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Féminisme d’artiste avec Mimiko Türkkan : ce que le genre fait à l’image

novembre 11, 2019

Féminisme d’artiste ? C’est le chapitre 10 de mon livre sur Le Nouveau Féminisme — qui nomme pour la première fois ce féminisme comme tel. L’art féministe a joué un rôle essentiel dans la formulation, la représentation et la conceptualisation des idées féministes, en particulier de toutes celles touchant à la place du corps dans l’intime comme dans le politique, mais le féminisme lié à l’art est essentiellement le fait d’artistes singulières, engagées certes comme féministes mais aussi et surtout comme artistes. Peut-être qu’en réalité les artistes femmes créent toujours dans un geste féministe, même si elles ne le revendiquent pas. Car créer est un geste puissant d’affirmation féministe : nous, femmes, créatrices du monde.

J’ai le privilège de montrer le travail de Mimiko Türkkan à un Off de Paris Photo (ouvert encore en ce 11 novembre, au 118 rue de Rivoli). Voici ce qu’écrit d’elle Fabien Ribery dans un texte intitulé Ce que le genre fait à l’image (extraits) :

« Je me garderais bien de faire des pronostics et analyses hâtives des tendances photographiques à Paris Photo, mais, je sais que, loin du tumulte, rue de Rivoli, une artiste de grand talent, Mimiko Türkkan, invitée par la galeriste et commissaire d’exposition Barbara Polla, montrait son travail dans le Off. D’origine turque, née en 1984, Mimiko Türkkan est l’auteure d’une œuvre interrogeant la notion des identités de sexe et la question du voyeurisme, sans a priori moral ou volonté de culpabiliser qui que ce soit. Qui regarde qui et pourquoi ? qui désire et dévore qui ? quels sont les pouvoirs – de fascination, de déconstruction, de révélation – de l’image ?

Dans une série intitulée Pay Her(e), la jeune artiste photographie, entre désir personnel et distance critique, un strip club, les couloirs, les vestiaires, la scène, et surtout le corps des femmes vrillé autour d’une barre de pole dance. Les danseuses ont la peau fatiguée, abîmée, blessée. Il y a des rougeurs causées par les frottements. Il y a beaucoup de travail, des entraînements, la conscience d’une performance physique à accomplir à la perfection. Il y a peut-être aussi de la misère (métaphore de la viande saignante, des os, des déchets) ou de l’exploitation, mais là n’est pas le propos – qui peut juger totalement ? … Aux certitudes de la bien-pensance, Mimiko Türkkan préfère la fécondité de la dialectique

À qui donner la main dans la nuit ?

De façon récurrente, Mimiko Türkkan photographie son visage, très beau, témoignant d’une force d’altérité à soi-même. A quel moment s’unifie-t-on ?…

Pour évoquer sa pratique photographique, Mimiko Türkkan parle de « désinvolture contrôlée ». Le hic et nunc l’air de rien plutôt que les lourdeurs du qui. Un chat s’est perdu, un oiseau est mort sur le macadam, écrasé depuis longtemps. La peau est à vif. Goutte d’un piercing sur le bout de la langue. Une jeune femme jette son bras dans le noir. C’est un appel, le début d’une danse, et c’est une détresse, un besoin d’amour. »

Pour lire l’article en entier, cliquer ici

Pour lire l’article du même Fabien Ribery sur Le Nouveau Féminisme, cliquer ici

Censure, sens sûr et auto-censure, une exposition de Mael Denegri

novembre 8, 2019

«  Vernissage aujourd’hui 8 novembre 2019 : Une exposition sur la censure à l’Association du Patrimoine industriel, haut-lieu de l’imprimerie, où les anciennes machines de presse maintenues en fonction évoquent les tracts clandestins des ancêtres, ceux de nos lanceurs d’alertes. « Qu’il soit imprimé ! » annonçaient les censeurs accordant leur permission de diffusion au public à l’aube de la reproductibilité technique des œuvres d’art, des opinions, des expressions diverses…

Loin d’imaginer que la censure permettrait aux artistes de trouver des moyens d’expression contournant ses objets et transfigurant les interdits. La réflexion sur le bienfondé de la censure est continuellement au cœur des débats politiques et philosophiques.

