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Portrait de curateur dans Point contemporain

décembre 8, 2017
Ce mois-ci, dans le « septième opus » de leur revue, Valérie Toubas et Daniel Guionnet parlent du « hors normes »… Ce « hors normes » qui se veut « capacité à réévaluer ce qui fait sens, autorité et valeur dans notre société », écrivent les éditeurs.
Bonheur d’être incluse dans cette réflexion sur le sens de ce que nous faisons en créant, en aimant l’art, en le montrant, en le partageant…

 

Pour accéder au pdf, cliquer ici

© Ursula Biemann

HARD CORE, Abdul Rahman Katanani

décembre 1, 2017

L’exposition ouvre demain. Cette exposition est une étape majeure dans l’oeuvre de l’artiste. La figure de la joie, au centre de la pensée nietzschéenne, illumine cette exposition, telle une affirmation inconditionnelle de la vie dans sa richesse, dans toute la multiplicité de ses facettes. La joie ici — comme la joie nietzschéenne —  embrasse la totalité de la souffrance et la dépasse dans un mouvement créateur-héroïque. Une « joie affirmative qui prend le corps comme fil conducteur de toute la réflexion. L’acte créatif —  la tôle, le fil de fer barbelé travaillé à mains nues, les miroirs devient l’expérience privilégiée de la joie.

De l’Art Helvétique Contemporain en parle déjà.

« Fidèle à une stratégie éditoriale qui lui est chère, Barbara Polla pour défendre et illustrer l’œuvre de l’artiste palestinien Abdul Rahman Katanani choisit une approche hybride : aux œuvres du créateur succèdent son interview et trois essais critiques de Christophe Donner, Paul Ardenne et (surtout) celui de la régisseuse d’un tel corpus. Elle prouve comment l’artiste reprend des données plastiques et politiques pour créer une beauté agissante grâce à une matière non noble (fils barbelés ou plaques découpées de fer) et lourde de sens afin de créer une médiation poétique.

Reprenant à sa main le « Combien coute le fer ? » de Brecht, l’auteur passe de la représentation théâtrale à l’exposition. Tout passe par cette matière première dont l’éclat lumineux, les agencements et les prises font de chaque œuvre une light box propre à générer diverses zones d’émotions et de mémoires. La sublimation de la clarté travaille dans un dispositif interstitiel. Non « du» passage mais de son impossibilité au sein de conjonctions de trames en brisant les tabous du beau académique par une approche qui ignore voyeurisme ou provocation basique. »

JOY IS EVERYWHERE
(To Abdul Rahman Katanani)

Kilometers of barbed wire
entangle the earth
the earth revolves
the earth goes sour
Joy is everywhere

Humans live on earth
they live entangled
they live in camps
then bugger off

Joy is everywhere

Kids’ play grounds
leaves of olive trees
mushrooms in the forests
all became barbed wire
Joy is everywhere

Gold glows on the walls
of palaces and camps
solar spectrum makes them shine
alike
solar spectrum makes them live
Joy is everywhere

The shadows and the ghosts
of millions of humans
dissolve in the mirrors
like snow in the dust
Joy is everywhere

Comes the tornado and takes it all with it
the dust and the shadows
the trees and the kids
dashes to the sky
stays stuck on the ceiling

Joy is everywhere


Vernissage Samedi 2 Décembre 2017 de 18h à 21h
GALERIE MAGDA DANYSZ, 78 rue Amelot, Paris

La parole est plus forte que la violence

Dans un entretien avec « son frère » Nicolas Etchenagucia, publié dans le livre HARD CORE qui sera présenté à la galerie Magda Danysz samedi 2 décembre à 17h, Abdul Rahman Katanani dit, entre autres… :

« Mon travail parle de lui même et pour moi. L’art, c’est d’abord un plaisir, une forme de jouissance nécessaire. Ce sont les artistes qui ont trouvé quelque chose de vital en eux mêmes, quelque chose d’unique, qui m’ont le plus touché. Vermeer par exemple, dont j’aime profondément l’œuvre car il a un style tout à fait singulier. Yves Klein aussi. Ce qui me touche c’est d’assister à la création de quelque chose qui soit lié directement au monde intérieur de l’artiste.

