éternel et parole éphémère et poétique porteuse de désirs. Elle donne à lire une forme de revanche historique : celle du poète, des amoureux et du désir sur l’histoire, la politique, l’architecture et leurs pouvoirs d’enfermement. L’oeuvre propose d’aller à la rencontre du monde, des autres et de soi-même à partir de sources d’inspiration mêlant philosophie et poésie, rigueur intellectuelle et sensibilité. »

Kara mon amour

Pourquoi certains veulent-ils la prison et d’autres, la liberté ?

Contrôler et punir – d’où nous vient cette compulsion ?

Comment pourrions nous remonter le temps et défaire les nœuds les entraves les menottes les cordes qui encerclent les chevilles les poignets les cous les âmes et les corps de certains d’entre nous ? Comment partager le goût de la liberté ?

Comment l’Étranger de Camus – cet étranger que nous sommes tous – est-il passé de l’indifférence à la différence ?

Pourquoi, mounir, comment es-tu devenu artiste ?
Tu photographiais des câbles sur la terrasse du toit de ta maison à Casablanca… ces câbles, comme des chaines, comme des liens
Comment le goût de défendre, de promouvoir la liberté au risque de la perdre, pourquoi ?

Pourquoi la prison ?

Enfermer dans une maison dans une cellule dans un utérus symbolique qui n’accouchera jamais des corps dont la mère sociétale ne veut pas, ne veut plus, qu’elle expulse et qu’elle éjecte du corps social

Oui la peine est expulsive

L’expulsion est à vrai dire la caractéristique de tout type de punition
Du talion à l’exil
De la déportation à la prison
L’expulsion vers un autre dedans

L’expulsion de l’utérus ? La mort promise en même temps que la vie « donnée »
Expulser pour enfermer
Ne pas voir ne plus voir reléguer
L’Ennemi public, celui en nous que l’on ne veut pas voir, celui que l’on désigne.
Avant surveiller et punir : désigner.
Et après la désignation, la mort. Mort désignée, mort privée, mort partagée, mort infligée. Exécution.

Mais qui est-il vraiment, l’ennemi public ?
celui que l’on veut oublier ?
Comment est-il déclaré « ennemi public » ?
qui incarne cet ennemi-là ?
qui procède à la désignation ?
avec quelle légitimité ?
qui décide de l’exécution ?

Le crime pour lequel on condamne est un autre que celui qui est commis
On condamne un autre crime commis par tous

Et la poésie là-dedans ?
Seulement là-dedans ?
Qu’est-ce que la poésie ? questionne Frank Smith.
Une opération langagière dans le langage, dit-il.
Une opération sanglante de la langue, dit mounir fatmi. Sa langue saigne. « Ma langue est une hémorragie, je saigne chaque fois que je parle ».

Elle sert à quoi la poésie ici, dans la prison – elle nous dit quoi, mounir ?
est-elle la vie que l’on ne peut pas vivre ?
est-elle le désir nu, en l’absence de l’objet ?
est-elle le rythme sans fin, le cœur qui bat, le cœur du monde ?
est-elle la pierre ?
La langue que l’on ne sait pas, ne connaît pas, ne comprend pas ?

qu’est-ce qu’elle fait là, mounir, la poésie ?
l’élixir de la douleur par notre bouche qui chie qui crache et qui vomit
les délices de la douceur
l’abominable douceur
notre bouche qui ferme
notre bouche empêchée
fermée cousue empêchée
le sang à l’intérieur

fatmi ne parle pas des prisons de France
il ne parle pas des Baumettes ni de Fleury-Mérogis, il ne parle pas de Meaux-Chauconin-Neufmontiers ni de Remire-Montjoly, il ne parle pas de Varces Grenoble, il ne parle pas de Fresnes ni de Nanterre, il ne parle pas de Roanne ni de Villefranche sur Saône ou de Saint-Quentin-Fallavier, il ne parle pas de Seysses ni de Villeneuve-lès-Maguelone, non

et sa poésie parle l’arabe
il parle de Kara
Kara est au Maghreb
il parle d’une prison de chez lui
d’une prison qui n’existe pas une prison qui n’existe plus
une prison devenue champ d’amour, chant d’amour
il parle des prisons du monde
il ne parle pas des emprisonnés des prisonniers des condamnés il parle de nous tous
je suis Kara
mounir alors nous montre les possibles
la résilience l’herbe entre les pavés
les plantes ayant racine dans l’œil
mounir déplace les choses

Ta liberté mounir les oculus
la liberté du regard, l’oculus, l’œil par lequel tu regardes
l’œil de l’artiste qui voit et désigne autre chose, autrement
ce que d’autres ne voient pas
l’inverse du panoptique

au creux des oculus l’œil, l’œil, mounir, qui regarde
qui regarde le monde
qui regarde vers l’intérieur
qui regarde dedans
et l’œil, l’œil de l’artiste, il voit quoi dedans ?

