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Du Whitney au Whitney, un autre musée

septembre 5, 2017
Après l’exposition « An Incomplete History of Protest » au Whitney à New York, j’ai visité le premier musée consacré au travail des esclaves dans les plantations du Sud — et le seul mémorial de l’esclavage des États-Unis, au mieux de ma connaissance.

New York vue depuis l’autre Whitney

La Whitney Plantation, à 35 miles à l’ouest de la Nouvelle Orléans, est rachetée il y a quelques dix ans par John Cummings, un riche avocat de la Nouvelle Orléans. John Cummings n’avait pas de projet particulier pour ce bien immobilier, mais quand il y découvre, parmi les documents retrouvés sur les lieux, des archives de la vie des esclaves, il décide que c’est un musée de l’esclavage qu’il doit faire ici. Et un mémorial. Il érige ainsi des murs et des murs, sur lesquels sont inscrits, gravés, les noms (les prénoms) des esclaves ayant vécu là. John Cummings dédie désormais tout son temps et toute son énergie à l’histoire de l’esclavage et tente, à sa manière, une réhabilitation qu’il ressent comme plus que jamais nécessaire. Il s’intéresse notamment à retrouver la trace des 272 esclaves vendus en 1838 par l’Université de Georgetown aux propriétaires terriens du Sud, afin de les faire bénéficiers d’admissions facilitées s’ils le désirent. À l’époque, les sommes récoltées de le vente des esclaves permirent de sauver l’Université de la faillite…

Whitney Slave Plantation In Louisiana

Pour faire le tour de la plantation, les visiteurs doivent porter un badge. Chaque badge porte le nom d’un esclave et l’une des images des sculptures d’enfants noirs de l’artiste Woodrow Nash. Des sculptures fantomatiques, aux orbites vides, des enfants voûtés avant l’âge, portant sur leurs épaules les misères de l’esclavage, comme une résignation. Twelve years a slave revient à nos mémoires, alors que les américains présents soulignent tous la tentation de l’oubli. Mais John Cummings veille.

John Cummings, le 31 aout 2017, © Edwin Neill

L’american Federal Writers Project a veillé bien avant, de 1936 à 1938, ce projet du gouvernement fédéral américain visant à soutenir les artistes et les écrivains et qui a subventionné les travaux écrits notamment sur l’esclavage, réunissant, archivant et publiant plus de 2300 témoignages récoltés des esclaves encore vivants, de l’Arkansas en Géorgie, de la Caroline du Nord et du Sud au Texas : « Born in Slavery: Slave Narratives from the Federal Writers’ Project, 1936 to 1938 ». Les recueils sont là, à la boutique du Musée.
Et je me dis, après Janet Biggs, que malgré les horreurs du monde, the persistance of hope is endless et que ces moments de l’Histoire, comme la fin de l’esclavage ou la fin de l’apartheid, et même si la fin n’est jamais vraiment la fin, sont de profonds moments d’espoir pour l’humanité, pour nous tous, pour aujourd’hui.
À lire aussi, THE STORY OF SLAVERY: THE WHITNEY PLANTATION.

New York, Protest with art

septembre 4, 2017

Les artistes et les intellectuels américains semblent plus actifs que jamais. Comme s’ils sentaient que leurs contributions, quelles qu’elles soient, sont plus importantes que jamais en ces années de néo-obscurantisme et de retour à certaines batailles raciales et économiques, certaines guerres que l’on croyait d’antan.

« Protest » , au nouveau Whitney de Renzo Piano, offre une histoire fascinantes d’oeuvres de protestation de 1940 à 2017. Une très belle exposition, de laquelle je retiendrai notamment l’oeuvre d’Edward Kienholz, The non war memorial — tous ces corps sans tête au sol. Celle de Melvin Edwards, Pyramid Up and Down Pyramid (1969) une grande abstraction réalisée en fil de fer barbelé, deux voiles diagonales semblant flotter dans un ciel lointain, comme une anticipation des oeuvres d’Abdul Rahman Katanani. Et Felix Partz, June 5, 1994, de AA Bronson (1994-1999), une oeuvre que j’ai toujours chérie, mais que je voyais en vrai pour la première fois… Felix Partz, mort du SIDA.

Et Paul Chan :

Et le soir même, je me retrouve à Brooklyn, invitée par Janet Biggs dans son jardin aussi minuscule et caché que le mien à Genève, avec mes amis et des artistes tous engagés pour aujourd’hui et pour demain, Dana Hoey, Curtis Santiago, Richard Garet, Shannon Plumb, Debi Cornwall… and many more. Des artistes tous hyper-conscients de l’importance de leur travail dans l’Amérique d’aujourd’hui. Welcome to America ! Merci Janet.

