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Summertime, when girls with a dream become women with a vision

juillet 20, 2018
Strong and healthy is the new sexy, c’est Ada Salomé
First daydream on a porch swing, c’est Cyrille Zoé
Talons aiguilles et couches culottes, c’est Rachel Isadora
Nous n’avons qu’un seul corps, c’est Roxane Selana
Love and passion, c’est the Polla Sisters
La pleine lune aussi : « Elles nous suivent partout et pourtant impossible de les regarder en face ; elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs Cyrille Zoé en a fait une chanson : Mes fesses de lune …
 
# Balance tes fesses !
 
And more…

La boucle grecque

juillet 16, 2018

À l’âge de 17 ans, j’ai passé un an en Grèce, avec mes frères et mes parents, une année longtemps rêvée et concrétisée par un père philhellène passionné. Pendant l’hiver, nous vivions à Athènes, à Perama, qui a l’époque était un bidonville, en surplomb des chantiers navals qui résonnaient de l’activité folle de l’époque. Le 21 avril 1967, les colonels prennent le pouvoir. C’est ma première confrontation avec la politique la plus sombre, avec ce que l’homme est capable de faire à l’homme, avec la prison où fut incarcéré l’homme qui a été ma première figure du Bien extra familial, mon premier héros : le pope Georges Dimitriadis. Des décennies plus tard — c’est maintenant — je retourne sur les lieux, avec un rêve : rendre à Perama un peu de ce que cette ville (ce n’est plus un bidonville) m’a apporté. De l’art, bien sûr. De l’art dans l’espace public. Avec Robert Montgomery. Première présentation de ce qui est mon projet le plus important pour l’année qui vient (avec tous les autres bien sûr …) ce mercredi à Athènes. Si par chance vous êtes en Grèce, joignez vous à nous ! Et sinon, la prochaine fois, toutes les prochaines fois : il y aura mille opportunités, d’en savoir plus, d’entendre tous les détails de l’histoire, de participer, de contribuer aussi… Merci à vous tous, à Robert Montgomery, à la vie !

©Christos Panagos, The City of Cranes

©Christos Panagos, The Thrones of Perama

C’est encore la nuit. mounir fatmi.

juillet 4, 2018
C’est encore la nuit : une installation, des photographies, un livre de mounir fatmi. Auxquels il m’a associée — merci mounir. Et qu’aujourd’hui je présente en paroles au Château de Penthes et en images au Tasmanian Museum and Art Gallery. Pour se procurer le livre C’est encore la nuit, c’est ici
«  L’installation C’est encore la nuit, écrit mounir fatmi, se tient dans la légendaire prison de Kara à Meknès. C’est une vaste geôle souterraine, labyrinthique, construit au dix huitième siècle à la demande du sultan Moulay Ismail.
… De nos jours, les couloirs de l’ancienne prison servent de lieux de rendez-vous clandestins pour les amoureux qui gravent sur les murs leurs déclarations enflammées. L’installation fait dialoguer architecture et poésie, lieu de mémoire inamovible quasiment éternel et parole éphémère et poétique porteuse de désirs. Elle donne à lire une forme de revanche historique : celle du poète, des amoureux et du désir sur l’histoire, la politique, l’architecture et leurs pouvoirs d’enfermement. L’oeuvre propose d’aller à la rencontre du monde, des autres et de soi-même à partir de sources d’inspiration mêlant philosophie et poésie, rigueur intellectuelle et sensibilité. »

Kara mon amour

Pourquoi certains veulent-ils la prison et d’autres, la liberté ?

Contrôler et punir – d’où nous vient cette compulsion ?

Comment pourrions nous remonter le temps et défaire les nœuds les entraves les menottes les cordes qui encerclent les chevilles les poignets les cous les âmes et les corps de certains d’entre nous ? Comment partager le goût de la liberté ?

Comment l’Étranger de Camus – cet étranger que nous sommes tous – est-il passé de l’indifférence à la différence ?

Pourquoi, mounir, comment es-tu devenu artiste ?
Tu photographiais des câbles sur la terrasse du toit de ta maison à Casablanca… ces câbles, comme des chaines, comme des liens
Comment le goût de défendre, de promouvoir la liberté au risque de la perdre, pourquoi ?

