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Nadim Asfar : What are the days for ?

septembre 19, 2018

La première fois que j’ai rencontré Nadim Asfar, c’était à Genève, grâce à une Amie. J’ai découvert un travail incroyable, des milliers de photographies du Liban, un artiste complètement « pris » dans son travail, par son travail. Son travail, sa vie. Nadim Asfar présente cette semaine ses photographies dans le cadre de « Across Boundaries », l’exposition de Tarek Nahas, organisée en collaboration avec Marine Bougaran à Beirut Art Fair. « Across Boundaries » met en valeur documents, territoires et intimité. Nadim Asfar est l’un des photographes de cette exposition qui comprend plus de 100 oeuvres… L’artiste ( https://nadimasfar.com/) nous invite par ailleurs à une conversation intitulée : What are the days for ? Oui, what are the days for ? Les jours de Nadim Asfar sont pour l’art, pour son art, une représentation continuelle de ce pays qui est si profondément ancré en lui — lui ancré dans ce lieu. « Écrire, photographier, des mots ou des images, les nuages qui passent »…

What are the days for ? Pour Nadim Asfar : pour Habiter le Jour (le titre d’un de ses livres). Pour moi, les jours sont pour la vie — et oui, pour écrire. Chaque jour est de vie, et chaque jour à la fois me remplit du bonheur de vivre, du privilège de vivre en liberté et en démocratie, de pouvoir écrire et dire — et me rapproche de la mort. Je me voyais en rêve hier nuit dire adieu à mon joli corps, et me dissoudre dans le monde… Les jours sont aussi pour cela — pour se préparer à leur fin sans fin. And What are the nights for ? Pour rêver…

© Nadim Asfar, courtesy ZJ.

Nadim Asfar vous invite, pour fêter ses publications récentes, Habiter le Jour et Hyper Images, au Musée Sursock, ce samedi 22 septembre : WHAT ARE THE DAYS FOR ?

Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Elysée à Lausanne, cite Albert Einstein à propos de « Across Boundaries » : « La distinction entre passé, présent et futur n’est seulement qu’une illusion obstinément persistante », écrivait le génie… . « Il ne s’agit donc pas de présenter ici, poursuit Tatyana Franck, un passé aboli, ni un futur indéterminé. L’ambition est de figurer le présent en reconfigurant le passé pour préfigurer le futur… » What are the days for ? Figurer le présent en reconfigurant le passé pour préfigurer le futur … Vivre, aimer, regarder, photographier, voyager, grandir, écrire, découvrir le monde : cette semaine, Beyrouth. Photographier Beyrouth de sa fenêtre, et le Liban de ses montagnes.

© Nadim Asfar, Galerie Tanit, Beyrouth.

Le spectre de Victor Hugo : L’art, ciment d’humanité

septembre 13, 2018

FRAGILES COURONNES DE
VERREAU COEUR DE
L’EUROPE ET TOUT CE
QU’HUGO VOULAIT RÉALITÉ
DÉSORMAIS. LA FRANCE ET
L’ALLEMAGNE PHARES DE
PAIX BEAUTÉ CICATRICIELLE
ET NOS ENFANTS LIBRES DE
FLÂNER DANS LES VILLES
DES UNS DES AUTRES
ET DE CRÉER DES UNIVERSITÉS DE RUE DES
GUITARES ESPAGNOLES
AU BORD DU RHIN ET DE LA
GARONNE ET DES TENTES
DEVANT NOS CATHÉDRALES
D’OÙ VEILLENT SUR NOTRE
FUTUR DE NOUVELLES IDÉES
DE RECONSTRUCTION

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Robert Montgomery, porteur d’utopies essentielles. Robert Montgomery le poète, l’Ami, le pacifiste, le constructeur de rêves. À la galerie (vernissage ce soir), au Château de Penthes, à Perama. Thank you Robert.


La prison exposée: Champ-Dollon à Penthes

par  | 10 septembre 2018 | Art contemporainExposition

Aborder la question de la liberté et des droits humains, c’est ce que propose Barbara Polla, commissaire d’une série d’expositions passionnantes sur le thème Art & Prison. Ce nouvel accrochage, réalisé en étroite collaboration avec la prison de Champ-Dollon, plonge le visiteur dans l’univers carcéral. Il met en lumière l’acte de création en présentant notamment des objets conçus par les prisonniers eux-mêmes.