La liberté d’expression doit-elle être limitée, contrôlée ? Nous ouvrons le débat …Comme dirait André Breton, Toute licence en art, mais c’est tout un art ! » (Texte de Mael Denegri, commissaire de l’exposition)

Mael Denegri qui m’a invitée à participer, avec un texte, à cette exposition. Je me suis laissée inspirer par le désir…


Le désir, cet obscur objet de censure

Le désir est provocation. Il est révolution. Il traverse les barrières, il écrase les normes, il transcende les us. Il est amour, altérité, infamie. Il est la vie, la maladie, la souffrance et la mort. Il est la joie. Les meilleures et les pires volontés du monde cherchent à le domestiquer, l’assoupir, l’empêcher, le contraindre, à le dévoyer vers tous les objets, tous les écrans, toutes les illusions du capitalisme de consommation. Mais le désir résiste. Pour échapper à toute possibilité d’extinction, il s’immisce dans les livres, poétiques, littéraires. Deux de mes auteurs bien aimés, Dimitris Dimitriadis et Ornela Vorpsi, sont habités par le désir qui inspire et leur vie et leurs écrits.

Dimitris Dimitriadis a récemment publié au Miel des Anges L’Annonce faite à Cassandre, écrite en 2009[1].

« L’homme qui désire est la connaissance
La naissance du désir voilà la connaissance
Il n’y a pas de connaissance au-delà
La connaissance de l’homme qui désire est toute la connaissance
Car le désir de l’homme est sacré
Et ce qui est sacré est désir
Et ce qui est désir est sacré
L’homme est tout entier sacré quand il désire
Il n’est rien de plus sacré rien de plus qu’un homme qui désire
Nos organes ensemble
De nos organes les fluides ensemble
Les unions de nos organes de nos fluides
Les organes de la vie
Les organes de la joie
Les organes féroces
Les organes de la violence
Les organes pressés
Violents et violentés
Paroxystiques
Incandescents
Angulaires
Empourprés
L’organe de la pénétration et l’organe de la réception
L’organe du débordement et l’organe de l’avalement
L’inondation de nos organes
Le suintement de la salive pour l’ouverture des pétales du portail
Les doigts mouillés et les langues en tempête
Guerre civile jusqu’au démembrement
Carnage amoureux
Massacre charnel
S’entretuer s’entredévorer »

Ornela Vorpsi, elle, écrit Tu convoiteras[2], l’histoire de Katarina qui laisse son enfant malade à la crèche pour jouir et faire jouir son jeune amant. Afin de rendre compte au plus près de la puissance divine du désir, Vorpsi nous narre dans son livre sa première lecture de Premier Amour de Tourgueniev – l’histoire de Zénaïde Alexandrovna. « Cette jeunesse, cette insolence, cette beauté. Il y a quelque chose d’insupportable pour Katarina dans la jeunesse et la beauté de Zénaïde Alexandrovna. Pourtant elle est jeune, Katarina, plus jeune que Zénaïde Alexandrovna, elle n’a que seize ans quand elle lit son l’histoire. Ils peuvent mourir tout de suite, à ce moment précis. Il le faut, se dit-elle, il n’y a pas davantage à goûter ici-bas. Cet homme et cette femme qu’elle scrute à distance sont le leitmotiv de l’éternité ; ces fesses, ce dos maigre strié de sang, cet homme habillé qui part sans tourner la tête. L’homme s’arrête un instant. Le jardin qui les entoure est le divin. Les fesses rayées, blessées par la ceinture de l’homme, le sont aussi. Zénaïde Alexandrovna … est l’infini. Katarina connait cela, elle l’a connu avant de naître. »

« Ce qui guide Katarina, c’est son désir. Sans fin, sans cesse son désir. Est-ce sa faute si elle est comme ça ? Elle se pose la question. Non, ce n’est pas de sa faute. … Elle criait de la même façon (que Job) quand le désir la traversait, quand la douleur la mettait en apnée : Sachez alors que c’est Dieu qui me poursuit, et qui m’enveloppe de son filet. C’est Dieu, ou bien cette drôle d’existence, appelez-la comme vous voulez. »

Alors, ce scandaleux, cet inadmissible désir, censuré espérons-nous ? Censurés, les livres de Dimitris Dimitriadis ? Censurée, l’injonction d’Ornela Vorpsi – « tu convoiteras ! » ?

