Aller au contenu principal

WOMEN TODAY, la masculinité toxique

décembre 2, 2020

masculinite-toxique

La masculinité toxique est à la mode. Si ce n’est la masculinité toxique en elle-même, en tous cas le concept, et les tentatives de prises en charge des comportements – et des souffrances – qui en découlent. La masculinité toxique ? Le terme résonne en nous, et se passerait presque de définition : on comprend aisément qu’il se réfère à une manière d’être « homme » qui blesse, qui empoisonne, et l’homme et son entourage.

Et pourtant, je vais me concentrer ici sur une définition : « La masculinité toxique se réfère à certaines normes du comportement masculin en Amérique du Nord et en Europe qui sont associées à un impact négatif sur la société et sur les hommes eux-mêmes. » Cette définition, en effet, nous conduit à la source même de la masculinité toxique – les normes. Comme tout médecin qui s’honore, je vais forcément vouloir, en premier lieu, chercher et si possible éliminer la cause, avant que de traiter les symptômes. Or, la cause de la masculinité toxique se niche dans ce simple mot, ce terrible mot : « normes ».

J’ai écrit Femmes hors normes (Odile Jacob, 2017), pour encourager les femmes à se libérer des normes qui nous emprisonnent, qui nous empoisonnent. J’aurais dû écrire : Tous hors normes. Car les normes sont aussi pesantes pour les hommes que pour les femmes, même si de prime abord elles semblent plus incitatives pour les hommes – fais ceci, fais cela, deviens ceci, vas là-bas – et plus restrictives pour les femmes – ne fais pas ceci cela. Aux garçons on prescrit : deviens grand, deviens fort, deviens courageux, deviens riche, deviens guerrier, deviens chef, chef de famille, chef de tout, apprends à « prendre » les coups sans sourcilier pour en donner plus tard, deviens comme les autres hommes, deviens comme ton père, reproduis la société que nous (« nous », des siècles, des millénaires, des millions d’hommes et de femmes) avons créée pour toi. Deviens un homme, quoi !

Billy Elliot, le fils de mineur du nord de l’Angleterre devenu danseur étoile (le film de Stephen Daldry, 2000) s’entend dire, enfant, sur le ring de boxe : « Tu fais honte à ton père » ; Billy Elliot dans la classe de ballet, entouré de filles, se voit ridiculisé ; Billy Elliot face à son père : « les garçons font de la boxe, pas du ballet ! ». Pour un Billy Elliot qui a su, qui a pu rejeter le poids des normes pour vivre sa vie, combien sont étouffés, chaque jour, pour vivre une vie qui n’est pas la leur ? Oh, non pas que tous les hommes veuillent devenir danseur étoile – mais quels espaces de vie offrons-nous aux garçons, en dehors de ce soi-disant « succès » que nous établissons en norme absolue ? Mon fils a réussi. Mon fils a tout raté. Et la vie, alors ?

Les normes ne sont pas des lois. Elles ne sont qu’un ensemble de manières d’être, de se présenter au monde de manière « normale », un ensemble de stéréotypes et de puissants carcans. Avec des cases, des murs, des prescriptions, des punitions et des exclusions qui préviennent le développement libre et harmonieux de l’individu – et donc de la société. Alors, hors normes, citoyens, citoyennes !

Il ne s’agit pas forcément de balancer par dessus bord toutes les normes – mais de se créer les siennes propres. De se créer son « autonormie ». L’autonormie est une manière de résister, individuelle et motivée, à la prescription sociale, aux stéréotypes de tous genres et à ceux de genre en particulier et de se choisir ses propres normes (et son, ou ses propres genres, un « hors normes » particulièrement important aujourd’hui). L’autonormie est une micro-politique. L’autonormie reconnaît et encourage l’individuation comme processus fondamental de création sociale harmonieuse, car plus chacun de nous, en sa qualité d’individu, est proche de lui-même, plus il sera ouvert à l’autre. L’autonormie, l’individuation, sont tout le contraire de l’individualisme : les normes sont alors fixées par chacun, par chacune, et non plus infligées par l’ordre moral, familial, social, religieux, économique, médiatique. L’autonormie (certains parlent d’ « hétéronormativité ») est à la portée de chacun : la transformation du « sois un homme » en « connais-toi toi-même » et « sois qui tu découvres être », abolit la masculinité toxique. Ce n’est pas la masculinité en tant que telle qui est toxique, ce sont les normes qui le sont.

