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IVORY HONEY au Salon du Livre, et dans l’Art hélvétique contemporain

avril 26, 2018

IVORY HONEY sera présenté au Salon du Livre de Genève cette semaine (Place suisse, jeudi 26 à 17h) dans le cadre d’une discussion animée par l’écrivain Max Lobe sur Art et Littérature. La poésie ne conjugue-t-elle pas au mieux ces deux aspects qui me sont si chers ? IVORY HONEY mêle de plus Art et Littérature avec les dessins de Julien Serve qui publie bientôt un autre livre avec Frank Smith.

Pour commander IVORY HONEY : New River Press


Barbara Polla frappe fort pour son premier livre de poèmes écrit en anglais. L’éros  – comme le titre l’indique  – est chauffé à blanc mais conserve son «taste of honey » chanté jadis par les Beatles. La Genevoise demeure en effet miel et abeille. Pour l’homme elle reste « a dream machine / flying in the sky ». Elle semble se soumettre à cette condition de maîtresse et servante mais n’est en rien soubrette. Cœur romantique certes, elle sait bien des choses sur la mécanique des sentiments comme de l’érection. A celles et ceux qui l’auraient oublié l’auteure et galeriste reste éminent médecin. D’où peut-être sa liberté d’écriture pour parler du plaisir féminin. D’autant que le transfert d’une langue maternelle à une langue foraine lui permet d’être encore plus « crue », directe et crédible.

Barbara Polla ne se contente pas pour ses poèmes d’un minimum vital du plaisir. Elle le pousse avec humour et de multiples références au sein de l’Histoire du monde et la marche du temps. Si bien que plus que le corps de la femme c’est le corpus féminin qui sous la grande nacre du ventre n’a plus rien de famélique. Il se revendique pour ce qu’il est et qu’importe si son lustre rend jusqu’aux vieux boucs novices. A sa manière l’auteure secoue les hommes et devient cowgirl des taureaux afin qu’ils ne l’ennuient pas le dimanche mais lui donnent du plaisir.

Polla 3.jpgUne fois de plus l’auteure étonne et dépote. Elle prouve qu’il existe toujours de belles surprises dans une belle personne. C’est à la fois féroce et poétique. Parfois des abats sont marqués d’étoiles de mer qui finissent en queues de poisson. Les étalons ne sont pas forcément d’or. Qu’importe pensent certain(e)s si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Mais la poétesse fait tout pour. Et Julien Serve indique par ses dessins une certaine marche à suivre… Rappelons pour finir que juste après la belle préface de Frank Smith, l’amazone offre à tous les Moïse ses tables de la loi. Pour sûr, ils ne resteront pas de marbre. Ainsi, celle à qui jadis on voulut retirer la langue, la tire à son tour. Par ses injonctions, son ironie, sa sensualité elle brouille les cartes qui donnent de l’atout au seul mâle. Elle en demeure la reine cœur mais aussi le Joker.

Jean-Paul Gavard-Perret

Journée mondiale du livre

avril 23, 2018

J’aime les livres. Comme Ali Kazma qui me disait, dans une conversation publiée en introduction à son livre intitulé Livre, KITAP : « J’aime les livres parce qu’ils sentent bon, parce qu’ils sont à la fois assez grands et assez petits pour tenir dans mes mains et dans les tiennes. Ils sont comme un organe de mon corps. Ils sont des corps à eux mêmes. Je les aime parce que je peux les lire n’importe où, jour et nuit, dans un café, à la plage où à la montagne. Ils sont mes plus fidèles compagnons de voyage et mes plus précieux partenaires pendant mes périodes d’intense créativité. Ils me confrontent toujours à une échelle temporelle donnée : combien j’ai lu ; combien il me reste à lire. Lorsque nous, lecteurs, arrivons aux ultimes pages d’un livre que nous avons aimé, nous savourons aux mieux le temps qui reste jusqu’à la Fin. Mais en réalité, les livres sont inépuisables, et la lecture jamais ne trouve de fin. » et comme lui je dirais : « Les livres font partie de ma vie. Je ne saurais imaginer la vie sans eux. » Ali Kazma qui m’invita présenter IVORY HONEY à Istanbul la semaine dernière…

Quand je lis Ali Kazma, Le temps qui reste jusqu’à la fin, je ne puis m’empêcher de penser au photographe iranien Sadegh Souri qui photographie de jeunes iraniennes en prison, dont certaines en attente d’être exécutées.

