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Lecture poétique dédiée aux enfants d’Alep

décembre 8, 2016

Samedi soir, de 20h30 à 22h, mon amie Jenny Mannerheim, qui vernit ce soir là l’exposition du poète plasticien Robert Montgomery, accueille une lecture poétique dédiée aux enfants d’Alep. Cette lecture me tenait tant à coeur, Jenny, merci. Pourquoi une lecture poétique ? Parce que la poésie change la perception du monde. Et parce que Shahïn, mon ami syrien et suisse qui travaille pour le CICR et à qui je demandais, Shahïn, que puis-je faire pour Alep, m’a écrit ceci :

Les générations futures se pencheront sur ce drame pour relever l’inaction coupable de la communauté internationale dans ce qui est une plaie ouverte dans notre quotidien et restera une cicatrice dans l’histoire de l’humanité. Un jour, cette ville se reconstruira. Un jour elle retrouvera sa fierté. Un jour des enfants pourront à nouveau jouer dans ses rues en attendant le repas qui les attend dans le foyer familial. Seulement ce jour est encore loin… lorsque je replonge dans mes souvenirs d’enfance et revois les moments de bonheur aleppin, j’en ressors asphyxié et rempli de colère. Une colère que je me dois de maîtriser si je veux pouvoir regarder en face ce malheur et tenter d’en arracher la moindre résilience pour moi et les autres. 

 Ce que vous pouvez faire, ce que nous pouvons faire, est de montrer encore, et par tous les moyens, ce drame aux aveugles, le rappeler aux amnésiques, le faire entendre aux sourds et en parler à la place des muets. Ce que nous pouvons faire ne se fait qu’à notre échelle, avec nos moyens, avec notre volonté. N’allez pas à Alep, mais faites venir Alep à vous. Par l’Art, par la force de caractère qui est la vôtre, par votre réseau, par les moyens, parfois détournés, de remettre à jour, de jeter au visage, d’expliquer ce que plus personne ne veut voir ou entendre. Parce que l’Alep de demain se construit ici, chez nous, grâce à notre entourage. Un jour cet enfant réfugié dirigera peut-être le pays, ou le représentera-t-il au monde à travers ses créations.

Merci aux lecteurs : Robert Montgomery, Jenny Mannerheim, Ornela Vorpsi, Greta Bellamacina, Lucile Vareilles, Alexandre D’Huy, Atsoupé, Alice Aspar, Sandrine Moreau, Imane Belamine, Wael Alkak and more.

et merci à Manon Garnier, poétesse de quatorze ans dont je lirai Charlie.

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©Robert Montgomery

Anna Boghiguian : une nomade au Carré d’Art

décembre 7, 2016

Il fallait la sensibilité et les connaissances d’un Jean-Marc Prévost pour organiser une première exposition personnelle d’Anna Boghiguian dans une institution française – et pas n’importe laquelle – au Carré d’Art de Nîmes (jusqu’au 19 février 2017).

Il fallait l’écoute… Anna Boghiguian en effet travaille l’oreille – et la poésie, qui nous hante par l’oreille, de l’oreille à l’âme. Celle, entre autres, de Constantin Cavafy le grec et Giuseppe Ungaretti l’italien.

Et la première salle du « voyage » est consacrée à l’oreille : les peintures la représentent, les écouteurs l’invitent… Anna is mapping the ear

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et Dieu abandonne Antoine :

Lorsque soudain à l’heure de minuit,
tu entendras passer la troupe invisible
dans un cortège d’exquises musiques et de voix –
ne te lamente pas en vain sur ton sort,
ton destin qui t’abandonne,
tous tes desseins qui partent en fumée.
Avec courage,
comme quelqu’un qui s’y attendait,
fait tes adieux à Alexandrie
qui s’éloigne de toi.
Surtout ne t’abuse pas, ne te dis pas
que ce n’est qu’un rêve
que tes oreilles se sont trompées;
ne daigne point tels vains espoirs.
Comme si tu t’y attendais depuis toujours,
avec le courage
de quelqu’un qui fut digne de cette ville,
approche-toi d’un pas ferme de la fenêtre
et écoute avec émotion,
sans te laisser aller aux invocations des lâches
– leurs lamentations! –
écoute comme une ultime jouissance
les instruments exquis de la troupe secrète
et fait tes adieux à Alexandrie que tu perds.