Pourquoi la prison ?

Enfermer dans une maison dans une cellule dans un utérus symbolique qui n’accouchera jamais des corps dont la mère sociétale ne veut pas, ne veut plus, qu’elle expulse et qu’elle éjecte du corps social

Oui la peine est expulsive

L’expulsion est à vrai dire la caractéristique de tout type de punition
Du talion à l’exil
De la déportation à la prison
L’expulsion vers un autre dedans

L’expulsion de l’utérus ? La mort promise en même temps que la vie « donnée »
Expulser pour enfermer
Ne pas voir ne plus voir reléguer
L’Ennemi public, celui en nous que l’on ne veut pas voir, celui que l’on désigne.
Avant surveiller et punir : désigner.
Et après la désignation, la mort. Mort désignée, mort privée, mort partagée, mort infligée. Exécution.

Mais qui est-il vraiment, l’ennemi public ?
celui que l’on veut oublier ?
Comment est-il déclaré « ennemi public » ?
qui incarne cet ennemi-là ?
qui procède à la désignation ?
avec quelle légitimité ?
qui décide de l’exécution ?

Le crime pour lequel on condamne est un autre que celui qui est commis
On condamne un autre crime commis par tous

Et la poésie là-dedans ?
Seulement là-dedans ?
Qu’est-ce que la poésie ? questionne Frank Smith.
Une opération langagière dans le langage, dit-il.
Une opération sanglante de la langue, dit mounir fatmi. Sa langue saigne. « Ma langue est une hémorragie, je saigne chaque fois que je parle ».

Elle sert à quoi la poésie ici, dans la prison – elle nous dit quoi, mounir ?
est-elle la vie que l’on ne peut pas vivre ?
est-elle le désir nu, en l’absence de l’objet ?
est-elle le rythme sans fin, le cœur qui bat, le cœur du monde ?
est-elle la pierre ?
La langue que l’on ne sait pas, ne connaît pas, ne comprend pas ?

qu’est-ce qu’elle fait là, mounir, la poésie ?
l’élixir de la douleur par notre bouche qui chie qui crache et qui vomit
les délices de la douceur
l’abominable douceur
notre bouche qui ferme
notre bouche empêchée
fermée cousue empêchée
le sang à l’intérieur

fatmi ne parle pas des prisons de France
il ne parle pas des Baumettes ni de Fleury-Mérogis, il ne parle pas de Meaux-Chauconin-Neufmontiers ni de Remire-Montjoly, il ne parle pas de Varces Grenoble, il ne parle pas de Fresnes ni de Nanterre, il ne parle pas de Roanne ni de Villefranche sur Saône ou de Saint-Quentin-Fallavier, il ne parle pas de Seysses ni de Villeneuve-lès-Maguelone, non

et sa poésie parle l’arabe
il parle de Kara
Kara est au Maghreb
il parle d’une prison de chez lui
d’une prison qui n’existe pas une prison qui n’existe plus
une prison devenue champ d’amour, chant d’amour
il parle des prisons du monde
il ne parle pas des emprisonnés des prisonniers des condamnés il parle de nous tous
je suis Kara
mounir alors nous montre les possibles
la résilience l’herbe entre les pavés
les plantes ayant racine dans l’œil
mounir déplace les choses

Ta liberté mounir les oculus
la liberté du regard, l’oculus, l’œil par lequel tu regardes
l’œil de l’artiste qui voit et désigne autre chose, autrement
ce que d’autres ne voient pas
l’inverse du panoptique

au creux des oculus l’œil, l’œil, mounir, qui regarde
qui regarde le monde
qui regarde vers l’intérieur
qui regarde dedans
et l’œil, l’œil de l’artiste, il voit quoi dedans ?