Presque pas – mais si efficacement. On les ignore. On ne les lit pas. On n’en parle pas. Comme toute censure sombrement frontale donnerait au désir plus de lumière encore, on passe les livres de ces fauteurs de troubles sous silence. Pas de lecture. Pas de publication (pour beaucoup d’ouvrages de Dimitriadis). Pas d’éloge, pas de critique non plus – en tous les cas, pas de critique littéraire. Cachons ce désir que nous ne saurions voir. Ne mettons pas en lumière ce fruit défendu. La censure prend parfois d’étranges détours pour ne pas être nommée, se fondant dans le reptilien vacarme des silences réprobateurs.

« Je suis ici
une nuit découverte
dans la constellation
du chien
et de la chienne. »

(Elle aboie. Son aboiement est suivi d’aboiements extra-terrestres sidéraux qui submergent sans arrêt l’univers. La chienne dévore le chien, le chien dévore la chienne. L’univers part en morceaux comme des abois brisés et se recompose de façon inédite. L’annonce a eu lieu.)[3]

L’annonce a eu lieu et les chiennes de garde sont là pour protéger le désir de créer. Annonce faite à Cassandre et Mael, à Barbara et Ornela, à Marisa et à Angela …
Une annonce en forme d’aboiements extraterrestres intergalactiques.

Barbara Polla, le 4 novembre 2019.

[1] Dimitris Dimitriadis, L’Annonce faite à Cassandre, traduction Michel Volkovitch, Le Miel des Anges Ed, 2018. ISBN : 979-10-93103-40-2

[2] Ornela Vorpsi, Tu convoiteras, Gallimard, 2014.

[3] Dimitris Dimitriadis, op cit.

SILENCIO LITTÉRATURE & SOCIÉTÉ : RENCONTRE AVEC BARBARA POLLA

octobre 31, 2019

1er podcast littérature société du SILENCIO. Cette conversation a été précédée du film “POUR TOUTES MES SOEURS” de Véronique Caye ; Estelle Meyer.

“Le nouveau féminisme est né. Un féminisme multiple, tel est l’enjeu de ce livre.
La libération de la parole des femmes, de toutes les femmes, toutes singulières, toutes différentes, toutes uniques, révèle en réalité une galaxie de féminismes, créatifs, foisonnants, parfois convergents, parfois divergents. Le nouveau féminisme est un mouvement qui a pris une ampleur inattendue et sans précédent. Il nous fallait ce livre d’une femme engagée pour recenser les différents féminismes existants, ceux qui émergent et ceux qui s’ignorent encore, et pour nous aider à nous positionner entre combats et rêves – les uns ne vont pas sans les autres.
Des rêves de réconciliation, d’éros et de liberté, avec la poésie comme arme, sans blessure, à la rencontre de l’autre.” Barbara Polla est médecin, femme politique, galeriste engagée pour l’art et la culture et très investie dans la cause des femmes. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages aux éditions Odile Jacob : Tout à fait femme, Tout à fait homme et Femmes hors normes.

www.silencio-club.com
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SILENCIO on Spotify : spoti.fi/33ESzUO

Violaine Lochu, Meat me

octobre 18, 2019

No single work of art has touched me as deeply as Violaine Lochus‘s Meat me in the last two years. Performing alone, her body half naked, her soul incarnated by Bacon, she offered the public an essential, unique, and most performative experience. Sharing Bacon.

Violaine Lochu is recognized as a voice performer – but who knows yet the extraordinary power of her screams? Meat me starts with such a terrifying scream, the type of scream animals get out of their body ready to be “meated”. Meat me also and foremost “exhibits” the poignant and devastating transformations the artist is able to impose on her body. With a transparent chair as her sole crutch.