 

« Anna Boghiguian, écrit Jean-Marc Prévost, construit un espace éminemment personnel habité par son histoire mais à l’écoute du monde et des enjeux de sa transformation – une narration complexe et poétique…

La promenade dans l’inconscient serait alors un voyage dans ce qui pourrait nous relier les uns aux autres et comme l’évoque le titre d’un de ces derniers projets : passer de l’inconscient à la conscience pour construire ensemble d’autres possibles ».

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Et dans l’exposition – il faut y passer du temps, tout lire, tout regarder, tout écouter… un texte éclairant d’Anna elle-même, entre la bataille d’Actium et Nîmes Denim, la nomade s’ancre au lieu. Même si toujours, elle reprend ses valises et la route – celle, entre autres, de l’Egypte natale.

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Et pour le vernissage – pour faire honneur à Jean-Marc Prévost – la merveilleuse Anna Boghiguian a acheté une robe – la première depuis qu’elle avait vingt-cinq ans. Elle en a aujourd’hui soixante-dix. Les industries textiles…

Et au bout du voyage (dans la troisième salle de l’exposition) elle écrit encore, sur la cabane végétale qu’elle s’est construite, entre Japon et Méditerranée :

 

IN HIS CAVE THE SON OF

ZEUS THE CYCLOP

HAMMERED A PIECE OF

IRON TO CREATE AN

OPTICAL ILLUSION WITH

TIME AND LIGHT

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Le voyage est sans fin. Merci Anna Boghiguian : quelle merveille de rencontrer la nomade que vous êtes.

Les arbres aussi ont un sexe ou plusieurs

décembre 6, 2016

L’arbre traverse les âges et l’histoire de l’art : porteur du péché originel dans la Bible, à travers cette pomme à laquelle Eve ne saura résister ; il apparaît dans les Vierges à l’enfant à la Renaissance ; et du jardin des Oliviers au bois de la croix, en passant par les palmes qui saluent l’entrée de Jésus à Jérusalem, l’arbre accompagne la vie du Christ sous le pinceau des peintres désormais classiques. Plus tard ce seront les impressionnistes qui s’emparent de l’arbre et célèbrent une nature verdoyante qui leur permet de travailler les jeux de lumière et de matière, des promenades galantes de Renoir aux innombrables représentations du jardin de Giverny immortalisé par Monet. Avec l’Arte Povera l’arbre entre dans le champ de l’art contemporain, non plus en tant que sujet, mais en qualité de matière vivante et symbolique (Giuseppe Penone) : une présence persistante, d’Anselm Kiefer à Ugo Rondinone, de Gianni Motti à Céleste Boursier-Mougenot.

Mais voici que Sara Conti se penche avec délices sur un autre aspect de l’arbre. On n’en a pas assez parlé, du sexe de l’arbre – certes il y eut Paul Mc Carthy pour en souligner la sensualité avec The Garden (1991-1992) – mais Sara Conti, féminisme oblige, nous en offre d’autres images. Délicieux, drôle, érectile, fertile, bisexuel, indéterminé, hermaphrodite, magnifique.

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À voir à Topographie de l’Art, dans le cadre de l’exposition « Dendromorphies », jusqu’au 11 janvier 2017. All these trees !

Et merci à Marylène Malbert et à Paul Ardenne pour l’inspiration arboricole.

 

Galeriste, éditeur, des métiers difficiles ? Des métiers de rêve en vérité !

décembre 2, 2016

Evidemment, cela dépend ce que l’on en fait… Mais allez voir l’exposition du Cabinet d’Arts graphiques et vous aurez envie de devenir, demain, galeriste et éditeur ! Mon modèle aujourd’hui ? Gérald Cramer. Il aurait eu 100 ans cette année. Le libraire genevois, après la Seconde Guerre mondiale, s’impose sur la scène suisse et internationale comme galeriste et éditeur d’estampes et de livres d’artistes.