Il voit le corps
dedans la caverne
iIs regardaient dehors
mais ils ne voyaient rien
Et au fond de la caverne « le tragique, cette masse noire qui constitue l’élément capital et la condition indispensable pour toute création  humaine, l’obscurité : les tréfonds de l’humain »

L’oculus l’œil par lequel tout entre et rien ne sort
entre l’ombre et la lumière
entre l’air que l’on respire
le monde entre par nos yeux
les yeux du corps lorsque les yeux sont clos

le sang sort de notre bouche de notre con
il sort le monde par notre bouche qui dit qui crie qui dit
la poésie

De dedans la caverne
ils voyaient un cercle lumineux
lointain et pâle
l’ombre de la lumière
et les ombres du monde
ce que l’on voit dedans
en regardant vers l’intérieur
on voit le monde
on nous voit tous
enchaînés

à l’intérieur de notre peau
notre peau
ta peau mounir que tu auras marquée transpercée
et qui t’enveloppe pour toujours
et la peau des enfants la peau de tes enfants
la couleur de la peau cette prison de couleur de sombreur
La peau de John Howard Griffin
qui voulut quitter cette prison de la peau

la peau qui reflète la lumière, au fond de Kara, la lumière des oculus
la peau de ceux qui s’aiment
qui viennent cacher leur amour leur désir leur sexe
dans Kara abandonnée Kara mon amour
Kara mon amour, sombre amour
Kara peep show
surveiller et aimer
et punir et aimer
Pourquoi l’amour aime-t-il à se cacher ?
Et le sexe
Pourquoi la peur du sexe ?
aimer infliger humilier blesser empêcher entraver contrôler
jouir
tous les crimes sont humains, tous les crimes sont d’humains, tous les crimes sont en nous
construire les prisons : c’est nous
enfermer le sexe : c’est nous
tagger les murs de cœurs : c’est nous
Jean Genet c’est nous
Chant d’amour
Chadia et Meryem, louve

Heureux les créateurs, car ils détiennent les clés de leur prison.
L’espace inviolable de la performance. Le théâtre.
Kara est un théâtre
Un théâtre d’ombres
La dimension impérative
Tu créeras !
Ou la mort.
Car la discipline artistique et la discipline criminelle
Sont jumelles

Pourquoi la prison ?
Parce qu’elle est là, en nous ?
Parce que notre vie même est un espace confiné entre conception et disparition ?
Parce que nous aimons follement dissimuler et regarder, dévoiler et frissonner ?
Parce que nous jouissons d’entraver ?
Parce que nos chaines, peut-être…
Et aujourd’hui, en ce moment même : nos chaînes à nous tous, chaînes invisibles mais bien ressenties, non palpables mais profondes et profondément éprouvées, indéracinables et indéracinablement douloureuses, congénitales peut-être, plus ou moins inconscientes mais sûrement inépuisables, ces puissances maîtresses de notre vie et ces cibles de toutes nos offensives, ce sont elles qui nous incitent à nous battre contre les limites intérieures et extérieures, à essayer d’aller au-delà, vers l’inconnu et vers une nouvelle connaissance, en nous efforçant d’aborder l’inabordable et transcrire le non encore transcrit, de concevoir l’inconcevable et l’inimaginable et les rendre visibles, audibles, lisibles, de passer de l’esprit à la matière et non l’inverse, passer de l’abstrait au concret, de l’inapparent à la parution, pour donner vie au monstrueux, ce monstrueux qui est l’humain, les tréfonds de l’humain…

Pourquoi la liberté, alors ?
Pour la joie, pour la vie, pour le sublime que contiennent les tréfonds humains
Pour la différence de l’étranger
Pour l’art et le partage
Pour la poésie…

Pour la mémoire, aussi.
Pour nous retrouver dans les oculus de Kara
et nous mirer dans les miroirs du monde.

________________________________________________________________

Texte écrit en juin 2017 par Barbara Polla, pour mounir fatmi
Extraits.