Il m’a fallu trouver ma propre technique ! Et je l’ai rapidement trouvée dans l’environnement du camp : le recyclage de matériaux puis l’assemblage. C’était un processus chaotique – inspiré librement d’artistes comme Robert Rauschenberg – mais cela faisait sens et me permettait d’assembler toutes sortes de matériaux : métal, plastique, objet, tissu, peinture… De mon sentiment d’incertitude constante, je crée des formes car elles contiennent en elles l’espoir. J’aime le mouvement dans la forme, il dit que quelque chose est possible

Pour lire l’ensemble de l’entretien, cliquer ici.

Et pour plus d’informations, cliquer ici.

Élargis tes Horizons !

novembre 25, 2017
Le samedi 18 novembre 2017, à Uni Mail, « Élargis Tes Horizons – Genève » (EtH) a organisé sa cinquième « biennale » : une journée d’ateliers pratiques visant à encourager les jeunes filles de onze à quatorze ans à s’investir, « quand elles seront grandes » dans des études et des carrières en mathématiques, informatique, sciences naturelles, technique … 475 inscrites, une trentaine d’ateliers, une fourmilière de talents, du côté des jeunes filles comme des enseignants d’un jour, pour la plupart des chercheurs de haut vol. « Élargis Tes Horizons » est un réseau créé en 1974, actif dans le monde entier, s’adressant à plus de 25.000 jeunes filles par année. À Genève, la Présidente, Lorraine McDowell, est entourée de toute une équipe de jeunes femmes radieuses, toutes bénévoles, parmi lesquelles Florence Coulin, officier de liaison académies et entreprises, qui m’a fait l’honneur de m’inviter pour une « keynote address ».
Un parterre de quatre cent jeunes filles, c’est d’une puissance… Les motiver pour la vie en moins de dix minutes ? J’ai peur…
© Elargis Tes Horizons, 2013
« Vous êtes magnifiques », leur ai-je dit. « Vous ne vous le dites pas assez. » Et toutes les girls de se tourner vers leur voisine : « Tu es magnifique, tu sais… ». Elles écoutent attentivement quand je leur explique la différence entre le pouvoir qui prend et la puissance qui donne. Elles ont aimé et applaudi l’histoire vraie d’Ester Gorintin, qui se présenta au premier casting de sa vie à l’âge de 85 ans, fut primée au Festival de Cannes et tourna plus de dix films avant de s’en aller. Magnifiques, je vous dis. Elles peuvent tout faire, même si elles ne doivent pas tout faire. Elles vont dessiner notre avenir. Elles ont le temps. Et même pas peur !

La vie est à nous

novembre 23, 2017

Notre condition humaine est définie et modelée par la présence de la mort, tôt au tard, au bord ou au bout du chemin. Et nous humains sommes définis par cette inévitable mortalité mais aussi par notre volonté irrépressible de contrôler cette condition humaine et de l’élever hors du fossé de la mortalité. Mais comment être plus fort que la mort, comment dépasser notre condition d’êtres mortels, comment survivre ? Trois voies semblent s’ouvrir à nous.

La première, donner la vie. Mettre au monde des enfants reste la première manière d’échapper à la mort – même si mettre au monde des enfants, c’est aussi leur donner une promesse de mort. Mais elle semble loin alors, dans un futur que l’on n’envisage pas dans l’instant.

Créer est une autre manière de donner la vie, d’augmenter le monde, de nous l’approprier. Les artistes, dit Pascal Quignard, sont « les meurtriers de la mort ».

Et, bien sûr, « Réparer les vivants » – selon le titre du beau livre de Maylis de Kerangal. La vie, la santé, la création : survies.

