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9 novembre, 10 novembre, 11 novembre

novembre 9, 2017


Le vendredi 10 novembre dès 18h, à l’occasion des portes ouvertes des galeries de Genève, Analix Forever/Barbara  a le plaisir de vous inviter à une soirée autour de l’oeuvre de mounir fatmi, qui sera présentée par l’historien et critique de l’art Paul Ardenne ; projections de vidéos de mounir fatmi ; performance de Violaine Lochu ; le tout au Café Le Lyrique, place de Neuve


Le samedi 11 novembre à 11h

Visites d’ateliers à Kugler, en présence de Paul Ardenne et Marino Buscaglia
Artistes : Gianluigi Maria Masucci, Eric Winarto, Nagi Gianni, Raphaelle Muelle

Le samedi 11 novembre à 15h (en présence de Paul Ardenne), 16h, 17h
Vernissage des vitrines de Laurent Perbos au Café Remor et performances de Violaine Lochu

Des femmes et des hommes

octobre 24, 2017

Difficile de résumer en quelques lignes tout ce que remue Me too et Balance ton porc.

Oui la réalité est tenace : tous les deux jours une femme en France meurt de violences domestiques.

Oui l’agression sexuelle, quelle qu’elle soit, se perpétue.

Oui il est salutaire que la parole se libère à cet égard, que les femmes et les hommes en parlent. C’est un sujet fondamental de société. Parler davantage de genre et de sexe, abolir les tabous, est l’une des voies incontournables vers la paix des sexes. Me too. Ma fille aînée fut agressée. Elle prit alors des cours d’auto-défense. Après quelques semaines elle était capable de couper en deux une planche de bois avec ses seuls poings. Le sentiment de force qu’elle en retira prévint probablement toute autre agression.

Me too.

Mais non, on ne règlera rien en « balançant son porc »

« Mon porc » : d’abord cela veut dire qu’il nous appartient, ou qu’on l’a pour le moins laissé devenir nôtre.

J’aurais préféré que l’on parle de ma dignité plutôt que de mon porc. Que l’on parle de moi. De mon corps et du pouvoir incroyable qu’il exerce sur les hommes. De l’échange de pouvoirs entre nos corps et leur argent ou leur position sociale. De comment transformer le pouvoir qui prend en puissance qui donne. De comment inverser les échanges, grâce à notre autonoRmie. J’aimerais remplacer balance ton porc par #strongisthenewsexy. Par exemple. Ou mieux, Yes we can. Pouvoir dire aux hommes : nous vous aimons et nous aimons le désir et le respect que nous éveillons en vous. Vous éveillez en nous aussi, désir et respect. I have this dream : que notre admiration réciproque assumée, affirmée, abolisse l’agression réciproque. Que la fin des injustices, en l’occurrence, ne nécessite pas forcément de passer par l’avilissement de celui qui prit la position du plus fort pendant si longtemps.

J’aime mon corps de femme. Il mérite mieux que des porcs. Je souhaite utiliser le fait qu’il attire, impressionne, sidère parfois les hommes de manière créative. Comme elle.

Elle nous dit : Je suis là. J’incarne ma force dans mon corps fragile. À l’avenir je ne serai plus victime. À l’avenir il n’y aura plus des porcs et des victimes, mais des femmes et des hommes. Différents si différents mais égaux en droits. Nos faiblesses et les leurs, admises et protégées. Notre puissance et leur puissance face à face.

Panfictionnalisme n’est pas foutaise

octobre 13, 2017

Au vue de certaines réactions à mon résumé succinct du « procès de la fiction » qui a eu lieu lors de la Nuit Blanche 2017 à Paris (« ah mais alors, si vous êtes panfictionnaliste, pourquoi ne pas nous laisser dire n’importe quoi ? etc… »), il m’a semblé important de préciser que l’utilisation de la fiction pour appréhender le réel procède en réalité d’un intense travail continu d’élaboration et d’imagination, d’analyse et de création, de construction et de transformation.

Il ne s’agit pas, pour nous panfictionnalistes, ni de prendre ni de vendre des foutaises pour de la fiction. La fiction n’est pas foutaise — elle ne ressemble en rien au n’importe quoi. Pascal Engel, professeur de philosophie contemporaine à l’Université de Genève, nous a d’ailleurs proposé et présenté avec brio, comme premier témoin au procès sus-dit, les contours de la foutaise — le bullshit américain — ses plaisirs et ses misères : à écouter ici en live, dès 16.35.