Je lui ai dédié l’un de mes poèmes, paru dans IVORY HONEY.

TEEN

(To Sadegh Souri)

I am thirteen
I am a teen
Time gives me body
And breast and blood
Desire for love
Desire for life
From inside me
Like a sun in my chest

I am thirteen
Have smuggled drugs
Have taken drugs
And killed my father
I should be hang
At age eighteen
Waiting for that !

Five years to go
With death on row
They don’t hang you
When you’re thirteen
Five years to live
To eat to shit
To dream to screen
Five years to grow

You will all die
But you don t know
I am thirteen
Inside a jail
With walls and ropes
To close the time
How do you live
How should I live

This single life
I have received
With love for life
Inside of me

IVORY HONEY sera présenté au Salon du Livre de Genève cette semaine (Place suisse, jeudi 26 à 17h) dans le cadre d’une discussion animée par l’écrivain Max Lobe sur Art et Littérature. La poésie ne conjugue-t-elle pas au mieux ces deux aspects qui me sont si chers ? IVORY HONEY mêle de plus Art et Littérature avec les dessins de Julien Serve qui publie bientôt un autre livre avec Frank Smith.

Pour commander IVORY HONEY : New River Press

Le livre sera aussi en vente au Salon du Livre pendant la dédicace qui suivre la présentation, jeudi 26 à 28h.

Pour voir l’interview d’Ali Kazma par Barbara à propos de son exposition sur le livre, chez Magda Danysz : cliquer ici

 

Ecrire dans une langue étrangère

mars 30, 2018

Sous l’avenir qui gronde

Furtifs nous attendons

René Char

Ecrire dans une langue étrangère, c’est le titre d’un livre d’Etel Adnan, artiste et poétesse née en 1925 à Beyrouth d’une mère grecque de Smyrne et d’un père originaire de Damas, dans une Syrie qui faisait alors partie de l’empire ottoman. Etel Adnan a grandi, ainsi, entre le grec, le turc (que ses parents parlaient entre eux), l’arabe (la langue maternelle de son père qu’il a tenté en vain de lui enseigner) et le français (elle a été éduquée dans l’école d’un couvent français au Liban). C’est ce que fait au quotidien Ornela Vorpsi, mon amie artiste et écrivaine née en Albanie, qui a fait ses écoles d’art en Italie, qui vit à Paris désormais et a écrit ses romans en italien d’abord, aujourd’hui en français (Tu convoiteras est le titre de son dernier roman, publié chez Gallimard. Tu convoiteras la langue de l’autre ?). Ma propre langue maternelle (celle que je parlais avec ma mère et dans laquelle je n’ai jamais écrit) est le suisse-allemand. Ma langue le français. Mes poèmes en anglais. IVORY HONEY. J’aurai le plaisir de vous les présenter au SILENCIO le 16 mai. Save the date…

J’aime l’immigration linguistique. L’immigration linguistique, comme toutes les formes d’immigration, est une formidable richesse. Elle est un espace intermédiaire, un espace de mélange, et non de confrontation. Elle est acceptation de l’approximation, de l’hésitation, du cri. C’est une trans-écriture — une transe-écriture. Une écriture d’innovation, modeste et téméraire. Martha Kleinhans, dans la revue Transnational ‘900, à propos de l’écriture d’Ornela Vorpsi, parle d’écriture transculturelle. À la veille d’un départ pour Athènes, à la rencontre toujours renouvelée de ce berceau trans-culturel menacé, frugal et rayonnant, inquiet et poétique, démocratique et engagé, résistant et créatif, je me prépare à regarder dans une langue étrangère, écouter, parler, comprendre dans une langue étrangère.

…Moving to another planet
Bab al Mendeb Catania
Where was she from again?

May be from Kordofan
Maybe from Kaduqli
During crossing she could see
Deep through the sea her brothers piling up
Giving life to new species
And translating DNA into further human hopes
She crossed curtains of tears

Dry tears from the desert
Bab al Mendeb Catania
Where was she from again? …

(Extrait de Gate of Tears, in : IVORY HONEY ; Silencio, le 16 mai)

Barbara, féministe amoureuse — et différentialiste

mars 27, 2018

«Je suis féministe parce que j’aime les femmes. Mais j’aime les hommes aussi. Or les relations hommes femmes sont plombées, depuis l’affaire Weinstein.» Barbara Polla, médecin, galeriste, ex-conseillère nationale libérale et essayiste est l’une des deux Romandes à avoir signé la Tribune des cent, auprès de Catherine Deneuve et Peggy Sastre. «Beaucoup d’hommes m’ont confié se sentir paralysés. Certains débats suscités par la Tribune des cent étaient absurdes: on nous a par exemple accusées de soutenir le viol… C’est absurde. Tout comme l’argument disant que Catherine Deneuve n’a rien à dire parce qu’elle n’a jamais pris le métro.»