Il voit le corps
dedans la caverne
iIs regardaient dehors
mais ils ne voyaient rien
Et au fond de la caverne « le tragique, cette masse noire qui constitue l’élément capital et la condition indispensable pour toute création  humaine, l’obscurité : les tréfonds de l’humain »

L’oculus l’œil par lequel tout entre et rien ne sort
entre l’ombre et la lumière
entre l’air que l’on respire
le monde entre par nos yeux
les yeux du corps lorsque les yeux sont clos

le sang sort de notre bouche de notre con
il sort le monde par notre bouche qui dit qui crie qui dit
la poésie

De dedans la caverne
ils voyaient un cercle lumineux
lointain et pâle
l’ombre de la lumière
et les ombres du monde
ce que l’on voit dedans
en regardant vers l’intérieur
on voit le monde
on nous voit tous
enchaînés

à l’intérieur de notre peau
notre peau
ta peau mounir que tu auras marquée transpercée
et qui t’enveloppe pour toujours
et la peau des enfants la peau de tes enfants
la couleur de la peau cette prison de couleur de sombreur
La peau de John Howard Griffin
qui voulut quitter cette prison de la peau

la peau qui reflète la lumière, au fond de Kara, la lumière des oculus
la peau de ceux qui s’aiment
qui viennent cacher leur amour leur désir leur sexe
dans Kara abandonnée Kara mon amour
Kara mon amour, sombre amour
Kara peep show
surveiller et aimer
et punir et aimer
Pourquoi l’amour aime-t-il à se cacher ?
Et le sexe
Pourquoi la peur du sexe ?
aimer infliger humilier blesser empêcher entraver contrôler
jouir
tous les crimes sont humains, tous les crimes sont d’humains, tous les crimes sont en nous
construire les prisons : c’est nous
enfermer le sexe : c’est nous
tagger les murs de cœurs : c’est nous
Jean Genet c’est nous
Chant d’amour
Chadia et Meryem, louve

Heureux les créateurs, car ils détiennent les clés de leur prison.
L’espace inviolable de la performance. Le théâtre.
Kara est un théâtre
Un théâtre d’ombres
La dimension impérative
Tu créeras !
Ou la mort.
Car la discipline artistique et la discipline criminelle
Sont jumelles

Pourquoi la prison ?
Parce qu’elle est là, en nous ?
Parce que notre vie même est un espace confiné entre conception et disparition ?
Parce que nous aimons follement dissimuler et regarder, dévoiler et frissonner ?
Parce que nous jouissons d’entraver ?
Parce que nos chaines, peut-être…
Et aujourd’hui, en ce moment même : nos chaînes à nous tous, chaînes invisibles mais bien ressenties, non palpables mais profondes et profondément éprouvées, indéracinables et indéracinablement douloureuses, congénitales peut-être, plus ou moins inconscientes mais sûrement inépuisables, ces puissances maîtresses de notre vie et ces cibles de toutes nos offensives, ce sont elles qui nous incitent à nous battre contre les limites intérieures et extérieures, à essayer d’aller au-delà, vers l’inconnu et vers une nouvelle connaissance, en nous efforçant d’aborder l’inabordable et transcrire le non encore transcrit, de concevoir l’inconcevable et l’inimaginable et les rendre visibles, audibles, lisibles, de passer de l’esprit à la matière et non l’inverse, passer de l’abstrait au concret, de l’inapparent à la parution, pour donner vie au monstrueux, ce monstrueux qui est l’humain, les tréfonds de l’humain…

Pourquoi la liberté, alors ?
Pour la joie, pour la vie, pour le sublime que contiennent les tréfonds humains
Pour la différence de l’étranger
Pour l’art et le partage
Pour la poésie…

Pour la mémoire, aussi.
Pour nous retrouver dans les oculus de Kara
et nous mirer dans les miroirs du monde.

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Texte écrit en juin 2017 par Barbara Polla, pour mounir fatmi
Extraits.

Des détenus tasmaniens commentent A JOURNEY TO FREEDOM

juin 27, 2018

« Any exploration of imprisonment is a journey to freedom. »

When you walk into a gallery your mind settles into a mood that feels contemplative and unclenched. You look around to see quiet chatter from suburban flâneurs. You see statement eyewear and long coats by German designers with names that sound like riddles. You become open to new experiences that shape or deconstruct your frame of thought.

In many ways, walking into a prison is the opposite of walking into an art gallery. In lock-up, prisoners rebel against the order in a desperate attempt to preserve their character. There, inmates become CRN numbers or, if they’re lucky, derogatory nicknames.