Egalement au cœur de la masculinité toxique : les concepts de pouvoir, de puissance et d’impuissance – et du héros.

Spinoza distingue le pouvoir, émotion triste, de la puissance, émotion de joie. Le pouvoir cherche à prendre, la puissance donne. Si on voulait bien expliquer aux garçons que la puissance, leur puissance, c’est de donner, et que le pouvoir est en réalité aveu d’impuissance – puisque qui cherche à prendre admet par là même qu’il lui manque quelque chose – beaucoup de choses pourraient changer au monde de la masculinité. La violence dans les couples, symptôme le plus reconnu de masculinité toxique, procède le plus souvent d’un sentiment d’impuissance. Impuissance à donner du plaisir, impuissance à « être un homme » — fondamentalement, impuissance à se donner, à soi-même d’abord, sa propre reconnaissance. Un mur, parce que les standards normés sont inaccessibles. Je ne suis pas le chef que je devrais être, donc je frappe. Je vais montrer qui est le chef.

Et le héros alors ? Loin des normes castratrices, la société telle que nous l’avons construite instille aussi, chez les garçons, des idéaux magnifiques : quel garçon ne souhaite pas être un héros ? Question suivante : quels terrains d’action offrons-nous aux garçons pour qu’ils puissent devenir ce héros qu’ils rêvent d’être ? Les terrains de sport et ceux de la création ; certains jeux vidéo aussi, ai-je appris récemment en écoutant des pré-adolescents. Mais encore ? Le héros, d’abord, est quelqu’un qui donne, encore une fois – quelqu’un qui aide, quelqu’un qui sauve. Il y a tant à faire sur les terrains de l’aide et du partage. Certes, c’est compliqué d’aménager ces terrains pour que les garçons puissent s’y engager sans risques excessifs. Mais le risque de ne pas leur offrir la possibilité de devenir héros est bien plus grand encore.

Alors oublions notre confort apparent et notre paresse et emmenons les garçons là où ils peuvent devenir héros, à leur manière, à leur mesure, hors normes. Être hors normes, c’est prendre un chemin complexe et changeant, rebelle et discret vers une existence plus valorisante. Une transition, une transhumance à opérer tous ensemble.

Publié le dimanche 29 novembre, ici : https://womentoday.fr/la-masculinite-toxique-une-impuissance/

Je suis mounir fatmi

novembre 20, 2020

Cette vidéo a été réalisée par artvisions.fr, pour l’exposition Rock me Baby au CACY à Yverdon, une exposition portant nos regards vers la machine à écrire.
Les artistes l’ont tant aimée qu’elle va être la première d’une série, à venir, de « je suis… »  Abdul Rahman Katanani est le prochain. Il me dit : « C’est une nouvelle manière de parler du travail de l’artiste. Plutôt que de l’expliquer, le vivre. »

Dans la chair de l’écrit

novembre 13, 2020

«  Paul-pris-dans-l’écriture, une biographie vagabonde et poétique de Paul Ardenne par Barbara Polla 