Sortir du stéréotype prédateur-proie

Le remède Polla pour «revivifier» les rapports hommes-femmes et sortir de l’agressivité? «Si les femmes exprimaient leur désir, cela permettrait aux hommes de se sentir désirés», ce qui casserait selon la Genevoise les stéréotypes de prédateur-proie. Elle cite une phrase de l’auteure Belinda Cannone, qu’elle a faite sienne: «Le jour où les femmes se sentiront autorisées à affirmer leur désir, elles ne seront plus des proies.» Mais que veut dire «affirmer son désir» pour Barbara Polla? «Ce n’est pas toucher le sexe des hommes qui passent, évidemment. Mais se vivre comme un sujet désirant plutôt qu’un objet désiré défait le stéréotype de l’homme prédateur et de la femme victime. Quand on se sent désiré, c’est beaucoup plus difficile d’exprimer son propre désir de manière violente.» Elle regrette que les compensations post-#balancetonporc accentuent souvent la «position de victime». Elle est plus intéressée par une idée de conseils réunissant victimes et hommes accusés d’agressions sexuelles qui se régleraient au cas par cas, dans l’esprit de la Commission de la vérité et de la réconciliation en Afrique du Sud, à la fin de l’apartheid. «Si le féminisme devient plus dur, plus revanchard, l’agressivité générale augmentera. Les hommes vont se tenir cois pour se protéger, mais qu’est-ce qu’il va advenir de la pornographie violente, par exemple? Les effets négatifs d’un féminisme culpabilisant tous les hommes ne doivent pas être sous-estimés.»

«On ne peut pas nier l’importance du corps»

Comment se positionne-t-elle par rapport aux thèses de Judith Butler, qui met la différence homme-femme sur la construction sociale du genre? «Je comprends cette position, mais je suis médecin, et on ne peut pas nier l’importance du corps. La femme porte l’enfant dans son ventre. Ça ne peut pas être d’abord une construction sociale.» En revanche, elle ne nie pas les stéréotypes liés au genre, et voit dans «la mouvance arc-en-ciel des LGBT» un espoir pour la «paix des sexes», en ce qu’elle «casse» la différence sociale entre femmes et hommes: «On peut être autre chose qu’homme ou femme cisgenre. Toutes les possibilités de vivre autrement son rapport au sexe sont libératrices. Et encore une fois: la clé, c’est le désir, soit la manifestation de la vie même.»

«Les femmes sont le terroir de l’espèce, corps d’accueil, mémoire et généalogie de la ressource humaine, du capital pensant, qu’elles renouvellent et restaurent, grossesse après grossesse, génération après génération, sens, à la fois direction et signification, de l’Histoire dans le futur.»

Antoinette Fouque

Pour en savoir plus, rendez vous sur le site de la Tribune de Genève

C’est le printemps et je vous aime depuis longtemps

mars 22, 2018

Le 21 mars à Paris, dans le parc de la mairie du 3ème arrondissement, j’aime Paris, j’aime la vie, les canards, les fleurs, le renouveau, tous les fantômes d’autrefois qui rôdent dans le Marais, Ornela habite tout près, Laurie aussi, et Frank, et Nicolas et Sophie, et Jenny et la MEP n’est pas loin et la maison de la Suède et la Galerie Danysz et Topographie de l’Art et Florence Loewy et la librairie de la rue de Bretagne et les Vitelloni et Alain et vous, je vous aime depuis longtemps et encore, encore le printemps et encore la vie…