As I approached Barwon Prison, a maximum security jail in Victoria, the silence was brooding. Their were abrupt horns and calls for inmates from a distant loudspeaker, the prisoners officers were chuckling with frowns, and I was ushered into a side room to be strip searched because the scanners were “playing up.”

In an art gallery people want to be alone with the work. In a prison, inmates want to be together. In a gallery setting, the baggage you bring with you informs your perspective. In prison, your past dictates your worth.

Barbara Polla is an artist who has attempted to bring both worlds together at the Tasmanian Museum and Art Gallery (TMAG). After working in the Swiss National Parliament, Barbara co-directed Galerie Analix in Geneva and curated several exhibitions across Europe.

A Journey to Freedom is Barbara’s exploration of “Art and Freedom.” It ties together works by contemporary national and international artists working across installation, sculpture, video, photography, and virtual reality, as part of MONA’s Dark Mofo program. “Imprisonment and freedom are two faces of a double sword,” notes Barbara. “Any exploration of imprisonment is, by itself, a journey to freedom”.

VICE contacted prisoners and sent in photographs of artworks from Journey to Freedom, along with a sentence describing what they were looking at.

In 1993, Ricky Maynard started a series of photographs of indigenous prisoners in South Australian gaols.

Cameron / 34 / Grievous Bodily Harm / Aspiring Social Worker

Here’s what Cameron thought of the above work by Ricky Maynard: No More Than What You See

Us kooris, brother, we’re trapped in or out. There’s no way out for us, and the artist catches that in his pictures. The scars on the brother’s arms and legs, they don’t hurt me as much as that one “Abo” tattoo. Because that paints the picture of what we’ve become, something that’s not ours but theirs.

The black and white makes us feel lonely. We are lonely I guess but jail can be a colourful place too if you think about it. There’s colour in the chats, there’s colour when you eat together, there’s colour when your family visits or gets slotted beside you. Doesn’t mean it’s all good colour but it’s more complicated than that. There are tough fellas in here, and bright young men with big dreams and little hopes.

I guess what I’m trying to say is that Ricky is showing us jail the way we expect it. He’s a photographer and he sees it. But not the way it feels. The two brothers walking along the fence is closest, but the fence isn’t important. The important part is that they are talking. And that’s what matters in here.

Nicolas Daubanes installation “Prohibition” explored the creativity of inmates with minimal means. The “facility” consists of alcohol mixtures generated by a fermentation method accelerated with the aid of condoms, fruit, sugar and bread.

Chris / 28 / Aggravated Burglary / Aspiring Mechanic

Chris talks about Nicolas Daubanes’ Prohibition

That’s some interesting hooch mate. It doesn’t look like that in here. But I guess that ours isn’t art. We’re happy to piss off the looks and just get wasted. You know we drink out of habit from the outside to try and feel like we are outside, and escape jail for a bit.

When we get drunk on hooch, some think it’s a sign of weakness. Like you can’t handle the reality of doing time because you’re drunk. Being drunk brings out people’s real emotions, and feelings are high in here. Because we spend so much time hiding them and trying to strut around like sick cunts.

A lot of the boys want to fuck inside too. They won’t talk about it because they try to act all hard and that. But everyone loves being sucked off. And it’s when your pissed on hooch you can have those conversations without feeling awkward. The hangovers just kinda do their thing, and you’ll just nod toward your celly and it becomes a thing. Whenever you say should we prepare a new batch, it’s code for we should fuck soon. I know where I stand. I’ve been in jail since I was 20. And it’s hard talking about feelings when it’s not a psych or chaplain asking.

Jean-Michel Pancin preserves the memory of abandoned prisons in France. For his installation Pink Palace, Pancin has used an original door from the Risdon Prison in Hobart and laid concrete that mimics the dimensions of a prison cell.

Mohammed / 34 / Attempted Murder / Aspiring Rapper

On Jean-Michel Pancin’s Pink Palace

It’s different here, it’s opposite if you know what I mean. I’m sitting in that cell they’re walking on, I’m praying here you guys are looking at it and thinking about it. I’m trying to break out, just so I can get dragged back in.

