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Hüsamettin Koçan, cet été en Anatolie, au Musée de Baksi.

mai 23, 2016
L’homme qui rêve ne perd jamais, écrivait Jacques Brel.
Vous vous en souvenez peut-être, j’étais, l’été dernier, en Anatolie, en résidence d’écriture, invitée par Hüsamettin Koçan, artiste, professeur d’université et le créateur de cette utopie. Il faut rêver très fort, prendre beaucoup de risques, et donner toute son énergie à cette réalité fragile qu’est un rêve éveillé : en l’occurrence, un musée au fin fond de l’Anatolie, qui vise à donner à voir et à penser aux visiteurs de tous horizons – de l’horizon local, qui est vaste, à l’horizon international, qui est exigeant. Hüsamettin Koçan a ouvert son musée il y a onze ans désormais.
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Ouvrir un musée est une chose, le faire vivre en est une autre. Mais tel est précisément l’objectif : faire vivre non seulement le musée, mais grâce à lui le village, les villages de cette contrée, culturellement et économiquement, éviter l’émigration comme le tourisme, favoriser la vie et le mouvement. “I wanted to show that you do not need to be at the center, dit Hüsamettin Koçan. That it is important to exist in the periphery. The Baksi Museum takes a position against everything being dragged into the center, and proposes a different perception of the world. We aim to prevent immigration, resist the disappearance of local culture and challenging overwhelming cultural hegemony by the center. The Baksi Museum aims to make it possible for people to find, in their own territory, the necessary resources to carry on with life, and to create fresh areas that will bring together traditional culture and contemporary lifestyles. Key words are sustainability and sharing. This is why the museum welcomes guests: for sustainability; and residents as you: for sharing.” En 2014, le musée fut nommé Musée de l’Année par le Conseil de l’Europe. En 2016, je vais être commissaire de la première exposition monographique de l’artiste Hüsamettin Koçan en son propre musée.

Pour lire le texte écrit en résidence et paru dans le catalogue publié à l’occasion des dix ans du musée, cliquer ici.

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Pour la présentation de l’exposition qui ouvrira le 7 août, je vous en dirai plus bientôt.
Rendez-vous à Baksi début août !

Pasolini mon amour, una vita violenta.

mai 17, 2016
Nous devrions tous écrire un texte intitulé « Qui je suis ».
« Je suis quelqu’un », commence Pasolini. Nous sommes tous quelqu’un.
À défaut d’écrire un tel texte, je vais lire le sien. Lecture performée. Lire debout.
Pour vous – pour moi. Pour nous. Pour Pasolini. Votre présence serait un cadeau.
C’est à Lyon, à la Bibliothèque municipale Part-Dieu, le mardi 14 juin.
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Plus de détails, ici.

La Turquie et sa Polis

mai 16, 2016

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J’aime la Turquie et c’est un privilège de pouvoir travailler dans ce pays. Istanbul à elle seule compte trois fois autant d’habitants que la Suisse et j’ai tant à y apprendre ! Mais depuis quelque temps, je ressens comme un étau qui se serre, autour de ma liberté, de femme, de personne quelque peu hors cadre et consciente de l’être, quand j’arrive à Istanbul. Mais heureusement, la créativité et le soutien à l’art sont formidablement vigoureux dans ce pays que l’on pourrait craindre menacé en termes de liberté d’expression.

Et la « polis » turque d’offrir généreusement ses barrières aux artistes de rues, pour qu’ils puissent y grimper et peindre plus haut, plus haut ! en pleine nuit, en plein centre d’Istanbul.

VIVRE POÉLITIQUEMENT

mai 11, 2016

Pour plus d’informations, cliquer ici.

Et en perspective du colloque, Barbara Polla, Frank Smith et Judith Depaule participent aujourd’hui à l’emission de radio BAL à 17h30.