La part d’ange en nous

mars 13, 2018

Au moment de revenir des États-Unis, j’avale avec plaisir quelques pages… d’optimisme. L’optimisme, une position qui relève de l’aveuglement et de l’idiotie ? Ce n’est pas ce que nous dit Steven Pinker, Professeur à Harvard. Et en tant que tel il a toutes les statistique à l’appui de sa thèse : celle des progrès de l’esprit humain. Et se refuse, d’ailleurs, à se dire optimiste, affirmant au contraire que sa position est réaliste — et documentée. Steven Pinker convoque la science pour affirmer que nous sommes désormais à l’ère des « mini-lumières » — mini peut-être mais aussi démultipliées. Une autre manière de dire que l’avenir de l’humanité est entre les mains de chacun de nous, hommes et femmes, citoyens.nes. Et que tout mini, micro voire « nano », insignifiants que nous sommes, nous n’en sommes pas moins porteurs de cette possibilité : celle d’un monde angélique. Chacun.e de nous n’a guère plus d’une miette entre les mains, à déposer sur la table du monde — mais si cette miette est bonne et bien placée, elle peut émettre autour d’elle une aura de lumière… angélique, donc. Émanation des « différents anges qui cohabitent en nous » : la maîtrise de soi, l’empathie, le sens moral et la raison — toute connaissance qui nous permet d’identifier la violence comme un problème et de développer des solutions pour la réduire.

L’ange en nous ne nous décerne cependant aucune satisfecit. Il nous auréole au contraire d’une responsabilité supplémentaire, d’un devoir immense : créer le monde du futur à l’image de nos enfants : des anges. Ou presque…

Pour en savoir plus, lire l’article de Marc Olivier Bherer dans Le Monde, celui de Laurent Joffrin dans Libérationune critique assassine de John Gray  (l’angélisme n’est pas du goût de tout le monde, surtout chez les rivaux de Pinker) et les livres de Steven Pinker lui-même bien sûr !

Lettres d’amour et poèmes d’anniversaire

mars 7, 2018

Dans Le Matin Dimanche, Isabelle Falconnier écrit un article sur plein de rêves sur les lettres d’amour – et leur succès grandissant… Moi qui me plais parfois à me définir comme féministe amoureuse, j’ai répondu avec joie à ses questions, d’autant plus que j’aime particulièrement l’amour par correspondance(s) (voir Femmes Hors Normes au chapitre de l’amour) et que je travaille sur un nouveau livre qui en sera une…

Isabelle Falconnier s’interroge et interroge : pourquoi un tel succès pour ces correspondances ? Parce que ces lettres nous parlent de nous, de nos amours, de nos vies. Parce que ces livres glorifient voire sanctifient – mine de rien – les amours parallèles, multiples, que nous vivons tous…

Pour en savoir plus, lire ici

Je pense aussi qu’on aime toujours comme autrefois et comme demain — on aime à la folie. On aime souffrir d’amour. On aime aimer… et puis, quand on est amoureux, vraiment, longtemps après encore, il y a comme un flux qui se crée, un besoin de la dire, fut-ce en silence… Je ne crois pas qu’il y ait de nostalgie des amours d’autrefois, car celles d’aujourd’hui sont aussi belles, aussi bouleversantes, aussi cataclysmiques … Et oui bien sûr on écrit et on écrira toujours ! Et les lettres d’amour 2018, elles sont dans nos mails et nos messages érotiques dans nos téléphones portables et c’est bien là que les traîtres vont les chercher… et non plus au fond des bahuts d’antan tout en haut des greniers… mais ce n’en est pas moins romantique ! Combien de livres ne seront-ils pas écrits, aux siècles prochains, par de jeunes écrivains découvrant un jour avec la plus grande émotion au fond de l’ordinateur de leur arrière-grand-mère (c’était le temps des ordinateurs alors…) des lettres qui disent  encore, des siècles plus tard, sa vie intime, sa vie d’amour, sa vie de femme… Ecrire des lettres d’amour est une manière de vivre l’amour, de lui donner forme, encore plus que de les recevoir; ces les lettres ne doivent pas vouloir être trop réalistes : l’hésitation, le flou, le respect de l’espace de l’autre sont essentiels ; parler de soi oui mais pas dans tous les détails, les lettres doivent faire rêver et non reproduire le quotidien ; parler du parfum poivré des giroflées blanches… Et puis, il ne faut pas avoir peur de répéter : l’amour est une suite de répétitions. Il faut avant tout trouver un rythme, son rythme … le rythme de l’amour, et la répétition est l’un des éléments du rythme.

Une lettre d’amour parle avant tout du désir de l’absent.e L’absence devient beauté, inspiration, il faut parler de l’absence… La poésie est la vie que l’on ne peut pas vivre et en écrivant on transforme l’absence en source de beauté. C’est pourquoi peut-être New River Press publie aujourd’hui même IVORY HONEY… pour mon anniversaire.