Au projet d’écrire sur Cesare Pavese, « mort quand je suis née, mais (qui) vit en moi », s’impose à Barbara Polla, plus urgent, dans une sorte d’évidence, celui de « parler d’un vivant, relater un “présent”, un “prochain”, avant de recomposer un lointain, avant que de rencontrer l’absent ». Paul Ardenne devient le « protagoniste » d’un essai à la construction inédite, faussement désordonnée et hétéroclite, qui embrasse la subtile complexité de la vie dans les rets de l’écriture. Paul-pris-dans-l’écriture aborde la biographie du polygraphe par le biais de l’incessant mouvement d’invention qui multiplie les capacités d’être. La question « est-ce qu’il faut écrire ? » passe par l’exemple du « roman russe » (abordé à la suite de la lecture de Dostoïevski), s’interroge sur la notion de douleur et de plaisir dans l’écriture (« écrire est tout simplement moins douloureux que de ne pas écrire »), glisse vers le structuralisme, les théorisations, se laisse fasciner par le « simultanéisme », (« à savoir, l’unité de temps et de lieu »), s’inspire d’un morceau de Boulez, relie la musique au poème… Les influences se dessinent, la revue Tel Quel, la pensée de Dimitris Dimitriadis, Kris Van Assche, Barthes, Foucault, le poète Mandelstam, et tant d’autres. S’invente la « corpopoétique », « pendant artistique et sensoriel au concept de soma-esthétique de Richard Shusterman » : « si le corps existe, il existe d’être sans cesse formulé, créé et recréé au rythme des gestes, des actes, des pensées, des écrits et des œuvres » (Paul Ardenne). Homme-oiseau, arpenteur des mots et du monde (avec sa moto), Paul Ardenne livre des extraits inédits de ses textes. Le passé et le présent tissent une trame dans laquelle on se plaît à vagabonder, les écrits sur l’art du critique rejoignent ses fictions et ses essais, font un détour par La Rochelle, replongent dans les origines rurales, nous donnent à goûter l’effervescence des discussions et la solitude fructueuse de la création au cœur de l’inépuisable sillon du surgissement. Passionnant ! » 

C’est signé MARYVONNE COLOMBANI, le 12 novembre 2020 : merci à elle !
C’est à lire sur Zibeline, ici : https://www.journalzibeline.fr/critique/dans-la-chair-de-lecrit/

Traversée d’amour

novembre 5, 2020

Pendant le confinement de ce printemps, Nathalie Guiot a invité plus d’une vingtaine de femmes, artistes, plasticiennes, écrivaines, poètes, à raconter leur Traversée du confinement. À la sortie du confinement, Nathalie a créé Ishtar, une nouvelle maison d’édition, et publié un premier recueil de Traversée. Re-confinement ? une nouvelle Traversée…
J’ai choisi quant à moi de raconter un confinement ancien… c’était au siècle dernier. C’était beau… cela s’appelle Traversée d’amour. Une traversée sans fin.

«  Il y a un peu plus de quarante ans, j’ai vécu une traversée solitaire à deux, une traversée de deux mois sur un navire appelé Maison de Verre, le début d’une histoire d’amour qui ne prendra jamais fin, une expérience du corps partagé, un automne en Clarté, du 24 octobre au solstice d’hiver 1977. Le « bébé Imhoof », comme il était écrit sur son minuscule bracelet, naquit le 19 octobre le soir à la maternité de Genève : une perfection en miniature.
Corps confinés, corps partagés, je ne sortis ni ne vit personne qu’Ada, et son père le soir, pendant des semaines. Je ne pouvais la laisser seule, je n’avais personne pour la garder et je n’avais pas de landau. Je me suis mise à aimer ce petit corps exquis comme les solitaires savent aimer. À l’allaiter tellement qu’à la fin de chaque tétée elle devait à chaque fois recracher le surplus. Mes seins étaient immenses, durs comme du bois avant la tétée, avec une impatience folle d’être vidés. Le lait giclait sur le visage d’Ada dès que je la prenais dans mes bras, bien avant qu’elle n’en exprime le désir ou la nécessité, à la simple perspective qu’elle allait enfin téter. Et pendant qu’elle tétait, toujours trop mollement à mon goût, je jouissais de la légère détente que son corps apportait à mon corps. Et je pouvais alors, alors seulement, me mettre à penser. Qui était-elle ? Qui habitait ce petit corps au parfum délicieux, à la chair si tendre ? Elle était si grassouillette qu’elle n’avait pas un pli unique sur ses petits bras, le pli du coude, non, il y avait au moins trois plis dodus de l’épaule au poignet, un régal. Et les cuisses, ah les cuisses, et ces petits pieds garnis d’un coussinet recouvert d’une peau de soie, et le cou dans lequel se perdait mon nez pour aspirer le parfum le plus enivrant du monde… J’étais une outre, débordante de lait et d’oxytocine. J’aimais Ada. J’ai passé deux mois de confinement à ne rien faire d’autre que d’aimer Ada. Je ne savais pas qui elle était. Je ne projetais pas, je n’imaginais pas, j’attendais. Elle me dirait, plus tard, qui elle était, qui elle serait, qui elle voulait être. Pas besoin de savoir pour aimer. L’amour est d’abord une décision, un libre choix, puis une volonté hormonale. J’ai décidé que j’aimais Ada, en toute liberté de choix. Les hormones déversées par litres ont entretenu l’amour. Jouissance orgasmique de l’allaitement. » Pour lire la suite, cliquer ici.