Rarement une exposition ne m’aura causé autant d’émotions – ni instillé le désir instantané de faire et de publier des livres d’artistes, je pense à Shaun Gladwell, à Abdul Rahman Katanani, Julien Serve, Elena Kovylina, ces artistes aujourd’hui encore ignorés, demain peut-être adulés… comme Miro ! Capitale de la douleur paraît en 1926. C’est un de mes adorés livres de chevets. Il compte plus de 100 poèmes, dont huit sont titrés du nom de célèbres peintres du 20ème siècle – sans évoquer toutefois ni le peintre ni un tableau précis, soulignant de ce fait I’irréductibilité réciproque de la peinture à la poésie –: Joan Miro, Pablo Picasso, Max Ernst, Hans Arp, Georges Braque, Giorgio de Chirico, André Masson, et Paul Klee.

 

JOAN MIRO
Soleil de proie prisonnier de ma tête,
Enlève la colline, enlève la forêt.
Le ciel est plus beau que jamais.

Les libellules des raisins
Lui donnent des formes précises
Que je désigne d’un geste.

Nuages du premier jour,
Nuages insensibles et que rien n’autorise,
Leurs graines brûlent
Dans les feux de paille de mes regards.

À la fin, pour se couvrir d’une aube
Il faudra que le ciel soit aussi pur que la nuit.

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Je connais, par cœur ou presque, en tous cas dans mon cœur, Capitale de la douleur. Mais je ne connaissais pas À toute épreuve. Chapeau bas à Gérald Cramer qui, en 1947, se lance dans un projet parmi les plus ambitieux de sa carrière : éditer les poèmes de Paul Éluard, en demandant à Joan Miró de les accompagner de xylographies. Les pages de la maquette – vraisemblablement réalisée vers 1952 et aujourd’hui conservée à la Bibliothèque de Genève – révèlent la méticulosité dont fait preuve Gérald Cramer dans le travail de concrétisation sous forme de livre.capture-decran-2016-12-02-a-13-26-53

La collaboration entre Gérald Cramer, Paul Éluard, Joan Miró et l’imprimeur Jacques Frélaut donne naissance à chef-d’œuvre absolu de l’édition contemporaine de livre d’artiste. Et moi, je rêve, dans l’exposition. J’écris à Patrick Cramer pour le féliciter – j’aimerais embrasser Gérald  Cramer. Je me dis que le jour où je publierai un livre d’artiste « à toute épreuve » il me fera signe du haut des cieux.

Jusqu’au 29 janvier 2017 puis dès fin mars 2017 à la Fundacio Miro à Barcelone

Pour plus d’informations sur l’exposition : cliquez ici.

et pour l’article d’Etienne Dumont : cliquez ici.

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LIBRE CRITIQUE

novembre 30, 2016

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Lire l’article sur Libr-critique, ici.

Maya, dessine moi un chandail, raconte moi une histoire…

novembre 29, 2016

Maya Ammane Kaadan était mon étudiante à la HEAD. J’avais immédiatement été frappée par son intelligence, sa vivacité, sa volonté de participer, son ambition et la force à peine contenue de sa révolte. J’ai demandé – ce qu’en principe un professeur ne fait pas – à être son mentor pour son mémoire. Elle est ensuite venue pendant quelques mois en stage à la galerie. Elle bouillonnait, de mille projets, de mille frustrations parce qu’ils n’aboutissaient pas, pas encore.

Ce soir son projet est abouti. Work in progress, bien sûr, mais une formidable réalisation, à la force du poignet et des doigts de fée: Maya nous présente, en collaboration avec Evelyna Leferink, pendant une semaine, au Labo Geneva, 14 rue Blanvalet – courez toutes ! vite ! – les oeuvres d’art uniques ou en petites séries – des chandails, des manteaux, des tops – qu’ont tricotées avec MA.EL, grâce à MA.EL, des femmes syriennes à Genève, et des femmes tunisiennes à Tunis, où Maya habite en ce moment.

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Des merveilles qui ont une histoire.
« This project tells stories. Intertwined stories of women like birds in a cage waiting for what’s next, women crossing countries, crossing seas because of a revolution that put their country on pause or simply destroyed it. Before the war, these women were dressmakers, weavers, textile manufacturers for local sourcing and for the many tourists visiting. Their stories, their extraordinary will and resistance are the base of this project. »

Pour en savoir plus, regardez ici.