La seconde, c’est l’annulation mentale. Les religions, les paradis, les vies de l’au-delà, la dissolution cosmique, la réincarnation : autant de tentatives d’annulation de la mort – de survie dans un hypothétique au-delà.

Et la troisième, c’est de prendre le pouvoir sur la mort elle-même. C’est parfois le suicide comme manière de devenir maître de sa propre mort. Le Métier de Vivre de Cesare Pavese se termine par le suicide – l’apprentissage, l’apprivoisement de la mort en l’exerçant sur soi-même.

Mais c’est surtout tuer l’autre. Tuer l’autre : être maître de sa mort. Peut-être cette volonté de contrôle sur la mort lie-t-elle aussi les religions aux guerres de religion… Tuer l’autre – en général de petits insectes – est l’une des explorations du monde qu’entreprend l’enfant dès qu’il a la maîtrise de ses actes. C’est alors le moment d’ouvrir pour lui les portes de la création. Pour qu’il devienne un « meurtrier de la mort » après Pascal Quignard.

La vie est à nous.

© Mario Rizzi, courtesy Pascal Perez

Valeur ajoutée santé

novembre 22, 2017

Il me semble entendre continuellement, en Suisse et ailleurs, que la santé coûte trop cher, que les assurances exagèrent, qu’il faut diminuer ceci cela et que quelque politicien en mal de bonne action va enfin nous arranger tout ça, rationaliser et nous faire économiser des mille et des cent.

Mais on n’entend pas assez dire combien la santé rapporte. Et pas seulement aux assureurs. En premier lieu elle rapporte évidemment à ceux qui en bénéficient. Tant qu’on a la santé…

Mais, en Suisse notamment, elle fait vivre aussi des dizaines, des centaines de milliers de professionnels de la santé qui, au quotidien, apprennent, enseignent, transmettent ; nous soignent, nous réparent, nous opèrent, nous endorment, nous réveillent, nous guérissent parfois ; qui organisent le fonctionnement des réseaux de soin, des salles d’opération, des soins d’urgence ; qui nettoient, désinfectent, stérilisent ; qui cherchent dans l’ombre des laboratoires de nouvelles thérapeutiques plus efficaces pour nos maux ; qui développent les meilleurs médicaments, nous conseillent lesquels acheter, nous guident dans nos efforts de prévention ; qui mettent au monde, soulagent nos souffrances, accompagnent nos errances mentales et nos fins de vie. Oui, la santé fait vivre !

Alors, plutôt que de mettre en cause le système de santé suisse, son excellence, son avenir et notre bien-être à tous, peut-être suffirait-il de changer les mots et la présentation des chiffres. Parler de « valeur ajoutée santé »,  plutôt que d’assurance maladie. Remplacer les « remboursements » par des « investissements ». Nous présenter l’ensemble des masses salariales publiques et privées dédiées à la santé, par canton, plutôt que de ne parler que de coûts. Ce que la santé nous coûte, elle le rapporte de manière exponentielle non seulement à notre propre valeur ajoutée santé, mais à tous ceux qui travaillent à maintenir et améliorer notre santé.

La valeur ajoutée santé ? Une valeur publique essentielle.

Pérama en pleine lumière

novembre 19, 2017

Dès dimanche 19 novembre, un projet pour Pérama, avec Robert Montgomery : première étape à l’Atelier AMI – Art & Partage

Ce projet se veut un hommage à la ville de Pérama, banlieue d’Athènes au-delà du Pirée, à son histoire des années 1960, pendant lesquelles Pérama ressemblait à un bidonville, et au Pope Georgios Dimitriadis qui joua un rôle majeur dans l’organisation et le développement social de la ville. Georgios Dimitriadis était un homme de bien, un humaniste de chaque jour qui, infatigable, concrétisait au quotidien sa vision sociale idéaliste par des actions en faveur des habitants et plus particulièrement des enfants de Pérama.