Et après Ada, Cyrille, Rachel, Roxane… amour toujours.

Le texte en entier à retrouver dans Traversée, avec la préface de Nathalie Guiot et les Traversées de toutes les invitées.
Pour commander le livre, cliquer sur l’image.

Il me semble

octobre 22, 2020

Ce serait aussi
Rendre hommage à Samuel Paty
Il me semble
Que de connaître l’histoire
d’Abdoullakh Anzorov
Samuel Paty aimait le savoir
Il me semble
Comment réfléchir
Sans connaissances
Comment comprendre
Comprendre pour prévenir
D’autres morts, dans l’âme
Il me semble
Qu’ainsi vivait Samuel Paty
Quant à Abdoullakh Anzorov,
Qu’a-t-il appris
tout au long de sa vie ?
Payer pour des renseignements
Payer pour avilir
Payer, puis tuer
Tuer, absolument
et les femmes écarter
Il me semble
Et les femmes silencer
Comment faire, pour désenseigner cela ?
Comment faire pour désapprendre ?
Il réfléchissait à cela
Il me semble
Samuel Paty
Une seule vie 
Dit la chanson
Nous ne faisons qu’un
Mais nous sommes différents
Il me semble
Dit la chanson
Qu’aimait Samuel Paty

À retrouver sur le Pan poétique des Muses.

C’est ainsi que je vis – dit Joguet.

octobre 21, 2020

Jean-Paul Gavard-Perret a écrit plus de 10.000 articles sur les artistes d’aujourd’hui et leurs œuvres. Et il continue. C’est exceptionnel. Plus souvent qu’à son tour il écrit sur les artistes qui exposent avec moi, sur ce que je fais, sur ce que j’écris, qui sait pourquoi ? Je crois qu’il aime mon côté off the record. Et quand j’écris érotisme il s’emballe…
Jean-Paul Gavard-Perret est français jusqu’au bout de la plume. Il a écrit plus de 10.000 articles, certes – mais il écrit, aussi, des textes « à lui ». Dont Joguet, Joguette, le dernier en date, publié à la Diagonale de l’Ecrivain. Alors aujourd’hui, c’est moi qui écris – à propos de ce que lui écrit. Sur l’art ? Non, pas du tout : sur la vie, la mort, vous savez, ces choses qui nous font humain.e.s. Eros et thanatos, à la française. Face à « ça », nous dit-il, on est tous frères et sœurs. Une manière toute à lui de remettre cette sororité formidablement fashionable à l’ordre du jour du partage, partage de jouissance, partage de vieillissement, partage de déréliction. Le meilleur des partages. Jean-Paul Gavard-Perret est aussi français, aussi poète, aussi pudique que François Villon. Pudique de sentiments – pas de grivoiseries. Il est aussi explicite que Villon sur les chairs moribondes. Les chairs vives, aussi.

Frères humains, qui après nous vivez,
Sœurs humaines qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Ne soyez donc de notre confrérie…

(François Villon, Frères humains, qui après nous vivez, extrait.)