L’exposition célèbre les 40 ans de deux institutions que tout oppose: La prison de Champ-Dollon et la Fondation pour l’Histoire des Suisses dans le Monde qui fête sa quarantième année de présence au Château de Penthes. A l’entrée, le ton est tout de suite donné par une œuvre de Robert Mongomery, mettant en lumière un de ses poèmes évoquant à la fois les prisons réelles et mentales. « Mieux vaut la pluie sur les fenêtres du château que le Château lui-même »  Il nous invite également à nous interroger sur nos engagements: « Mieux vaut être brûlé que capturé ».

Résonances

Chaque pièce de l’exposition fait écho à une autre. Dans le couloir, à même le mur, on aperçoit un énigmatique dessin crayonné par Laure Tixier, évoquant les fanons d’une baleine. Mais que cela peut-il signifier? C’est dans la salle suivante, sur l’un des clichés de Victor Fatio, que l’on obtient la réponse: il s’agit du portail de la prison de Champ-Dollon, établissement dans lequel l’intégralité des photographies a été prise. Ici, on est plongé dans l’univers froid et stérile du monde carcéral qui, à plusieurs égards, peut rappeler celui des hôpitaux. Une certaine poésie se dégage pourtant, incarnée sur une image par un brin de verdure, sur une autre par des flocons de neiges… Le photographe a néanmoins pris le parti de ne pas montrer les prisonniers, renforçant ainsi le sentiment d’isolement. On retrouve cette démarche dans le film d’Ali Kazma qui, à la manière de caméras de surveillance, capture les pièces et couloirs d’une prison située à l’est d’Istanbul. Ici aussi: aucune prise de vue frontale des détenus. Leur présence ne peut être décelée que par l’intermédiaire des vidéos de surveillance disséminées dans l’établissement et évoquée que par les objets personnels laissés dans les cellules. Cette absence d’être humain met en exergue ce sentiment de déshumanisation déjà induit par la nature des lieux. Car au fond, toutes les prisons se ressemblent: leur architecture même est conçue pour optimiser le contrôle des détenus et gommer leur individualité. Ce constat est d’autant plus flagrant en observant les œuvres de Laure Tixier. Les formes noires et abstraites accrochées aux murs stimulent notre imagination (que représentent ces symboles?) jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elles sont calquées sur les plans architecturaux de différents lieux de détention.

L’art, ciment de l’humanité

Si l’imagination nous joue parfois des tours, il en est toutefois largement question au sein de l’exposition car elle revêt peut-être pour l’âme humaine – d’autant plus dans des conditions carcérales – de propriétés salvatrices. Une salle expose les créations de prisonniers politiques: des objets conçus durant leur détention à l’insu des gardiens, fabriqués à base de bout de ficelles, de mies de pain et de tout autre matériau récupéré. Ces réalisations qui, réunies ensemble, rappellent étonnamment les arts tribaux, témoignent avec force du besoin fondamental d’expression et apparaissent comme des symboles de résistance. Privés de liberté, privés d’exprimer leur opinion, les détenus trouvent dans la création un moyen de survivre. Les témoignages poignants de ces détenus, capturés par Joana Hadjithomas & Khalil Joreige sont diffusés sur deux écrans.

Curiosités carcérales

Les dessins de Patrick Tondeux, dessinateur de presse, nous invitent à observer les détenus de la prison de Champ-Dollon dans leur vie quotidienne. La technique du dessin permet de poser un regard affranchi du sentiment d’intrusion dans leur sphère privée tout en dévoilant leurs portraits. La visite se termine par une salle exposant les objets créés par des détenus de la prison de Champ Dollon. Pour la plupart, ces objets ont été confisqués car contraires au règlement de l’établissement. Le contexte est ici complètement différent de celui des prisonniers politiques. Les objets créés avec ruse sont utilitaires et non plus purement artistiques. Présentés presque tels que dans un cabinet de curiosités, ils témoignent de la vie en prison et de l’ingéniosité dont font preuve certains pour échapper au cadre qui leur est imposé.