Pour écouter l’emission en direct, cliquer ici.

mounir fatmi et nous

mai 4, 2016

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mounir fatmi crée pour nous. Pour nous rencontrer, pour nous mettre au défi de nous mêmes, pour nous faire penser. Il met entre lui et nous ses œuvres, pour que nous les regardions, pour que nous « réfléchissions » ses créations, dans les deux sens du terme. Nous sommes le miroir de mounir fatmi. Nous sommes la « Profondeur de champ[1] » dont fatmi a besoin pour oser se regarder. Nous sommes le miroir sans lequel il n’existe pas entièrement. Et lorsque nous rejetons, censurons, détruisons ses œuvres, l’effet de « réflexion » se perd et fatmi se sent comme amputé de cette partie de lui-même que nous sommes. Une amputation dont seule la greffe peut consoler : quand la jambe noire de l’ange est greffée sur un corps blanc – quand la jambe blanche est greffée sur un corps noir. La réciprocité, indispensable.

Nous sommes ce miroir sur lequel l’artiste se penche avec autant d’amour que de désespérance, avec désir et répulsion, avec admiration aussi,  quand nous sommes capables de recevoir, de donner, la jambe noire de l’ange – avec admiration pour les Panthères noires, pour Salman Rushdie, pour John Howard Griffin – avec répulsion pour les … comment les appeler ? Intégristes ? Fascistes ? « Intégriste » est un terme intéressant, puisqu’il suppose la volonté d’ « intégration » – et pourtant. L’intégration n’est possible que dans la réciprocité : celle du langage (fatmi nous le rappelle dans Beautiful Language[2]) et celle du corps (The Angel’s Black Leg[3]). La réciprocité sauve l’intégration de l’intégrisme.

mounir fatmi me fait parfois penser à Anna Politkovskaïa. « Je veux faire quelque chose pour les autres avec le journalisme », disait-elle. mounir fatmi veut faire quelque chose pour les autres avec l’art. Anna Politkovskaïa, dans les dernières pages de son livre sur la Tchétchénie, écrit : « Eux, c’est nous »[4]. Nous sommes tous humains. Tous identiques. Tous porteurs du meilleur et du pire. L’environnement va déterminer qui, du meilleur ou du pire, va s’exprimer en nous. Notre responsabilité d’humain, c’est d’infléchir l’environnement, le nôtre et celui des autres, chacun de nous à sa manière et en fonction de ses moyens propres. Quand nous échouons, à infléchir cet environnement, alors comment en rejeter le produit ? Si nous laissons construire les prisons, les armes, si nous laissons se faire les guerres – comment en dénier les conséquences ?

mounir fatmi occupe, comme Politkovskaïa, une position fondamentalement critique du monde, mais aussi poétique, dans le monde. Le monde de fatmi, c’est, notamment, la confrontation entre un certain islam et une certaine liberté. Je suis Charlie, je suis Bataclan, je suis Molenbeek. Je suis. Oui, se dit mounir, mais comment être ? Pour être, il faut être dans le monde. La manière de mounir fatmi, alors, de tenter d’infléchir ce monde, c’est de créer des œuvres d’art et de les exposer aux publics les plus larges possibles. C’est l’une de ses raisons de l’extraordinaire quantité de travail engagé et d’œuvres réalisées. Mais quel que soit son engagement, la création artistique ne consomme pas l’entièreté du désir de fatmi : il aimerait encore enseigner, créer une école, animer des rencontres, des conférences. Ecrire, aussi. Les mots, malgré sa suspicion fondamentale à leur égard, lui sont précieux ; les livres, infiniment chers.

Je suis. Comment être ? Il faut être l’autre, aussi. La seule manière de le comprendre vraiment, cet autre, de l’aimer – c’est de l’être. Ou de le manger, dirait Claude Lévi-Strauss[5]. Le cannibalisme, autre forme d’intégrisme. Dans Sleep al Naïm[6] – six heures du sommeil de Salman Rushdie, d’un Salman Rushdie entièrement imagé, imaginé, créé par fatmi, l’artiste plasticien, pour être l’écrivain, choisit une autre voie. La création de l’autre d’abord, puis son animation, pas sa propre respiration. Réciprocité s’il en est : Rushdie endormi respire « fatmi » : l’artiste lui a donné sa propre respiration, enregistrée des nuits entières.  