A few young women, during the performance, looked at each other, shook their head and left. “It was such an extraordinary performance that they left, what do you mean?”, the art historian Paul Ardenne asked me when I tried to explain to him what had happened. What happened is that the body of Violaine Lochu, a young and gorgeous female body, wasn’t beautiful anymore. On stage, it was sublime, it was terrifying. It was not sexualized, as Bacon’s bodies are neither female nor male bodies. It was a human body, as Bacon’s bodies are human bodies. It was an animal on stage, as Bacon’s bodies are animal bodies. Living bodies soon to be dead. Lochu was reckless enough to override her own female body, to forget about beauty and attractiveness and to become a painting by Bacon. What an homage. At this point, Bacon turned around in his grave, looked down to the open space of Pompidou where Lochu was performing, and, astonished, amazed, frightened, screamed to her: “Sister !”

Pain has no gender. Human beings in pain are human beings. Human bodies. Bodies. Flesh – meat.  Violaine Lochu also gave the perfect title to her performance: Meat me. Meat me, meet me, I am made of meat, I am made of scream, I am nude, I am mud, I am blood and shit, I am not myself anymore: I am all of you, I am suffering. I am Bacon.

She arrived on scene with naked breasts, she left the scene with the glory of telling viewers, once again, that the ephemerality of performance has the potential to engrave its images on us forever. Unless, too afraid to keep our eyes wide open to our suffering humanity, we shut them and left before the performance ended.

Barbara Polla pour Art Critique

1ère JOURNEE INSPIRANTE de PSYCHOLOGIES Magazine

octobre 13, 2019

À peine descendue de l’avion qui me ramenait du Mid West, j’ai eu le plaisir de participer à cette première journée inspirante.

Selon Psychologies Magazine : « On ne naît pas femme on le devient », écrivait la philosophe Simone de Beauvoir. Soixante-dix ans plus tard, l’affirmation fait plus que jamais débat. La réflexion sur « l’être femme » fait à nouveau l’objet, comme dans les années 70, de questionnements et d’engagements. La question du genre, les différentes modalités du féminisme, de ses représentations et revendications, sont un enjeu de société majeur. Les femmes n’ont jamais été aussi conscientes des combats, intérieurs et extérieurs, qu’il leur reste à mener, le féminin n’a jamais été aussi polymorphe, la notion de féminité, autant interrogée. Le champ à labourer est immense, riche de ressources encore en sommeil et de défis à relever. Comment s’accomplir en tant que femme aujourd’hui ? Comment être femme aux différentes étapes de sa vie ? Les femmes peuvent-elles changer la société ? Autant de questionnements majeurs qui seront au cœur de la première Journée inspirante proposée par le rédaction de Psychologies.

Une journée inspirante vraiment ! Laurence Lemoine a modéré toutes les tables rondes avec autant de grâce que d’intelligence et d’ouverture à chacune. Je me suis vue plongée dans des univers qu’habitent mes filles — les univers des jeunes femmes de 30, 40 ans. Des jeunes femmes prêtes à se battre pour changer la société — et à le faire savoir, des Glorieuses à Poudre ; des jeunes femmes qui estiment, comme Pauline Arrighi que le féminisme rend heureuse.

Alors vive le bonheur d’être femme — et vive le bonheur d’aimer les hommes…
Et la poésie, et l’eros, et la vie

*APOCALYPSE NOW : EXHILARATING !*

octobre 7, 2019

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24 millions Robert Montgomery

octobre 2, 2019

Robert Montgomery’s THE PEOPLE YOU LOVE has been shared among 24 million people worldwide. I mean, the image of that piece, whether on Internet, on posters, on T shirts, tattooed on one’s body, as a light piece, small or huge, in institutions or private collections, and on the invite of the latest solo exhibition of Montgomery @ French gallerist Jean-David Malat in London. This illustrates the very unusual ability of Montgomery’s art to talk to the people — all the people. From the so-called biggest collectors to very intimate poets and everybody around. « To encounter the work of Robert Montgomery is to make a tender encounter whose tenderness is enhanced by the public, communal quality of his work » (Dane Weatherman). This tenderness is also to be encountered in the gallery’s garden in Geneva… just give me a call and come by any time. And soon also in Perama.

May be this unusual ability to talk to everybody’s heart and senses stems from poetry. I would tend to believe so… In the video below Robert Montgomery explains why and how poetry is of outmost importance today, my be more than ever. Poetry helps us ling our inner world and dreams, terrors, desires… to the world around us. Poetry is sharing our inner world with the world. This is the magics of Robert Montgomery’s art.

SHARING POETRY. SHARING ART. SHARING PERAMA.