How democrats got Donald Trump elected

novembre 28, 2016

2016: America was ready for a change.

For the last eight years, America was chanting “Yes we can”. Yes we can change. But despite a luminous presidency, some things important to Americans did not change, or not as fast as they would have liked. The economy. The wars. Healthcare management. Racial justice and more.

“It just became obvious to me that we need a radical change in Washington to fix a broken and over inflated government.”

America wanted a change. Democrats offered Clinton: back to politician politics. Sure, Hillary Clinton has been working very hard; sure, she is knowledgeable. But she didn’t offer any change. Of the many dozen people I asked about Clinton’s program here in Europe, no one could tell me what this program was – except a status quo.

“I knew from day one I could not support Hillary.  One of the reasons I left politics was because of politicians.  I could not stand when politicians thought the rules should not apply to them. The Clintons are classic examples of “special rules for special people” meaning the laws don’t apply to them.”

America wanted fresh air. Democrats dismissed Bernie Sanders. Too leftist? Maybe. But he offered a change – the type of change young Americans were looking for. Many young Americans would have voted for him.

“I was disgusted at how they thought Hillary was entitled to be President because it was her turn.  This is not the American way.”

America wanted a new adventure. Obama has been one. Clinton had no adventure to offer.

Donald Trump offers change, fresh air, a non-politician approach to politics, a new adventure. Somehow, all his defects – and there are many – got hidden behind the fact that he was “innocent”. He didn’t know how to be a politician – he just spoke out – sometimes terribly but got forgiven for that.

Everyone makes mistakes and it wasn’t very presidential of him to say those things, but perhaps a learning experience for him.”

Trump’s voters are not only old male chauvinist pigs or disgusting racists. There are also many young gorgeous dedicated intelligent hard working dynamic women who voted for Trump,

What did democrats do wrong with this group of voters?

They assumed that women would vote for a woman. Sure, of course. However, these young gorgeous dedicated intelligent hard working dynamic women are aware that being a woman might well be a privilege, but not a privilege big enough as to entitle you to become President of the (dis)United States of America without discussion. Interestingly enough, in all the very papers I read by women supporting the election of a woman president, all supported a woman candidate, not many though supported Hillary Clinton.

The media had it wrong.  They thought women have to vote for women.” 

I will never forgive Hillary for leaving our troops in Benghazi to be killed.”

Clinton was never to me an inspiring woman. I viewed her touting the party line and a history of lying and political maneuvering to get herself ahead.”

“I started out supporting a woman actually – Carly Fiorino.  I was drawn to her not because she was a woman, but because of her business experience.  I wanted someone to fix Washington and I knew it had to be an outsider with business experience.” 

Furthermore, while I am convinced that America was ready to vote for a woman, the country was not at all ready to victimize women. Democrats implemented the wrong strategy when they took out of the closets women who supposedly had been in some way abused by Trump. No way this would gain votes for Hillary Clinton.

Democrats should have thought about all of this ahead of time. They would have spared their beloved candidate Hillary Clinton many delusions. They would have spared themselves the failure they now have to face. They would have spared America having to deal with Donald Trump as president. But instead, they got Donald Trump elected.

It might well not be too big a disaster after all.

“I am really surprised by the result of the election but not fearful. There are lots of checks and balances in our system. I see the next four years as an adventure.”

But one major problem the Democrats now have urgently to deal with is racism. Democrats got a black president elected, which was an incredibly wonderful achievement. But this election and this eight years presidency have not eliminated racism.

Democrats, as soon as they recover from failure – hopefully soon enough – will have to engage extremely seriously with this major issue for the years to come. They contributed to the election of Donald Trump: they are now carrying the major responsibility of preventing racism and hate from spreading in the country. America is and has to be further the country of all freedoms. Trump will take care of the economical, trade, financial freedoms. The Democrats now need to engage more actively than ever on the ground of personal freedoms and civil rights.

 

Barbara Polla thanks her daughter Ada Polla (Washington) and her son in law Edwin Neill (New Orleans) for all the relevant information and contacts they gave her that helped her gain a personal view and understanding of the election and its current forecasts. All quotes in blue are by American women in their 30ies or early 40ies, all friends of Ada Polla. Thank you ladies!