Jouir, vieillir, mourir et, en attendant de mourir, jouir. En attendant de mourir, vieillir. Et écrire. Parce qu’on parle, aussi, nous humain.e.s. Frères humains, sœurs humaines : on a des mots. On a des jeux de mots. Des jeux tristes… des jeux essentiels. Ces jeux qui font la vie, et les livres. « Puis çà, puis là, comme le vent varie. Car les histoires d’amour n’existent pas. Nous sommes à la fin des années d’avenir. Nous couchons sur les ruines de la pensée », écrit-il. « Dommage qu’un peu de douceur ne remplace jamais la cruauté. » Et pourtant. Combien ils s’aiment, ces deux là. Combien ils auront baisé d’amour, de toutes les manières possibles. Il y a tant de plaisir à mouiller sous la pluie, à dilapider la sauvagerie et fluctuer nec merditur.

Amen.

joguet-joguette

Lire la poésie à haute voix

octobre 17, 2020

Le 1er octobre, j’ai été invitée à lire mes poèmes érotiques, en français et en anglais, à la librairie du Rameau d’Or à Genève et le 4 octobre, à une « lecture poétique intime » au Salon du BeauRegard sur les hauts d’Yverdon. Deux moments très différents l’un de l’autre.

Lire de la poésie érotique, explicite, crue parfois (on a comparé mes poèmes en anglais aux lettres qu’écrivait James Joyce à Nora Barnacle), est à la fois un exercice d’extimité et une position politique. Vaincre petit à petit, par la douceur de la voix, par la beauté des mots et des images qu’ils évoquent, les résistances que la société nous « intime » devant l’érotisme, et plus encore quand cet érotisme est revendiqué par une femme, suppose de regarder chaque écouteur dans les yeux – s’il se laisse regarder –, puis les envelopper tous, les détourner, les emmener dans cette promenade où l’autre est roi, abattre ne serait-ce qu’un instant quelques-unes des barrières que le puritanisme ambiant élève constamment. Un exercice intense qui met en jeu mon corps comme mes mots, leur sens comme leur rythme. La poésie érotique doit être ciselée comme un joyau et lue comme une évidence pour être audible. La position politique ? Elle est celle d’affirmer en poésie que les femmes désirent, que les femmes jouissent, qu’elles sont le « sujet » de leur désir et non plus essentiellement « objet », qu’elles se retrouvent avec les hommes, les femmes, les autres, sujets désirant, dans un face à face citoyen. Une position politique poélitique.

Aux rivages de tes seins
mon sexe accostera
mon sexe sur ton visage
Ainsi parlait Levinas
Accoster aux rivages de soi
passe par le visage de l’autre

 Aux rivages de tes seins
tous les fluides sont lactés
tous les fluides sont nacrés

Au Salon du BeauRegard, une expérience autre, des histoires de moi, des impressions d’enfance, des mots fluides, rien d’éprouvant, et soudain cette impression étrange : j’étais là, sur les hauts d’Yverdon, dans ce lieu encore ignoré du monde, telle que je suis, petite, minuscule, inconnue, avec autour de moi, une trentaine de personnes que pour la plupart je ne connaissais pas, et voilà qu’ils m’écoutent et qu’ils ont du plaisir à m’écouter, oui, leur plaisir était palpable, j’étais conteuse, conteuse de moi, et je leur faisais du bien avec mes mots, avec ma voix, une autre médecine, une expérience inconnue, un moment suspendu. J’étais cette poétesse qui lisait pour les autres, qui écoutaient, et c’était bon pour eux d’écouter, et c’était bon pour moi de lire. Tout était juste. Oh, merci, je n’oublierai jamais cet instant.

Et je me suis dit, qu’importe si certains de mes livres ne sont pas publiés, et quand ils le sont, qu’importe si certains ne sont pas lus autant que je le voudrais : il suffit de les lire à haute voix, ici ou là, mes phrases alors, dans le vent, where they belong.

 

Au Rameau d’Or, après la lecture, avec le libraire, Frédéric Saenger, l’initiatrice de la soirée, Sophie Frezza, le guitariste Andres Felipe Tabares et des livres, beaucoup de livres…

Paul-pris-dans-l’écriture au Salon Littéraire

octobre 13, 2020

Ainsi écrit Jean-Paul Gavard-Perret : Dans son essai brillant sur Paul Ardenne enrichi de textes inédits de l’objet de sa quête, Barbara Polla ne l’emprisonne pas mais le saisit en tous ses angles pour tenir compte des ombres portées et libérer les formes de l’œuvre qui demeurent encore inconnues du public.