Welcome to camp America, aussi…

Et sur la table, le dernier livre de Timothy Snyder, On Tyranny (2017). N’obéissez pas en avance, dit-il. L’obéissance anticipative est une tragédie politique. L’auteur se réfère, entre autres, à Milgram. Oui. Et nous devrions tous enseigner la désobéissance aux enfants. La désobéissance ? C’est ainsi que l’on appelle, chez les enfants, le refus de subir et la capacité de résister à la norme, de faire de petits pas de côté, d’ouvrir les portes vers un autre monde, possiblement meilleur que celui que nous leur avons transmis. La désobéissance c’est l’apprentissage d’être soi. Et cela servira peut-être un jour à infléchir le cours des choses vers ce monde meilleur que nous faisons miroiter aux enfants tout en leur barrant le chemin qui pourrait, peut-être, les y conduire.

Paréidolie n’est pas une illusion

août 27, 2017

À Marseille, j’ai le plaisir de présenter une programmation vidéo avec, autour, à propos du dessin. Deux de mes passions en une.

« ANIMATION » vidéo. Animer, donner âme…. L’animation vidéo se crée dans l’union de l’intimité du dessin et l’hypervisibilité de l’enregistrement vidéo ou du graphisme assisté par ordinateur. Les artistes filment quand ils dessinent, dessinent quand ils filment…et dessiner/peindre et filmer constituent une pratique contemporaine, unifiée et plurielle à la fois : l’animation vidéo. L’animation fait intensément partie de notre vie quotidienne : elle est partout autour de nous, dans nos vies et dans nos villes et jusque dans l’intimité – toute relative – de nos ordinateurs. Les animateurs, artistes, narrateurs, conteurs et magiciens, construisent, image par image, avec ou sans story-board, des univers que nous n’avions pas encore rêvés.
Des univers dans lesquels le mouvement est roi et le dessin, reine.

Pour en savoir plus, cliquer ici

Et Marseille, ah Marseille… Ici depuis la Cabane Georgina du génial Jérémy Chabaud. Eloge à suivre…

 

 

my BIG GENEVA, c’est Emilie Salvaridis

août 25, 2017

Je prenais le thé avec mon amie Caroline au Tiffany Hôtel lorsque Nathalie est entrée dans le salon si cosy où nous avions pris place, un peu à l’écart. Elle avait rendez-vous avec Barbara Polla.
J’aime ce genre de coïncidences “genevoises”. Croiser au hasard des personnes qui sont chers à mon coeur, cela m’arrive souvent. Et c’est étrange voyez-vous car je ne croise jamais par hasard des personnes que je n’aime pas. Ou peut-être que je ne les remarque pas.

Barbara Polla? De la galerie Analix Forever entre autre… elle est aussi médecin, politicienne et auteure, me répond Nathalie. Elle vient de publier Femmes hors normes aux éditions Odile Jacob… tu devrais le lire, ajoute-t-elle. Chaque conseil que me donne Nathalie ne tombe jamais dans l’oreille d’une sourde. Le jour même, petit détour par la Librairie Nouvelles Pages en rentrant chez moi. Et j’ai passé toute ma soirée avec les mots de Barbara.

Je ne suis pas féministe. Le girl’s power ne m’évoque rien. J’estime que tout individu possède ses forces et ses faiblesses; libre à tout un chacun de se relever après une chute, de convertir comme une devise ses faiblesses en force. À l’écart, je suis toujours restée, du combat pour l’égalité des sexes, dans nos pays occidentaux – je précise – car il y a d’autres combats et que je ne peux me résoudre à définir l’humanité selon son sexe.

“Hors normes, citoyens et citoyennes!” chapitre I. Barbara ne s’adresse pas qu’aux femmes donc. Je poursuis… “il s’agit avant tout de résister et de soustraire au pouvoir insidieux de l’entourage normatif moral, familial, social, religieux, économique, médiatique ou autre. Il s’agit d’être soi.”
“La réussite “hors normes” est une réussite le plus souvent invisible – si ce n’est par ce rayonnement particulier qu’irradient les individus en accord avec eux-mêmes.”