You don’t feel the temperature of the cell and how it changes. It’s cold when you want it to be hot and hot when you want it to be cold. I have someone sitting by the door while I get changed in case someone runs in and takes my shit. Where’s the paranoia? It’s open. We’re shut out. My parents don’t even call me anymore. My wife fucked my best friend. And my cousin told me about it over the phone. That’s how time does your head in.

I appreciate that the artist wants to remember the dead. Because nobody remembers us when we are alive. I sound like I’m complaining but this is the reality of shit. I go to bed and have to tell blokes to shut the fuck up because they’re crying all night. The scars of our names are on the door of the cell. And the toggies raid us and smash our faces in. We bleed in the cells. There’s blood of every prisoner in this cell. And we take it home with us too.

Don’t think about us when you see this cell in a museum, put your face on the floor, beat your head against the door, and forget about thinking. Just feel how it feels because that’s what it’s like in here.

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Reconstruire le Paradis

juin 26, 2018

Après la Tasmanie : la Hongrie. Un grand écart géographique et mental. Grâce à Eva Magyarosi, artiste star de la Hongrie de 2018 — elle fait partie des 50 personnalités culturelles les plus en vue dans son pays — contacts avaient été pris avec le créateur et organisateur du Festival Art Capital, et nous avons été invités à installer une exposition de vidéos dans un ancien moulin transformé en Musée — The Art Mill — sur le thème « Nature and Pathway ». Titre suggéré : RECONSTRUCTING EDEN. Titre accepté avec joie : que faire d’autre en ce moment, si ce n’est de tenter, à chaque instant de reconstruire un paradis sur terre, c’est-à-dire un paradis complexe, forcément fragmenté, difficile, aléatoire, éphémère, à reconstruire à chaque instant — une utopie salvatrice ? Janet Biggs est l’artiste focus de cette exposition. L’art vidéo a ceci d’extraordinaire, entre autre, qu’on y entre en le regardant… Eva Magyarosi semble être aux côtés de Janet Biggs, laquelle nous tourne le dos et tire un coup de semonce, un coup d’alerte, un «  Warning Shot » dans le Grand Nord, à Svalbard. Rencontre virtuelle de deux artistes aussi engagées l’une que l’autre dans leurs créations respectives. Parce que le monde tel qu’il est ne nous suffit pas, ne nous suffira jamais, il nous faut constamment le reconstruire — le recréer.

Eva Magyarosi avec Janet Biggs

Plus d’images bientôt sur https://analixforever.com/

Dark + Dangerous Thoughts

juin 12, 2018

Leigh Carmichael, le charismatique directeur créatif de DARK MOFO, a inclus cette année dans son Festival deux journées de conférences, sous le titre « Dark + Dangerous Thoughts ». Un oxymoron assumé dès la conception de ces journées, puisque leur essence même, dans la droite ligne de la pensée d’Hannah Arendt, aura été d’opposer la pensée à la violence. Selon la philosophe, seul le fait de « penser le mal » peut nous permettre de nous en écarter, car « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »

L’orateur le plus fascinant de ces journées n’a pas pu être physiquement présent en Tasmanie, l’Australie ne lui ayant pas accordé son visa à temps, ce qui a soulevé de remarquables polémiques. Mais la présence rayonnante de Muhammad Manwar Ali, sa parole, son message, ont néanmoins illuminé l’Odéon de Hobart, grâce aux merveilles des technologies de la communication. Ancien Djihadiste revenu sur ses pas, désormais pacifiste, activiste engagé dans la prévention du terrorisme, il a développé un argumentaire imparable sur les différences entre la foi et la religion, entre préserver la vie et infliger la mort, et sur le rôle de ce qu’il appelle « la conversation » : l’écoute et l’échange qui sont probablement seuls à pouvoir infléchir la tentation radicale et le devenir terroriste. Muhammad Manwar Ali nous parle de l’importance du « travail sur soi » : probablement le plus essentiel de tous les travaux de l’être humain.