La fiction est un instrument mental et formel permettant d’approcher le réel, de vivre avec lui, de lui donner, parfois, une forme esthétique qui possède un fort potentiel pacificateur. Les enfants fictionnalisent le monde à leur mesure pour pouvoir y trouver leur place et y vivre ; les adultes que nous sommes continuent de créer des fictions à la fois personnelles et sociales dont nous finissons parfois par oublier qu’elles sont fiction et qu’il dépend donc que de nous d’en changer. Des fictions qui sont à la base de nos créations mentales comme « réelles », qui font et défont le monde, l’enrichissent, le modèlent, le modulent. Dans le doute, toujours. Des fictions qui ne deviennent foutaises que quand elles « léthargisent » la pensée au lieu de l’éveiller. Comme le rappelle Patrick Savidan, même le très pragmatique John Dewey repourvu la certitude : « Ce que Dewey réprouve dans la certitude, ce n’est pas tant le confort ou la consolation qu’elle apporte, mais le terme qu’elle voudrait pouvoir mettre au jeu des idées, la léthargie intellectuelle à laquelle elle incite. « Dans l’expérience de la certitude, la pensée croit atteindre un point de butée, alors que cette dernière, partout où elle subsiste, ne devrait jamais être que le point à partir duquel l’intelligence doit s’armer, rassembler ses forces, demeurer à l’affût… »

Ne prenons pas nos fictions pour autre chose que ce qu’elles sont, ne les imposons à nul autre, et nous serons des panfictionnalistes heureux. C’est là l’une des sept merveilles de la littérature : grâce à elle nous pouvons proposer nos fictions au monde, sans jamais les imposer. Lise ensuite qui aime lire, apprendre et rêver les monde…

Responsable mais non coupable

octobre 10, 2017

Le peuple qui manque  – Aliocha Imhoff et Kantuta Quiros – a organisé, pour la Nuit Blanche le Procès de la Fiction.

Cinq chefs d’accusation (tels que je les ai compris au cours de cette nuit passionnante) : 1) le brouillage créé par l’esprit du temps et les mélanges entre fiction et « vérité » ; 2) le préjudice porté à l’Histoire par le refus de distinguer faits et fiction – vrai et faux – news et fake news ; 3) la littérature et les oeuvres d’art comme instruments de brouillage entre les sentiments « vérifiés » et les autres ; 4) les atteintes que « le plaisir fictionnel » peut porter à la « vérité » ; et 5) les erreurs potentielles conséquentes au mélange de deux régimes de pensée distincts. De ceux ci, deux furent retenus par le jury (les deux premiers) ; deux furent rejetés, et un (le dernier) resta en suspens, ce qui fit conclure à la Co-Présidente du Tribunal, Caroline Broué, que la fiction était responsable, mais non coupable.

Je suis quant à moi une « panfictionnaliste ». Il paraît que c’est très mal, d’être panfictionnaliste. Pourtant, il ne s’agit pas de se nourrir de foutaises (Pascal Angel) mais de reconnaître que même en sciences – dois je rappeler que je fus, qui le croirait, « scientifique » – les progrès découlent de la qualité de l’interprétation des faits observés bien plus que des résultats mêmes des expériences réalisées. Nous savons tous, comme cela a été souligné, que « la volonté d’exactitude rend difficile des interprétations plus globales ».

Rappelons encore (je le fais comme médecin maintenant) que les faits mentaux sont des faits réels. Un patient vient et se plaint d’un immense trou douloureux dans ses dents – aucune médecin dentiste ni radiologue ne voit le trou – il n’en reste pas moins que le trou est ressenti et a donc une existence de fait mental. Les faits mentaux sont des faits réels même s’ils ne sont pas matériels et même s’ils requièrent, il est vrai, un degré de conscience critique supérieur.

Venons-en à la littérature et son rapport à l’Histoire. La pratique de l’enquête « littéraire », de plus en plus fréquente, et la littérature elle-même, se mettent d’une certaine manière au service de l’Histoire : car, comme le soulignait Quentin Deluermoz, « le passé est fait de possibles » et la fiction est nécessaire pour déployer ces possibles ; l’absence de fiction, dans ce cas, appauvrit le réel bien plus qu’elle ne le dévoie. Les possibles du passé (comme du présent et du futur d’ailleurs) sont en réalité des zones d’indétermination entre faits et fictions, et face à cette indétermination, l’« indistinction » entre faits et fiction semble bien la position la plus sûre. N’oublions pas que les faits sont écrits ; ils ne sont pas des fictions ; ils sont « historiques » en ce sens qu’ils appartiennent à l’Histoire, laquelle commence avec l’écriture, donc la fiction, et l’interprétation…

Et l’on citera Carlo Ginzburg – Le Fromage et les Vers – pour nous rappeler encore que l’histoire se fonde sur des possibles imaginés et que toute analyse de relation causale dans le temps repose sur des hypothèses…

Quand l’historien lui-même, convoqué comme témoin de l’accusation, nous dit que l’Histoire est un art de la distance, la cause est entendue.