Dans cet ouvrage, Barbara Polla nous parle par le biais des mots, de plaisir sexuel, de solitude – “une réalité, une nécessité, un chemin vers soi et vers l’autre” –  d’Artemisia Gentileschi, de Séraphine de Senlis et de Leila Alaoui, de la peur sous toutes ses formes, de pouvoir, d’éducation, d’amour… L’auteure ne conceptualise rien, elle raconte des histoires au fil des pages, se livre de temps à autre, nous guide, me transcende.
Après la dernière page, je suis retournée le lendemain à la librairie pour commander plusieurs exemplaires à offrir à mes amis hors normes…

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Barbara et l’amour, le retour ! Demain sur Philo in Vivo

août 22, 2017

Philo In Vivo c’est une histoire de rencontres. Rencontre, d’abord, avec un étudiant (ou tout jeune enseignant) suisse. Rencontre, ensuite, avec une grande figure de la pensée que cet étudiant nous présente. Rencontre enfin, entre théorie et pratique : chaque jour, une question soulevée par l’air du temps est abordée via la pensée du philosophe choisi par l’étudiant ET via l’expérience qu’en a un deuxième invité, non philosophe. Ou comment la théorie philosophique rencontre la sagesse pratique.

Demain, l’amour… et Barbara, une fois n’est pas coutume : la sagesse pratique.

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Un très bel été… FUCKING BEAUTIFUL

juillet 28, 2017

C’est ainsi que je vous le souhaite. C’est aussi le titre de mon exposition de la rentrée, dans la galerie de mon amie et complice Magda Danysz, qui accueille six vidéos de six artistes femmes dès le 2 septembre. Vous prendrez bien un peu de beauté pour la rentrée ? Avec Ursula BIEMANN (Switzerland) – Subatlantic, Janet BIGGS (USA) – Vanishing Point, Elena KOVYLINA (Russia) – Waltz, Joanna MALINOWSKA & C.T. Jasper (Poland/USA) – Halka Haïti 18°48’05”N 72°23’01”W, Shannon PLUMB (USA) – Rattles and Cherries, Lee YANOR (Israel) – Only one story.

« The work of these six artists encompasses so-called « women’s issues » such as control and loss of it (Kovylina), competitiveness (Biggs) and motherhood (Plumb), but is by no way an exhibition about women, unless to demonstrate how diverse, powerful, intelligent, creative, gorgeous, smart and fun we are. The quality and the beauty of the videos proposed result from the exceptional imaginative talent and involvement of the six artists in their performances, their texts, their images, their music, their technique: in their art. FUCKING BEAUTIFUL. »

Et on se retrouve le 21 aout. Je me réjouis !

Barbara artsixMic

juillet 25, 2017

La normalité dans l’absolu n’intéresse personne, quel intérêt d’être dans la norme, d’être dans les normes, d’être normal. Et pourtant depuis que le monde est devenu société, la norme, les normes sont venues établir leur lois de vie, mais aussi de mort sur les individus, individualistes que nous sommes. Les normes ont avalé pratiquement toutes les formes de vies humaines existantes sur notre planète. Alors, pour en savoir davantage, j’ai tapé sur internet : « qu’est ce que la normalité ? »

Wikipédia a aussitôt volé à mon secours, m’expliquant que, si la notion demeure vague et diffère selon la personnalité de chacun, la normalité c’est l’habitude, ce qui ne surprend pas ni ne dérange, c’est en quelque sorte une règle à suivre, et comme l’a si justement résumé Fernand Ouellette : « La normalité demeure une question relative à une époque et à une civilisation. Or chaque culture a tendance à croire que son équilibre est la norme universelle. » La normalité une question relative à ce que l’on est mais peut être pas à ce que l’on aimerait être.

Moi j’aime voyage et rencontre du monde des gens, des personnes qui me racontent des histoires, parfois à dormir debout, parfois grandiose et génialissime. Un jour donc, j’ai rencontré une femme, une femme qui pouvait me parler de tout sur tout avec un sens de du récital tellement élevé que j’aurai pu rester à l’écouter pendant des heures. Une femme multilingue parlant aussi bien en anglais qu’en allemand, qu’en Italien qu’en … galeriste, directrice, commissaire d’exposition, écrivaine, et….

Pour lire l’article de Jean Marc Lebeaupin paru sur artsixMic, cliquer ici

Et participez à la discussion en cliquant sur l’image ci-dessous !

Le pitch : Dans cet essai tout à fait singulier, Barbara Polla, féministe et humaniste, montre à toutes les femmes comment s’émanciper des normes qui leur sont trop souvent imposées par la société : l’obligation de devenir mère, la nécessité d’être en couple, le devoir de concilier avec succès vie professionnelle et vie familiale…

Sortir du cadre donné, s’il ne nous convient pas, et nous définir nous-même pour notre propre équilibre et notre propre bonheur au quotidien, tel est l’objectif de Barbara Polla dans ce nouveau livre. Pour que chacune de nous devienne un être unique et irremplaçable.