La Tasmanie est le seul pays que je connaisse où à chaque prise de parole publique, l’orateur commence par remercier les ancêtres à qui appartenait cette terre, des ancêtres pour la plupart exécutés, instrumentalisés (instrumentalisées, les femmes surtout), et pour ceux qui restèrent, dépossédés. Reconnaissance à la terre, son passé, son présent et son futur. Une controverse intéressante a opposé Vickie Roach, qui fit partie des « Stolen Generations » et de la plus sombre histoire des indigènes de Tasmanie, à Jacinta Nampuinpa Price, de double origine Warlpiri et celte, conseillère municipale à Alice Springs. La controverse ? Price cherche des solutions aux problèmes (pauvreté, alcoolisme, violence) des indigènes de Tasmanie au sein de leurs propres communautés, refusant de rejeter toutes les responsabilité sur les colons du passé, une position très critiquée par les « anciens ». La violence des attaques contre Price est réminiscente de ce que la politique peut générer de pire : je pense à une image où on la voit souriante, avec cette mention : combien de bites blanches cette bouche a-t-elle sucé ?

Mes respects, Madame Price, pour vos engagements.

L’expérience de Vicki Roach de la prison (elle a été condamnée à 125 reprises…) donne une force implacable à son affirmation : « En prison, votre corps ne vous appartient plus ». Une affirmation foucaldienne – que tant de détenus s’approprient en plein –, une affirmation qui explique la volonté farouche de réappropriation du corps, jusqu’aux pratiques d’automutilation. Une pratique mise en lumière par les œuvres de l’exposition parallèle « A JOURNEY TO FREEDOM », notamment les photographies de Ricky Maynard, d’indigènes tasmaniens, sa propre communauté, en prison, et les vidéos de Jhafis Quintero, artiste panaméen, ancien détenu, qui le mettent en scène lui-même dans la série Ten years in Jail.

Controverse encore, entre Hawk Newsome, le non moins charismatique leader de BLACK LIVES MATTER, et (le pas du tout charismatique) Geoffrey Miller, docteur en psychologie de l’Université de Stanford, qui s’est vu critiquer vertement pour ses positions de « blanc privilégié » semblant ignorer la réalité des effets de la couleur de la peau sur la vie des humains aux Etats-Unis d’Amérique depuis l’avènement de l’actuel président.

Lors d’une autre conversation réunissant, au cours de ces deux journées d’exception, l’ancienne tigre tamoul Niromi de Soyza, Muhammad Manwar Ali encore, et le soldat australien Mark Donaldson, médaillé pour sa bravoure et son humanité, de Soyza, à la question finale qui leur fut posée à tous les trois : « Y a-t-il une guerre juste ? » ne résista pas à la tentation de répondre : « The outcome of any war never tells us who was right. It just tells us who is left. »

Merci à Leigh Carmichael, l’homme qui aime la Tasmanie au point d’affirmer que malgré toutes les sollicitations qu’il reçoit du monde il ne quittera jamais son île du bout du monde, pour avoir su créer une telle plateforme. Inoubliable.

There is definitively no such thing as a dangerous thought.
Hannah Arendt again.

 

 

Why working on « Art & Prison » ? As a journey to freedom. And a path to AutonoRmy.

mai 31, 2018

Currently, I have two major exhibitions going on about the theme « Art & Prison » : in Geneva, at Château de Penthes, an exhibition entitled « LA PRISON EXPOSÉE, Champ-Dollon à Penthes » ; and in Hobart, Tasmania, at TMAG (Tasmanian Museum and Art Gallery), another exhibition entitled «  A JOURNEY TO FREEDOM » 

In my work, I understand “Prison” not only as physical jails, but as imprisonment in general. And imprisonment is everywhere: it is physical, bodily, mental, social, cultural, virtual; imprisonment behind borders, borders from the other, the other humans, the other countries; imprisonment inside social norms, stereotypes and taboos; imprisonment in ourselves, in our bodies and our fears. And we humans imagine and create jails with similar passion as we thrive for freedom. In particular, in these times of political fear, rapid changes and sometimes convulsive chaos, the temptation of jailing anybody who diverges, from subversive teens to migrants, from political dissidents to journalists, seems to raise every day. Jails are proliferating everywhere in the world; we construct them and we let them proliferate; we let them being overcrowded, and too often we let them transform petty criminals in real criminals. Discipline and Punish (Foucault, 1975) is not over and the penal evolution away from corporal and capital punishment to the penitentiary system that began in Europe and the United States around the end of the 18th century is still ongoing. Inhuman – and so human.