Que ce soit par le regard extérieur d’artistes ou par celui des personnes incarcérées, l’art ici présenté nous interroge sur la condition humaine, mettant en lumière l’humanité qui réside en chacun. L’exposition offre au visiteur une multitude d’angles de vues sur un thème souvent ignoré – peut-être par commodité – remettant en question le concept même d’enfermement. Une expérience enrichissante à vivre soi-même jusqu’au 15 décembre 2018 au Château de Penthes. La prison exposée: Champ-Dollon à Penthes jusqu’au 15 décembre 2018 Chemin de l’Impératrice 18 1292 Pregny-Chambésy http://www.penthes.ch/musee

Bloody Falls, c’est l’été indien

septembre 11, 2018
La cigale a passé l’été à écrire. Elle se trouva fort occupée lors l’automne fut venu…
Cette semaine, à Genève, Robert Montgomery est partout. À la galerie (nous sommes en train d’installer son exposition, vernissage jeudi, au Château de Penthes, et dans l’Atelier AMI où il passera quelques jours. Sous la treille, dans le jardinet, la lumière est douce, les raisins sont murs et leur parfum sucré fait rêver mon ami le renard… Bientôt il sera aussi à Perama aussi. SHARING PERAMA, nous y travaillons, en groupes, intensément, à Genève, à Athènes, à Paris… Thanks to all of you for SHARING !
Oui la saison est douce. On ira, où tu voudras quand tu voudras
C’est l’automne, un automne où il fait beau, une saison qui n’existe pas que dans le Nord de l’Amérique mais aussi ici… Là-bas on l’appelle l’été indien. À Paris, Bloody Falls. C’est le titre de notre prochain VIDEO FOREVER, sur le thème du sang, le 27 septembre, au Musée de l’Histoire de la Médecine. Cela va saigner. NADA.
Et puis, Beyrouth. La semaine prochaine, Beirut Art Fair, la photographie libanaise à l’honneur et mille autres merveilles…
Oui, mille autres merveilles. L’automne bruisse à nos portes…

SHARING PERAMA – MΟΙΡΑΖΟΜΑΣΤΕ ΤΟ ΠΕΡΑΜΑ

septembre 7, 2018

Fifty years ago I lived here, in Perama. And it is now fifteen months that I work on this project that is filling my life (well, it’s not that it was so empty before…) — as it is meant to fill the public space of Perama. Robert Montgomery’s art in the public space, with the people and for the people. His light and metal pieces all over town.

Robert Montgomery explains his involvement, role in and passion for the project in this video. Thank you Nicolas Etchenagucia for filming !

Bimbo ?

septembre 3, 2018
Guillaume de Sardes vient d’exposer une série de photographies à Analix Forever, première présence à Genève ; je rencontre Agnès Giard au Remor à Genève quand elle n’est pas à Paris ou au Japon. La seconde publie un formidable article sur le premier, dans Libération. Ils sont tous deux des inspirations pour moi.
Bimbo : c’est mon choix ?

«La Bimbo a choisi une carrière d’objet sexuel. C’est équivalent américain d’une geisha parce que, contrairement à ce que les gens croient, cela demande énormément d’efforts pour devenir une bonne Bimbo.» Dans une vidéo d’art dérangeante, Guillaume de Sardes explore la «bimbofication».

La vidéo s’intitule “BIMBO”. Elle dure trois minutes et trente secondes. Il s’agit d’un mode d’emploi : comment devenir une Bimbo. Le texte –récité par une femme d’un ton neutre, monocorde– explique en termes précis les différentes étapes de cette transformation, la bimbofication, qui voit des femmes devenir des babes, ou des bombes. On pourrait croire que c’est facile. Non. «Être Bimbo exige un gros travail sur l’attitude, les compétences et l’apparence. […] La plupart des Bimbos ont subi des implants mammaires, des piercings (langue, tétons, chatte) et se sont fait gonfler les lèvres (qui ressemblent d’ailleurs à des vulves). Elles prennent soin de leur apparence et passent énormément de temps à leur toilette. […] Au lit, les Bimbos ont appris et se sont entraînées. Elles se sont efforcées d’exceller dans les pratiques préférées de leur homme. Ce sont des expertes en fellation et elles savent faire des gorges profondes. Les Bimbos ont par ailleurs des anus extrêmement accueillants et souples qui sont comme des secondes chattes.»