Elle refabrique au fil du temps de la vie du créateur et de la gestation de ses œuvres un théâtre optique qui brouille la trivialité de leur quotidien pour en soutirer du sens comme dans un vivier et une ménagerie de verre.

Cet enchaînement des textes critiques aux documents inédits crée un volume qui s’avère être représentatif de la méthode de Barbara Polla. C’est toujours pour elle une tentative de dépasser la réalité pour la construire autrement. Elle double donc l’œuvre d’Ardenne en inventant ses propres règles. Et celui qui semblait détaché de l’existence en se présentant comme critique d’art, curateur d’exposition, et motard devant l’éternel, prouve que d’autres impératifs plus existentiels dictent sa vision du monde. Ardenne ouvre dans ses textes et en les écrivant la pensée à la vie comme à la mort. Au corps fantôme comme au corps métamorphosé – à savoir amoureux.

Ecrivain à part entière comme le prouve La fosse, Thrène – texte majeur et inédit que Barbara Polla publie – l’auteur instruit ce qu’il en est du capital de la douleur et de ses racines d’ignorance qui la rendent plus cruelle encore. Explorant les formes les plus radicales – comme d’ailleurs le propose celle qui se passionne pour son œuvre – Ardenne offre non des leçons mais une expérience des limites aussi esthétiques que physiques. Elle se forge dans la vérité de l’écriture dont l’essayiste remonte à la source : la ruralité, l’Aunis et La Rochelle.

Le salon littéraire, c’est par ici.

Critiques sur Zibeline : Sortir des cadres et vivre !

octobre 7, 2020

L’essai de Barbara PollaFemmes hors normes, paru chez Odile Jacob en mars 2017, reste toujours d’une criante actualité. En seize chapitres, et un interlude plaisamment consacré à un résumé de la vie d’Alexandra David-Néel, modèle d’ « autonormie », Barbara Polla définit le terme d’« autonormie », qui, loin de rejeter les lois auxquelles chacun se doit de se plier, incite l’individu à « résister, de manière individuelle et motivée, à la prescription sociale, aux stéréotypes de tous genres (et à ceux de genre en particulier) ; de choisir ses propres normes (…) », en « se rapprochant de soi-même ». S’inscrivant dans la lignée d’un Étienne de La Boétie et de son Discours de la servitude volontaire, elle aborde avec finesse et espièglerie les diverses facettes d’un féminisme et d’un humanisme dont la philosophie active, vécue, prend chair au cœur d’exemples de trajets de vie, de citations de Socrate, Spinoza, Hanna Arendt, Deleuze, Peggy Sastre, Bakounine, Amin Maalouf, Etel Adnan, et bien d’autres encore.

La sexualité, la vieillesse, la création, la liberté de disposer de son corps, le genre, la peur de « paraître anormale » si l’on suit ses propres inclinations (attitudes, vêtements, goûts, genre, comportement…), sont abordées avec clarté. Déclinant exemples célèbres ou non, l’ouvrage peut être abordé du point de vue de la théorie comme de celui de la pratique. Vadémécum alerte, ce livre riche de ses indignations, de ses analyses et de ses espoirs, est un véritable hymne à la liberté. Une liberté abordable, grâce à un sens profond de la vie et de la joie d’être : « L’autonormie, pour nous toutes. Pour nous tous. Dans toute son infinie complexité ».

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2020

Femmes hors normes
Barbara Polla
éditions Odile Jacob

https://www.journalzibeline.fr/critique/sortir-des-cadres-et-vivre/

La première soirée de Barbara

septembre 27, 2020
Dans Le Théâtre des paroles, Valère Novarina écrit que « Ce dont on ne peut parler, c’est ce qu’il faut dire. »
On ne peut pas parler du désir féminin. Alors, il faut le dire…
Soirée d’alcôve.
Les-Soirées-de-Barbara-011020-web