Human history, worldwide, is characterized by an unending duality between imprisonment and freedom, and our search for freedom is far from an end and the attempts to conduct our lives as Journeys to Freedom are endless, whether we consider our freedom as a way to live our lives or whether we consider it as a virtual expression of an ideal. Sometimes, even prisons may host such journeys to freedom from within.

Art is one essential freedom, even though it can sometimes end up to be itself a constraint – a voluntary one. Jhafis Quintero, who became an artist while in jail for ten years, states that: “Creation is indispensable to the inmates’ survival”. Creating – no matters what – is indispensable to survive incarceration in the most constrained conditions: this is also what Joana Hadjithomas & Khalil Joreige tell us in their film Khiam 2000-2007 (which is shown both in Geneva and in Hobart). May be creating is indispensable for everybody’s survival. Indeed, “ART IS A FREEDOM” (Tracey Emin, personal correspondence): a freedom that starts in our brains. Think freely, imagine freely, create freely, write freely. Imprisonment and freedom are the two faces of a double sword. Any exploration of imprisonment is therefore by itself a journey to freedom and exhibitions on “art & prison” are one possible way to promote freedom, inasmuch such exhibitions always lead us to reflect on the binomial freedom/imprisonment. Freedom however is never attained: it is and always remains an every moment discipline and a constant effort. It is a journey, till the end.

Next year, I am planning to work more on the links that exist between constraints and creativity, to deepen my insight by listening to people who suffer constraints in their bodies — by handicap for example, by disease, or by walls — or their mind or their everyday life. In my own everyday life, I try to take each day one more step towards freedom — or, at least, towards what I call « autonoRmy ». My latest book with Odile Jacob, Femmes hors normes, is about the type of freedom being outside of norms provides us.

Being “outside the norm” does not mean being an “outlaw.” Autonormy is a discreet, almost invisible individual attitude. It is essentially a matter of resisting and eluding the insidious power of the morally normative environment, be it family, society or religion, or some other form. A matter of being oneself. Autonormy presupposes the individual’s resistance to the norm (and not the law) within society itself, and the creation of new norms (or their absence). But it is not a matter of challenging the law, and that is why I use the term “autonormy” and not autonomy. In seeking to exist “outside the norms,” an individual is not trying to instate their own laws. The point, rather, is to resist – for grounded, individual reasons – all forms of social prescription and stereotyping; to choose one’s own norms. The point is to be close to oneself, with the conviction, or at least the hope, that the process of individuation (become our own self) will lead to better social integration. The closer we come to ourselves as individuals, the more we know ourselves and live in harmony with what we really are, the more open we can be to others, to all others, and the better able to be interested in the other, to understand and love them.

The term autonormy is enlightening in this respect and norms should be irreducibly individual and complex, never unequivocal, but open, and evolving. Autonormy is not about being “exceptional.” On the contrary, autonormy is within reach of us all; it is a harmonious way of living, for the individual and for the group. Indeed, in these times of all-pervasive media, invisibility can be a more much more real and effective way of being outside the norm than the hypervisiblity commonly associated with the exceptional, the extravagant and the eccentric. In a society with simple, powerful laws that are validated and respected by citizens, the “extra-normal” aims to strengthen the individual, and this will in turn lead to a strengthening of society, rather than destabilising it. Individuals who are in harmony with themselves, close to themselves, create an empathetic and strong society in which each individual is, thanks to his or her autonormy, better prepared to respect others. All others, including inmates.

Autonormy, as such, is a simple, intimate journey to freedom we should take and share every single day.

Jhafis Quintero, here in Panama in 2017, spent 10 years in jail. He became an artist while in jail. He represented Panama at the Venice Biennial in 2013. His works are in Centre National des Arts Plastiques, Paris. He recently published La casa de los geckos, an intimate testimonial of his years in jail. Art is a freedom.