Est-ce bien l’anthropologue Eric Chauvier qui nous rappellera ce fait essentiel : « L’expérience de la fiction est un exercice de la pensée » ? Une affirmation qui en rejoint une autre, « L’imagination ne nous éloigne pas de la réalité, elle nous permet d’y accéder. », de Fabrice Melquiot – homme de théâtre et donc forcément panfictionnaliste lui aussi – dont on aura regretté l’absence, ainsi que celle de plus nombreux poètes…

Heureusement Camille de Toledo était là, pour nous rappeler qu’il faut « partir de la mort » – la mort fictionnelle et la mort réelle – et nous dire aussi que la fiction devient opératoire entre les « choses » menacées et les « choses »  prédatrices. « La vie est une fiction tout est fiction » et « nous ne sommes pas dans la vie, nous encodons la vie », dira encore Camille de Toledo. Une manière de voir qui n’est pas éloignée de celle de Maylis de Kerangal (Réparer les vivants), quand elle nous parle de la plus-value du réel dans son travail de fiction, ou quand l’investigation donne à la fiction un statut de dignité scientifique qui vient s’agencer à la poétique.

L’écrivain est toujours responsable. Pas seulement l’écrivain, mais l’artiste aussi, en tant qu’il porte ses réflexions et ses recherches sur la condition humaine, conclura Frank Smith.

Nous sommes responsables aussi de tout ce que nous omettons de regarder, de commenter, d’interpréter, de raconter.

NB : L’auteure assume allègrement toutes les erreurs d’interprétation qu’elle aurait commises ici. Mais pour les non panfictionnalistes, le streaming « réel » peut être revu « pour de vrai » et dans son entièreté ici

Non je ne veux pas être une reine

septembre 24, 2017

Beirut Art Fair. Nous présentons un stand raffiné et complexe, intitulé HOPE, avec des oeuvres, entre autres, de Debi Cornwall et mounir fatmi. Arrive sur le stand un visiteur que je n’oublierai pas, extrêmement attentif, intéressé, commentant de la manière la plus intelligente tout d’abord les photographies de Debi Cornwall, de Guantanamo. Et de m’expliquer — pour la première fois c’est le spectateur qui m’explique —  que la solitude apparente de la cellule nous fait en réalité évoquer la présence des détenus, nous fait penser à eux, leur existence, leur réalité ; et que oui, peut-être certains étaient de « mauvais hommes » mais beaucoup aussi étaient probablement innocents, et que cela ne servait à rien de les maintenir « en cage ». Comparant la cellule, l’enfermement, à la beauté et à l’espoir — hope — de l’horizon lumineux de l’océan que les soldats-gardiens regardent… Puis nous passons à la série Roots de mounir fatmi, qui nous rappelle que les Etats Unis furent une terre d’immigration heureuse au siècle dernier, et nous parle d’Ellis Island, par où ont passé tant d’immigrants, photographiés à l’époque par Lewis Hines, et à qui mounir fatmi dessine des racines «  en marchant », cérébrales, mentales, végétales, flottantes, sanguines… et là encore, le visiteur capte tout, immédiatement, et m’explique que cela ne sert à rien, aujourd’hui, de vouloir renvoyer les immigrés, parce que leurs racines, elles sont là bas désormais… et me parle de la souffrance de les arracher encore.

Je suis soufflée par l’intensité de notre échange, la qualité de son discours, nous parlons longuement, lui, moi. Et les deux jeunes femmes voilées qui l’accompagnent, nous rions aussi, quand je lui suggère de rester sur le stand et d’expliquer les oeuvres aux autres visiteurs, mieux que moi-même ! Je lui tends la main pour dire au revoir, il refuse de la serrer. Je reste coite. Il m’explique : « Je suis musulman »  — et me demande, vous n’avez jamais demandé pourquoi les hommes musulmans ne vous serrent pas la main ? En fait, cela ne m’est encore jamais arrivé. Mon voisin garagiste à Genève m’a bien expliqué que les bises cela ne se fait pas chez eux mais il me serre la main et me prête son garage pour mes expositions… alors, pourquoi ? Et l’homme de me demander : « Et si j’allais frapper à la porte de la reine d’Angleterre et que je veuille lui serrer la main vous trouveriez cela bien ? »  Et moi de répondre « Mais oui, pourquoi pas? » « Eh bien non, me dit-il. Parce que vous, femmes, vous êtes des reines, vous êtes bien supérieures à nous, et nous ne vous touchons pas, sauf si vous êtes notre soeur, ou notre femme. » 