« Pour comprendre l’autre, il faut le devenir un peu (je cite Marie Moignard, à propos de l’exposition de mounir fatmi  au Musée de Marrakech, dans Toi, Moi et Tous les Autres )

Devient-on une part de l’autre quand on le reçoit en son sein ? C’est l’expérience qu’a voulu tenter le journaliste américain John Howard Griffin. Projet le plus impressionnant de la sélection, l’hommage que lui rend Mounir Fatmi dans As a Black Man (2013-2014) rappelle ce fait réel : à coup de traitement médical, Griffin a volontairement et irréversiblement bruni sa peau pour devenir noir. Son but ? Expérimenter de l’intérieur la condition des Noirs dans l’Amérique des années 50, pour mieux comprendre la discrimination dont ils étaient victimes. Un engagement radical qui a semble avoir forcé l’admiration de Fatmi. La pièce Darkening Process (2013-2014) qui a donné son nom à l’exposition du MMP rappelle le seul métier qu’a pu trouver John Howard Griffin après sa transformation : cireur de chaussures. Un passage au noir, encore et toujours… »

Pour comprendre l’autre, donc, il faut le devenir un peu. Alors, Something is possible[7]. fatmi, dans le lien à l’autre, est allé plus loin encore avec cette vidéo peu connue, mais montrée récemment au Monastère Royal de Brou par la commissaire Marie Deparis-Yafil dans son exposition « A l’Ombre d’Eros ». Quand dans le couple, l’homme devient la femme, et la femme, homme, alors Something is possible. Et fatmi de nos suggérer cette merveille absolue : comment l’amour physique, la rencontre des corps, peut, parfois, transcender l’altérité.

mounir fatmi est parfois désespéré. Le désespoir optimiste est peut-être la seule position possible. Conserver et chérir l’utopie, car Something is possible. « Je ne veux pas guérir de ma dépression, écrit mounir fatmi, je veux que ma dépression me guérisse.[8] » Avec une sorte d’intuition scientifique qui caractérise souvent l’œuvre et la pensée de fatmi, il nous rappelle que  pour rendre « something possible », il faut d’abord prendre acte de la réalité. La réalité, c’est nous.

[1] http://www.quotidien-libre.fr/2016/03/culture-labanque-nouvel-ecrin-pour-lart.html

[2] http://mounirfatmi.com/work-336-32.html texte de Caroline Rossiter

[3] http://mounirfatmi.com/work-347-43.html, texte de Barbara Polla

[4] Anna Politkovskaïa, Tchétchénie, le déshonneur russe, Folio, 2005.

[5] Claude Lévi-Strauss, Nous sommes tous des cannibales, Le Seuil, 2013.

[6] https://analixforever.files.wordpress.com/2015/05/sleep.pdf, texte de Barbara Polla

[7] http://mounirfatmi.com/works-325.html, texte de Marie Deparis.

[8] Communication personnelle.

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Ne me cherchez pas à la cuisine, je suis au Salon

avril 29, 2016

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Salon du Livre

Vendredi 29 avril de 15 à 16h, dédicace de Troisième vie, chez Eclectica

Samedi 30 avril dès 14h chez Art&Fiction pour le cocktail des nouveautés

dont Vingt cinq os plus l’Astragale

Samedi 30 avril à 17 sur la Place du Moi, pour dédicace de Tout à fait Homme puis débat sur le thème du Désir masculin

Le sous titre de Tout à fait homme est d’ailleurs : Le bonheur, c’est le désir.

Et à propos du désir… dans Vingt cinq os plus l’Astragale, Jacques Coulais dit… « En l’absence de jeu, il n’y a rien. Le vide absurde de l’existence. Le jeu, c’est le désir de vivre qui m’habite depuis toujours, tenace, vivace. » Nous ne désirons pas la vie parce qu’elle est bonne, mais parce qu’il n’y a rien d’autre. C’est le désir de vivre qui investit la vie de sa valeur. Effort de vivre pour maintenir le corps vivant.

et à la Soirée des auteurs

Des milliers de kilomètres de rêves éveillés

avril 26, 2016
Le Salon du livre. Une merveille. Il a 30 ans. J’aime les livres, les anniversaires, les rêves. Je suis heureuse de vous proposer mon dernier livre. Il est petit, vous le lirez en quelques heures, le temps d’une soirée ou d’un voyage en train. Je me plais à imaginer que vous l’aimerez. Les auteurs aiment être lus, publiés ou non… j’ai la chance d’avoir été publiée. Une chance sur 6000 – une chance immense. Merci Art&Fiction. Merci à tous les éditeurs. Et j’adore l’idée que l’image la plus absurde du catalogue des 30 ans du Salon du livre soit pour moi ! Uncanny forever

 

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