Dans le cadre d’un voyage sabbatique d’un an en Grèce, nous avons vécu en famille à Pérama pendant l’hiver 1966-67, dans la maison où étaient accueillis les enfants de Pérama. Nous étudions la langue grecque moderne et sa civilisation ancienne et à midi nous servions la soupe aux enfants tandis qu’AMI, notre mère, peignait les chantiers navals et les collines environnantes. Un temps heureux sous la protection de Georgios Dimitriadis. Mais le 21 avril 1967, les colonels prennent le pouvoir en Grèce et le Pope Georgios Dimitriadis est arrêté et emprisonné dans des conditions de détention particulièrement difficiles.

Cinquante ans après, nous n’avons pas oublié ce que Pérama nous a donné. L’exposition, à Pérama, dans l’espace public, d’un ensemble de poèmes lumineux de Robert Montgomery, que l’artiste composera tout exprès pour la circonstance et qui seront traduits en grec, a pour but de rappeler l’histoire du lieu et d’accompagner son présent en créant des ponts salutaires entre tensions économiques et sociopolitiques d’une part et utopies créatives d’un avenir meilleur de l’autre.

L’exposition « Nous la Grèce » qui ouvre ce 19 novembre dans l’Atelier AMI – Art & Partage est une première étape du projet pour Pérama, et vise à faire connaître celui-ci à Genève. L’exposition réunit des œuvres d’AMI, de Nikos Damianakis, et des œuvres d’artistes grecs contemporains tels qu’Alexandra Athanassiades, Miltos Manetas, Maro Michalakakos et Pavlos Nikolakopoulos. Les pièces métalliques immaculées de ce dernier font écho aux œuvres d’AMI et contribuent à la lumière de l’exposition, dans lesquelles semblent évoluer les vieilles femmes (les « satellites » comme il les appelait) de Miltos Manetas, alors que le velours pourpre de Maro Michalakakos, suspendu à la fenêtre de l’Atelier, capte cette même lumière pour en faire œuvre.

Dans la salle de l’entrée, les photographies de Robert Montgomery donnent un avant goût du travail de l’artiste et de ce qui pourrait être montré à Pérama. L’artiste toujours s’inspire de l’Histoire locale : devant le Louvre, de Courbet ; à Toulouse, de celle des Cathares, et de Victor Hugo. Pour Pérama, l’inspiration est à venir.

Le métier de vivre

novembre 15, 2017
De ce livre central dans l’oeuvre de Cesare Pavese, la philosophe, galeriste et performeuse Chiara Bertini (en duo avec Janis Lew, collègue d’études de la HEAD) a tiré un film à la fois philosophique et poétique à plusieurs entrées. Tout d’abord un regard inversé sur le problème de la genrification des métiers : les inventeurs de machines et les généraux sont des hommes, les sages-femmes, à défaut d’être sages, sont à tout le moins femmes. Et au lieu de considérer une fois de plus la question des professions par le biais des femmes qui s’en sentent — ou en sont — exclues, Chiara Bertini prend le biais de cette profession réservée si longtemps aux femmes. Ensuite, pour parler de ce métier dont on aurait envie de dire qu’il est le plus beau — mettre au monde — elle choisit le titre de Cesare Pavese, dont on sait qu’il s’est suicidé : le métier de vivre, dans son cas, ne semble pas avoir été appris quand bien même il fut écrit, si ce n’est au titre de « métier de mourir ». Chiara Bertini, ainsi, nous rappelle que « donner la vie » c’est aussi, dès le premier moment, préparer à la mort, au bout du chemin. Enfin, le documentaire qui raconte l’histoire de ces deux hommes « hors normes », qui ont décidé de faire, envers et contre tout, ce « pas de côté » indispensable pour nous rapprocher de nos aspirations profondes, est aussi une oeuvre poétique : qui connaît un tant soit peu Chiara Bertini sait qu’il ne pouvait en être autrement.

Chiara Bertini, hors normes.

Un film à voir absolument, dès ce soir à 18h et jusqu’à dimanche, à l’Espace Kugler

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