Sur le moment, je me suis mise à rire, et j’ai dit aux jeunes femmes qui l’accompagnaient « Ah voilà bien la première fois que je suis reine »…

Mais cette nuit, en y repensant, je me suis dit, non, non, non, je ne veux pas être reine, je ne veux pas être supérieure, je veux juste être différente mais égale…

Faiseurs de paix, intelligence pacificatrice — HOPE !

septembre 23, 2017
Les 21 et 22 septembre 2017. Le Nouvel An juif et musulman en même temps. L’équinoxe. Le 21 septembre, jour de la paix. « Every year, the International Day of Peace is observed around the world on 21 September. The United Nations General Assembly has declared this a day devoted to strengthening the ideals of peace, both within and among all nations and people. The topic of inclusion and respect for diversity is an important one affecting all of us, especially in these times. »  À Genève, Peace Talks. Le Temps nous fait connaître les participants à ces Peace Talks tel Hassan Ismail, héros du quotidien, qui a mis toutes ses forces au service de ce que Stéphane Bussard appelle une « intelligence pacificatrice »  : un modèle dont je suis heureuse de connaître l’existence ! «  Hassan Ismail, fort d’un master en résolution de conflit, père de neuf enfants, se lance, en 2014, dans un vaste programme de consolidation de la paix dans la région de Mandera pour l’ONG Interpeace, en coopération avec la Commission kényane de cohésion et d’intégration. Pour lui, résoudre des conflits, c’est embrasser la complexité des êtres au-delà de l’uniforme, de l’appartenance. Il y a, dit-il, davantage de points communs entre les êtres humains que de différences. Il émet aussi quelques suggestions aux Occidentaux : “Si j’étais l’Europe ou les Etats-Unis, j’arrêterais de livrer des armes à l’Afrique et au Moyen-Orient. Car pour toute livraison d’armes, ils recevront autant de réfugiés“. » 
 
Pendant ce temps, à Beyrouth, dix huit confessions se côtoient et tentent de maintenir la paix, non sans tensions. Mais chaque minute de paix est savourée ici à la mesure des tensions qui la sous-tendent.
 
Et en ce moment même, bien modestement, nous présentons HOPE à la foire de Beyrouth — car l’art lui aussi procède de l’intelligence pacificatrice. Notre espoir artistique résonne étrangement avec les mots d’Hassan Ismail  : il s’agit constamment d’embrasser la complexité des êtres.
©mounir fatmi
Artists of HOPE : The possibility of intercultural understanding and sharing is a “red thread” throughout the work of mounir fatmi. In Beirut, fatmi shows Impossible Union: an occidental typewriter is releasing Arabic letters… The learning of all languages would make this union possible! (Hassan Ismail speaks many languages…) fatmi also shows the series The Island of Roots (2017) which reminds us that the United States once have been a land of immigration and welcome. Ellis Island was this mythical gateway where so many hopes for a new life were sealed. The Island of Roots series features reproductions of Lewis Hines photographs of which fatmi has drawn their complex, unifying roots: vegetal, neurons-like, abounding and, sometimes, bloody roots. Janet Biggs, while recently in Djibouti, witnessed Yemeni refugees fleeing the bombing and devastation in Yemen. They risk everything to cross the Gulf of Aden and arrive at Camp Markazi in Obock. At the same time, migrant Ethiopians fleeing their country’s oppression and poverty brave a four day walk across the desert of Djibouti to also arrive to Obock and take the same boats back across the Gulf of Aden, hoping to make their way to Saudi Arabia. They don’t all survive the journey, but the persistence of human hope is endless when traveling far from home. The video Afar, a fable of the human condition, with an implicit narrative, tells us about humankind and the complex, double-edged nature of otherness. Debi Cornwall, conceptual documentary artist, presents pictures from her long-term photographic project on Guantánamo Bay, Welcome to Camp America: a disorienting and empathic, respectful and ironic, professional and sensitive gaze on the reality of the U.S. Naval Station in Guantánamo Bay. The lack of frontal criticism leaves the viewer with his/her own duty to decide what he/she is seeing and the profound meaning of the images shown. And  because war is everywhere and we should not refuse to be aware of it, the works by Alexandre d’Huy show us images, or rather effects of war, while never depicting human beings. The images are inspired by the thousands of thermal photographs to be found every day on the web, of explosions, blow ups, and powerful alterations of our earth. In d’Huy’s hands however they become beautiful holes, suggesting the possibility (or the necessity?) to leave Earth through them, to join other planets, another universe. “The beauty will save the world” said Dostoyevsky. Could this be true? At least, there is HOPE. 

Ras le bol de la NORME ! Par Sophie Carquain dans Version femina

septembre 21, 2017