Peut-on être trans et hétéro-cisgenre à la fois ?

Alors que la voix énumère, sans émotion, la liste des aptitudes et des qualités exigées d’une Bimbo, une jeune femme (Régina Demina, plasticienne et chanteuse avec laquelle Guillaume de Sardes a souvent collaboré), vêtue de rose, bouge lentement devant la caméra. Elle n’a rien d’une Bimbo, mais s’applique à faire semblant. Visage sérieux, presqu’un peu grave, elle désigne tour à tour ses différents attraits comme une hôtesse de l’air fait la démonstration des consignes de sécurité. Tout, dans cette vidéo, est décalé, à commencer par ce texte étrange. Guillaume de Sardes s’est contenté de le reprendre sur Internet, tel quel : «Il s’agit d’un texte copié/collé (c’est-à-dire dans sa totalité, sans aucune modification) d’un tumblr américain consacré à la bimbofication.» Historien de l’art, écrivain-photographe, Guillaume de Sardes s’intéresse depuis longtemps «au désir, à la sexualité et à ses marges.» Lorsqu’il découvre la Bimbofication, il y voit un phénomène social peu connu «au croisement de la femme-objet, du trans et du fétichisme».

Lire la suite, ici.

Paris est une fête … LIKE BUTTERFLIES NOW

août 28, 2018

Paris est une fête et le 23 août à 23 heures c’était encore l’été et on dansait à République. Mon été fut une fête (je l’ai écrit, ce putain de livre, en deux mois oui) et le vôtre aussi, j’espère.

© Barbara

Et les papillons sont de retour, ils sont dans nos écrans, ils nous encerclent comme des rêves progressistes, écologiques, équitables, bienveillants, des rêves d’amour et nous apportent une promesse de civilisation… et Robert Montgomery nous promet des bibliothèques pleines de livres et les livres d’Hemingway sont dans cette bibliothèque et Paris est une fête et « il est toujours possible qu’une œuvre d’imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait ». Il est toujours possible. Vernissage de

AND THE SCREENS THAT CIRCLE YOU LIKE BUTTERFLIES NOW

de Robert Montgomery le 13 septembre à Genève. Genève est une fête aussi, parfois.
©Robert Montgomery

L’été est le temps des folies, ou des Polla Sisters à Lacan

juillet 23, 2018

Ainsi écrit Jean-Paul Gavard Perret :

Pour Marin Raguz et pour Barbara Polla, l’été est le temps des folies. Il suffit que 4 filles réunies en un rêve prennent le large pour devenir des femmes avec vision. Il y a là une égérie rebelle (Ada Salomé), une rêveuse insomniaque (Cyrille Zoé), une porteuse de talons aiguilles et de bébés (Rachel Isadora) et celle qui les rassemble (Roxane Selana). Bref sont réunies les Polla Sisters pour le plus grand plaisir de leur mère qui leur apprit ce qu’il en est non seulement de l’amour et de la passion mais aussi de l’art et des lettres.

Dès lors les couchers de pleine lune peuvent avoir lieu en plein jour. Il faut dire que de telles femmes en imposent : « elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » écrit Barbara. Et l’une de ses filles (Cyrille) en a fait un poème « Mes fesses de lune … ». Quant à Raguz, il les a si l’on peut dire saisi au bond.

Entre sinécure et ciné-cure tout est alors possible. C’est bien là que Lacan aurait pu identifier les données de bases de la perception empirique. Il convient donc de souligner son erreur : « il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation ». Voire. Voir. Car il est possible d’affirmer que l’image donne un sens au regard en de telles perspectives.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pour en savoir plus sur The Polla Sisters : https://pollasisters.com/
Et sur Lacan : lire Le Séminaire, VI, Le désir et son interprétation.
Ne jamais céder sur le désir.